Archive for the ‘Mafa’ Category

The evangelical church of Madakonaï sings Christmas Praise in the Heart Language – L’église évangélique de Madakonaï chante un chant de Noël dans la langue du cœur

This Christmas Day, December 25, 2025, the Evangelical Church of Madakonaï, member of the Union of Evangelical Churches in Cameroon, located in the Soulédé-Roua subdivision of Cameroon’s Far North Region, lifted their voices in praise in a beautiful and meaningful way. Using the Houdok musical style—an indigenous expression of the Mafa people—the congregation sang a simple yet powerful Christmas proclamation:“Hallelujah, our Lord Jesus is born!”

This song is more than music. It is a testimony that the good news of Christ is alive in every culture and spoken fluently in every heart language. From Jerusalem to Madakonaï, the message of Christmas resounds: Emmanuel—God with us.

Celebrating God’s Kingdom Through African Voices

We joyfully invite you to join this celebration of faith and cultural diversity. Send us videos of African Christian songs in your local languages, and we will be honored to share them with the world. Every language, every people group, and every culture matters deeply to God. Together, let us reflect the beauty of His kingdom—rich, diverse, and united in Christ. Thank you in advance for your contributions and for helping spread the joy of Christmas far and wide.

Contributions Africaines (African Contributions).

En ce jour de Noël, le 25 décembre 2025, l’Église évangélique de Madakonaï membre de l’Union des Églises Évangéliques au Cameroun (UEEC), localisés dans l’arrondissement de Soulédé-Roua, à l’Extrême-Nord du Cameroun, a élevé sa voix dans une louange aussi belle que profonde. Dans le style musical traditionnel Houdok, expression culturelle du peuple Mafa, la communauté a chanté un message de Noël simple mais puissant :« Alléluia, notre Seigneur Jésus est né ! ».

Ce chant est bien plus qu’une musique. Il témoigne que la Bonne Nouvelle du Christ est vivante dans toutes les cultures et proclamée dans toutes les langues du cœur. De Jérusalem à Madakonaï, le message de Noël retentit : Emmanuel — Dieu avec nous.

Célébrer le Royaume de Dieu à travers les voix africaines

Nous vous invitons avec joie à participer à cette célébration de la foi et de la diversité culturelle.Envoyez-nous des vidéos de chants chrétiens africains dans vos langues locales, et nous serons heureux de les partager avec le monde entier.Chaque langue, chaque peuple et chaque culture ont une valeur égale aux yeