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La souffrance précède le bonheur

“Mògò tè hèra sòrò ni i ma nyani.”  (proverbe bambara)

“On ne connaît pas le bonheur sans avoir éprouvé la souffrance.” (proverbe bambara)

“We do not know happiness without experiencing suffering.” (Bambara proverb)

Signification: Le bonheur ne s’obtient pas dans la facilité, il faut souffrir d’abord.

Source: http://voyageforum.com/discussion/proverbes-bambara-4-d5038788/ 3/26/16

 

Commentaire à la lumière de la Bible

Chaque année, la communauté chrétienne célèbre la reine des fêtes : Pâques. Paradoxalement, elle passe presque inaperçue. Pourtant, la naissance et la mort expiatoire de notre Seigneur Jésus Christ n’auraient aucun sens sans sa résurrection corporelle. Pâques est donc une occasion pour nous de célébrer la vie, la victoire sur la mort, la confirmation de l’œuvre de la rédemption et l’espérance de la vie éternelle. Mais Pâques est aussi une occasion de réfléchir sur la souffrance qui précède le bonheur car, comme le dit si bien la sagesse bambara, « on ne connaît pas le bonheur sans avoir éprouvé la souffrance.” En clair, derrière tout bonheur se cache la souffrance.

Le bonheur que nous célébrons en cette période festive a été arraché au bout d’une souffrance indescriptible et d’une mort brutale (Voir Esaïe 53 ; Matthieu 26 ; Marc 15 ; Luc 23 ; Jean 19). La Parole est devenue chair. Dieu a embrassé les dures conditions de la vie humaine après la chute. Le Seigneur Jésus Christ a bravé la soif, la faim, la fatigue, la haine, l’adversité, le rejet, la tentation, les moqueries, les fausses accusations, la douleur morale, la douleur physique et la mort atroce par crucifixion sans avoir été coupable. Mais, il a volontairement accepté de payer ce prix inestimable pour le bonheur de quiconque croit en lui et lui confie la direction totale de sa vie.

Oui, sans la souffrance endurée par le Seigneur par amour pour une humanité pécheresse et perdue, le chemin du bonheur ne s’ouvrirait pas devant nous. Pâques devrait donc être avant tout une célébration de l’amour de Dieu. C’est une occasion, plus que jamais, de lui exprimer notre reconnaissance pour son amour manifesté par le don, la mort et la résurrection du Christ Jésus. Et, en retour, que pouvons-nous donner au Créateur de l’univers et de tout ce qu’il renferme ? A priori rien, car tout lui appartient y compris la vie de chaque être humain. Voilà pourquoi, la meilleure façon de lui exprimer notre profonde gratitude est de lui restaurer la direction de notre vie et d’être des ambassadeurs de son amour. Aimons-nous les uns les autres comme il nous a aimé. Aimons même nos ennemis comme le Seigneur nous le recommande (Mt 5 :43-48). Un tel amour ne se fait pas sans douleur mais, comme Michel Houellebecq l’a si bien relevé « Il faut accepter l’amour avec tout son cortège de souffrances, parce que l’amour ne vient pas sans souffrance, et c’est par là qu’il est grand ! ».  

Au-delà de la joie du Seigneur qui nous anime en cette fête de Pâques n’oublions jamais la souffrance incomparable du Seigneur par amour pour nous. Soyons reconnaissants en paroles et en actes. Ne quittons jamais le sentier de l’amour qui sait braver les multiples facettes de la souffrance pour le plus grand bonheur de nos prochains et pour la gloire du Roi des rois.

Moussa Bongoyok

© Copyright by Moussa Bongoyok, 2016

 

IL Y A DE L’ESPOIR

« Fin moun bé to missin ya la ô dan yé fini kissè yé. » (Proverbe bambara)

« Seul le grain de fonio reste minuscule. »  (Proverbe bambara).

« Only a fonio grain remains tiny.”  (Bambara proverb).

Signification : « Tout peut changer dans la vie – dans le bon sens. Quelle que soit la situation dans laquelle on se trouve, elle s’améliorera un jour. »

Source : http://www.malikounda.com/discussions/mali-societe-f3/proverbes-bambara-t2854.html

Parallélisme biblique

L’un des chapitres les plus tristes de l’histoire du continent africain est en train de s’écrire en ce moment.  Des forces extérieures et intérieures semblent s’acharner contre un continent déjà très affaibli par de nombreuses meurtrissures. Les coups subis sont d’autant plus dangereux qu’ils sont  savamment masqués dans des paquets d’humanisme, de bienfaisance, ou d’intérêts supérieurs. Entre temps, les  plus faibles croulent sous le poids des éléphants du village planétaire  dont les grandes oreilles sont devenues subitement sourdes aux nombreux appels.

La masse qui s’enfonce davantage dans le gouffre existentiel ne semble plus avoir que ses yeux pour pleurer. Le découragement  hante ses nuits déjà perturbées par des douleurs qui sont à peine identifiées, tellement elles défilent à un rythme vertigineux. Que faire ? Où aller ? C’est là où la sagesse bambara peut nous être d’une grande utilité : « Seul le grain de fonio reste minuscule »  ou, en d’autres termes, il y a toujours de l’espoir même quand le désespoir semble régner. Tout peut changer dans la vie.

Le Dieu Créateur est juste et bon. Il ne permettra pas que ceux qui font subir sciemment des injustices aux autres le fassent éternellement. Il ne restera nullement sourd aux cris des malheureux. Il saura relever en temps opportun  ceux qui sont humiliés et incapables de briser le joug des oppresseurs. N’est pas lui qui a dit : « Celui qui fait la sourde oreille quand le malheureux appelle à l’aide,
appellera lui-même à l’aide sans obtenir de réponse » ? (Proverbes 21 :13, la Bible du Semeur) Il est aussi celui qui a dit ceci par la bouche de son serviteur Michée :

« L’Eternel s’adresse à la ville:
      —la sagesse, c’est de le craindre:
      alors, écoutez la menace de votre châtiment
      et celui qui l’envoie—

     «Supporterai-je encore, communauté méchante,
      les biens injustement acquis,
      les mesures réduites, objets de ma malédiction?

    «  Laisserai-je impuni celui qui utilise des balances faussées
      et qui a dans son sac des poids truqués?

    « Les riches de la ville ont recours à la violence,
      ses habitants profèrent des mensonges,
      leur langue ne fait que tromper.

   «A mon tour, je vous frapperai, jusqu’à vous en rendre malades,
      je vous dévasterai à cause de vos fautes,

      vous mangerez sans être rassasiés,
      cela vous tordra les entrailles.
      Vous ferez des réserves, vous n’en sauverez rien.
      Ce que vous sauveriez,
      je le livrerai à l’épée.

   « Vous sèmerez
      sans pouvoir moissonner;
      vous presserez l’olive,
      mais sans vous frotter d’huile;
      vous foulerez les grappes,
      sans en boire le vin. » (Michée 6 :9-15, La Bible du Semeur).

Au lieu de l’oppression, de la violence, de la fausseté, de la ruse, et de nombreuses injustices, voici plutôt la voie que trace le Seigneur devant tout être humain: « On te l’a enseigné, ô homme, ce qui est bien et ce que l’Eternel attend de toi: c’est que tu te conduises avec droiture, que tu prennes plaisir à témoigner de la bonté et qu’avec vigilance tu vives pour ton Dieu. » (Michée 6 :8, La Bible du Semeur).

Dans tous les cas, le Dieu Créateur saura prendre lui-même en main la défense des faibles et réduire à néant les armes de ceux et celles qui se croient invincibles. Dieu saura consoler ceux et celles qui pleurent (Matthieu 5 :4). Le Dieu qui a délivré Joseph de la prison où il était jeté abusivement et l’a élevé au rang de la seconde personnalité du pays est vivant. Le Dieu qui a précipité le pharaon et son armée dans la mer est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. Le Dieu qui a déjoué le complot de Haman et élevé ceux-là même qu’il voulait anéantir est toujours sur le trône de l’univers. Le Dieu qui a ouvert les yeux des aveugles et fait parler des muets n’a pas dit son dernier mot…

Africaines, Africains, et victimes de l’oppression et des injustices à travers le monde,  ne baissons pas le bras. Ceci n’est pas le temps de s’éloigner de Dieu ou de sombrer dans le découragement. Cela équivaudrait à un arrêt de mort. Approchons-nous plutôt du Seigneur d’un cœur sincère et repentant. Donnons-lui la direction totale de nos vies, de nos communautés. Puisons en lui l’espoir et  la force de lutter pour que triomphent l’amour du prochain et la justice sociale. Œuvrons pour que le présent s’incline devant le futur et que les générations futures brillent d’une dignité éternelle.

© Copyright, Moussa Bongoyok, 2011.

GRATITUDE

« Maa min jona fèn fitinin na o makan ni fènba » (Bambara proverb)

« Celui qui néglige les petits gestes n’est pas digne des grands gestes » (Proverbe Bambara)

« A person who neglects a small gesture is not worthy of a big gesture. » (Bambara Proverb)

Signification: Celui qui ne sait pas apprécier les petits actes de bienveillance ne mérite pas de recevoir de grands actes de bienveillance. L’ingratitude n’est pas une bonne chose.

Source: Ce proverbe nous a été envoyé par le Pasteur Abdou Maiga (Mali/Sénégal), Président de Compassion Sans Frontières et Doctorant (William Carey International University).


Parallélisme biblique

Dans la savane des relations humaines et des expériences religieuses, les plaintes et les demandes sont des éléphants et la gratitude n’est qu’une fourmi. L’être humain est difficile à satisfaire. Son regard est constamment tourné vers quelque chose de plus grand, de plus beau, de plus important. Un cadeau reçu, un désir satisfait, une assistance précieuse, et une solution trouvée, sont vite oubliés. Ceci est anormal s’indigne notre proverbe bambara. L’ingratitude est un défaut. Celui ou celle qui ne prend pas le soin de remercier son Créateur ou son prochain pour un acte de bienveillance, si petit à ses yeux soit-il, ne mérite pas quelque chose de meilleur.

Par contre, celui ou celle qui sait exprimer sa gratitude pour le petit don qu’il ou elle a reçu a de fortes chances de recevoir un plus grand don. C’est justement ce qui est arrivé au dixième lépreux dans le récit biblique suivant :

« Alors qu’il se rendait à Jérusalem, Jésus longea la frontière entre la Samarie et la Galilée. A l’entrée d’un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre; ils s’arrêtèrent à distance et se mirent à le supplier à haute voix: Jésus, Maître, aie pitié de nous! Jésus les vit et leur dit: Allez vous montrer aux prêtres! Pendant qu’ils y allaient, ils furent guéris. L’un d’eux, quand il se rendit compte qu’il était guéri, revint sur ses pas en louant Dieu à pleine voix. Il se prosterna aux pieds de Jésus, face contre terre, et le remercia. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus dit: Ils sont bien dix qui ont été guéris, n’est-ce pas? Où sont donc les neuf autres? Il ne s’est donc trouvé personne d’autre que cet étranger pour revenir louer Dieu? Puis, s’adressant à ce Samaritain, il lui dit: Relève-toi, et va: parce que tu as eu foi en moi, tu es sauvé. » (Luc 17 :11-19, La Bible du Semeur).

Sur dix lépreux miraculeusement guéris, un seul (et de surcroit un Samaritain)  a eu la présence d’esprit de revenir auprès du Seigneur pour le remercier.  La Bible nous dit qu’en plus de la guérison physique, il a obtenu le salut. La leçon est claire : la gratitude est une clé qui ouvre la porte de plus grandes bénédictions.

Évitons le sentier de l’ingratitude. Soyons plutôt reconnaissants envers Dieu et envers nos prochains. Ne laissons pas la jalousie ou la comparaison aux autres freiner notre élan de gratitude. Il y aura toujours quelqu’un qui est plus riche, plus honoré, plus fort, ou plus intelligent que soi. Mais ce n’est pas une raison de se noyer dans la dangereuse rivière de plaintes et d’ingratitude. Si nous considérons attentivement les choses, nous trouverons au moins une raison pour laquelle nous pouvons remercier Dieu ou nos prochains. En guise d’illustration, je voudrais partager avec vous l’histoire  suivante: Un jour, un borgne se plaignait devant Dieu parce qu’il n’avait qu’un seul œil alors que tout autour de lui les gens en avaient deux. Il lui exprimait son amertume et sa déception avec rage et en de termes dénués de toute piété. Pendant qu’il étalait ses jérémiades, un aveugle s’approcha doucement et dit à Dieu : « Qu’est-ce que j’entends là, cet homme se plaint parce qu’il n’a qu’un seul œil ? S’il te plait Seigneur, donne-moi cet œil et je te louerai pendant toute ma vie. » Réalisant le risque qu’il courrait, le plaignant prit fuite tant il se rendit à l’évidence qu’il vaut mieux avoir un seul œil que de n’en avoir pas du tout. Pensons à cette histoire chaque fois que nous sommes tentés de mépriser les bienfaits de Dieu dans notre vie ou de minimiser les petits gestes de bienveillance.

Ne soyons pas ingrats envers Dieu. Il veut que nous prions sans cesse, mais il exige également que nous lui rendions grâces en toutes choses (1 Thessaloniciens 5 :17-18 ; Colossiens 4 :2). Sachons le remercier sincèrement pour le souffle de vie qu’il nous prête et pour tous ses bienfaits.

Ne soyons pas ingrats envers nos prochains non plus. Sachons remercier nos amis, nos parents, nos dirigeants, et tous nos prochains pour les multiples actes de bienveillance. Un petit sourire, un moment d’attention, un petit geste d’amour sincère, une larme de compassion, un mot d’encouragement, un petit don, ou une petite assistance, sont en réalité des actes qui peuvent beaucoup créer dans le cœur et dans la vie.  Ne les laissons pas passer dans dire sincèrement « merci » à celui ou à celle qui en est à l’origine.

Pour terminer, je voudrais dire avec l’écrivain français Marcel Proust (1871-1922) : « Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur; elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries. »

© Copyright,  Moussa Bongoyok, 2010.

DISCIPLE ET MAITRE

“I ye kungo dɔn cɛ̌ min nɔ̌ fɛ̀, kàna i kɛ̀rɛ̀làjiforoko bònya ò ta ye.” (Proverbe bambara).

« Ne fabrique pas une outre en peau plus grande que celle de l’homme qui t’a appris à connaître la brousse. » (Proverbe bambara).

“Do not make yourself a wineskin greater than that of the man who has taught you about the bush.” (Bambara proverb).

Sens : Le disciple n’est pas au-dessus du maître. (À propos d’un élève ambitieux et vaniteux, qui croit tout savoir).

Source : Charles Bailleul Sagesse Bambara-Proverbes et sentences (Bamako : Editions Donniya, 2005).


Parallélisme biblique

Dans le monde académique, il est aisé de s’appuyer sur sa modeste connaissance et de tomber dans le piège de l’orgueil. Or, personne ne peut prétendre tout savoir. Quand nous commencions nos études universitaires, en première année, nous pensions connaitre quelque chose et nous parlions de nos modestes connaissances avec beaucoup de fierté.  En deuxième année, nous avions quelques doutes. A partir de la troisième année, nous avons commencé à nous rendre à l’évidence que nous connaissons si peu. Plus on avance dans les études, plus on découvre ses limites. Ainsi, au lieu de s’enorgueillir et de penser même qu’on connait plus que son maître ou son professeur il vaut mieux que nous prenions conscience de nos limites humaines et collaborions avec tous ceux et celles que Dieu place sur notre chemin pour faire reculer les frontières de l’ignorance. C’est justement à cela que le proverbe bambara nous invite.

« Le disciple n’est pas au-dessus du maître », telle est la substance de notre proverbe. Mais c’est exactement ce que le Seigneur a bien voulu communiquer à ses disciples quand il a dit en Luc 6 :40 : « Le disciple n’est pas plus grand que son maître; mais tout disciple bien formé sera comme son maître. » (La Bible du Semeur).

En Matthieu 10 :24-25, la même pensée est rapportée en mettant un accent sur un aspect important de la vie spirituelle : « Le disciple n’est pas plus grand que celui qui l’enseigne, ni le serviteur supérieur à son maître. Il suffit au disciple d’être comme celui qui l’enseigne et au serviteur comme son maître. S’ils ont qualifié le maître de la maison de Béelzébul, que diront-ils de ceux qui font partie de cette maison? » (La Bible du Semeur). Ici, ceux et celles qui sont disciples du Seigneur ne doivent pas s’attendre à être acclamés de tous, à être mieux aimés que le Seigneur. Notre devoir est de marcher sur les traces de notre Seigneur en toute humilité et fidélité.

Dans cette même attitude, ayons la sagesse de toujours apprendre à ses pieds au lieu de nous appuyer sur notre propre sagesse ou sur celle de ce monde. Daigne le Seigneur nous ouvrir les yeux sur l’immensité de la sagesse et de la connaissance qui se trouvent en lui et nous accorder la grâce de nous laisser instruire par lui, tous les jours de notre pèlerinage terrestre !

© Copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

PARDONNER EST UNE NÉCESSITÉ

« Fare ga na an’ danpu, an’xa ga na a danpu : xa su ña faru. » (Proverbe soninké du Sénégal, de la Mauritanie, de la Gambie et du Mali)

« Si un âne te donne une ruade et que tu la lui rends : vous devenez tous deux des ânes. » (Proverbe soninké du Sénégal, de la Mauritanie, de la Gambie et du Mali)


« If a donkey gives you a kick and you give it to him: you both become donkeys. » (Soninke proverb of Senegal, Mauritania, Gambia and Mali)

Signification : Si une personne te fait du mal et que tu répliques tu n’es pas meilleur(e) qu’elle. Il est préférable de pardonner.

Source : http://www.soninkara.org

Parallélisme biblique

Les Soninké  ont écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de continent africain. Ils ont fondé l’empire du Ghana (750-1240). Ils sont aussi connus sous le nom de Sarakolé, Maraka, Wangara , Wakoré, Aswanik ou Toubakaï, mais nous préférons utiliser l’appellation qu’ils préférent : Soninké . Chez les Soninké, comme dans les nombreuses sociétés sub-sahariennes, les ânes sont utilisés pour de nombreuses taches, notamment le transport des produits agricoles, des marchandises et même des êtres humains. Si leur utilité est indéniable, leurs caprices sont aussi légendaires. Par exemple, le comportement de l’âne sur la route est si bizarre qu’au nord du Cameroun les gens l’appellent « ministre du transport » parce qu’il cède difficilement la route aux autres usagers, se moque éperdument des coups de klaxon, et cause parfois des accidents de circulation.  Il n’est pas rare qu’un âne donne une ruade à son maitre. Que faut-il faire alors dans ce cas ? Les Sarakolé répondent à cette interrogation avec une bonne dose de sagesse : «Si un âne te donne une ruade et que tu la lui rends : vous devenez tous deux des ânes. »  La moralité de ce proverbe est simple : comme la ruade fait partie de la nature même de l’âne, la lui rendre équivaut à se défaire de son humanité pour adopter la nature d’une bête. C’est tout simplement ridicule et inimaginable.

Mais, en réalité, les Sarakolé ne font pas allusion à l’âne au sens littéral du terme. Ils désignent ici  tous ceux ou celles qui, par leurs parles ou par leurs actions, offensent leurs prochains. En agissant de la sorte ils ou elles se rabaissent au même niveau que l’âne. Leur rendre le mal, équivaut à se mettre à leur propre niveau et donc à devenir comme un âne. Or,  c’est justement ce qu’il faut éviter en remplaçant la rancune et la vengeance par le pardon. En cela les Sarakolé nous rappellent indirectement l’un des plus grands enseignements bibliques.

Le pardon fait partie des recommandations bibliques. La Bible déclare en Proverbes 20 :22 : Ne dis pas: ‘Je me vengerai!’  Confie-toi en l’Eternel et il te délivrera.» (La Bible du Semeur). Dans Colossiens 3 :13 elle précise : « Supportez-vous les uns les autres, et si l’un de vous a quelque chose à reprocher à un autre, pardonnez-vous mutuellement; le Seigneur vous a pardonné: vous aussi, pardonnez-vous de la même manière. » (La Bible du Semeur). C’est frappant de voir que ce texte nous renvoie au pardon que le Seigneur nous a gracieusement accordé.  Ceci est aussi un rappel de nos propres péchés. Nous ne sommes que des graciés, refuserions nous de gracier les autres ? Quand le Christ s’est écrié sur la croix : « …Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font …» (Luc 23 :34), personne n’est allé solliciter son pardon, au contraire les gens l’insultaient et se moquaient  de lui. Mais il a fait le premier pas. Il a bravé la dureté du cœur et a préféré la voie du pardon à celle de la vengeance. En cela, il a mis en pratique ce que lui-même a enseigné.

Effectivement, pendant son ministère terrestre, Jésus a beaucoup prêché sur le thème du pardon. Le texte de Matthieu 18 :21-35, par exemple donne une grande illustration sur la manière de pardonner. Le pardon, selon le plan de Dieu, n’obéit pas à la logique du « premier avertissement, deuxième avertissement, blâme ». Christ nous invite à pardonner soixante-dix fois, sept fois, c’est-à-dire indéfiniment.  Dans  Luc 6 :35-42, le Christ recommande aussi d’aimer les ennemis, de leur faire du bien et de pardonner.

Le Seigneur n’est pas arrêté là. Dans Matthieu 6 :14-15, il a clairement souligné que celui ou celle qui refuse de pardonner n’obtiendra pas de pardon non plus : « En effet, si vous pardonnez aux autres leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes. »  La même vérité est soulignée en Marc 11 :25 en ces termes : « Quand vous priez, si vous avez quoi que ce soit contre quelqu’un, pardonnez-lui, pour que votre Père céleste vous pardonne, lui aussi, vos fautes. » Refuser de pardonner est donc d’un gravité extrême car cela équivaut à couper le pont du pardon divin.

Mais, peut-on objecter, c’est plus facile au Seigneur de pardonner car il est Dieu. N’est-ce pas demander l’impossible à l’homme ? C’est vrai dans une certaine mesure. Se venger est la chose la plus facile du monde. Même le plus faible des êtres humains a une grande capacité nuisance. Mais pardonner n’est pas  une tâche facile. Il nécessite beaucoup de volonté, d’humilité et de sacrifice. Parfois, il est difficile de se pardonner soi-même. Cependant le pardon n’est pas impossible. Abraham a eu des démêlés avec son neveu. Il a dû prendre des dispositions pratiques pour qu’ils ne vivent pas en perpétuelle situation conflictuelle, mais il lui a pardonné ce qui pourrait être interprété comme le manque de respect envers l’aîné, surtout quand a il choisi tout le vert pâturage pour lui-même (Genèse 13 :10-11).  Mais Abraham lui a pardonné. La preuve c’est qu’il l’a secouru quand il a été amené captif avec tous les autres habitants de sa ville (Genèse 14 :1-24) et a intercédé pour Sodome et Gomorrhe quand ces deux villes étaient sous le coup du jugement divin (Genèse 18). Grâce à cette intercession, Lot et ses deux filles ont eu la vie sauve (Genèse 19). Joseph a pardonné à ses frères qui l’ont vendu la preuve de la sincérité de son pardon est qu’il a pris soin d’eux (Genèse 45 :1-15 et 50 :15-21). Abigaïl, la femme de Nabal, a pardonné à son mari  dont la dureté et la méchanceté sont légendaires et qui l’a certainement fait souffrir, au point d’intercéder en faveur de celui-ci quand David était sur le point de le tuer et d’exterminer sa famille au passage (1 Samuel 25 :1-35). Elle n’a pas cherche à profiter de l’occasion pour se venger de son  mari et se débarrasser de lui. Etienne était un homme de la même nature que nous, mais il implora le pardon de Dieu en faveur de ses ennemis au moment même où ils étaient en train de lui ôter littéralement la vie. [Mettre les références]. On pourrait multiplier des exemples tant dans la Bible que dans la vie courante, mais ceux-là démontrent à suffisance qu’il est possible de pardonner. Force est aussi de relever que dans chacun des cas, le pardon est accompagné d’actes d’amour et de gentillesse.

Corrie Ten Boom, l’une des championnes du pardon (lire son livre Dieu en enfer pour plus de détails), disait : « Pardonner c’est libérer un prisonnier et vous apercevoir que le prisonnier c’était vous » De ce fait, pardonner c’est non seulement obéir à Dieu mais c’est aussi  se faire du bien. Beaucoup de gens souffrent de problèmes de santé liés au refus de pardonner (insomnie, hypertension, ulcères gastrites, arthrite etc.) A ces problèmes physiques s’ajoutent la perturbation de la communion avec Dieu et la rupture du pont du pardon. Or, nous avons tous besoin de ce pont d’autant plus que  nul n’est parfait. En refusant de pardonner, on maintient le couteau dans la plaie avec tout ce que cela peut entrainer comme conséquences. Pire,  bien souvent certains individus se poignardent eux-mêmes car celui ou celle qui les a offensé ne s’en est même pas rendu compte ou n’avait pas du tout l’intention de leur faire du mal. Cela arrive facilement quand un humour est mal placé ou quand les préjugés déforment la réalité, pour ne citer que ces deux cas. C’est si facile de blesser quelqu’un…

Sans encourager qui que ce soit à faire du mal à son prochain, car c’est contraire à la volonté de Dieu (3 Jean verset 11), nous voulons souligner avec force l’importance du pardon. Pardonner n’est pas un exercice facile, comme nous l’avons relevé plus haut, mais c’est la voie de la guérison et de la libération. Dieu nous encourage à marcher sur cette voie. Mieux encore, il chemine avec tous ceux et celles qui empruntent ce chemin et met à leur disposition la force nécessaire. Tournons-nous vers Dieu, implorons sa force, et il nous aidera. A tous ceux et celles qui ont de la peine à pardonner, nous recommandons vivement la prière.  Dieu donne la force de pardonner à quiconque la lui demande sincèrement. Nous encourageons aussi la lecture du livre Dorothée et Samuel Hatzarkortian intitulé Le pardon une puissance qui libère et publié aux  éditons compassion. C’est l’un des meilleurs livres sur le pardon. Nous l’avons lu il y a de cela plus de vingt ans et il nous a fait beaucoup de bien.

En somme, pardonner n’est pas facultatif. C’est une nécessité. Le pardon n’est pas un signe de faiblesse ou de lâcheté. Au contraire, il faut faire preuve de beaucoup de force et de courage pour pardonner. Le pardon n’est pas une défaite non plus. C’est plutôt une grande victoire sur la vexation, le ressentiment, la colère, et la soif de vengeance. Un proverbe arabe dit à juste titre: « Le pardon est la plus belle fleur de la victoire. ». Implorons le secours de Dieu et faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour l’acquérir. Le doux parfum de la fleur du pardon nous fera du bien et réjouira au passage ceux et celles qui nous entourent. Par-dessus tout, son odeur sera agréable au Dieu Miséricordieux et  Compatissant.

© Copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

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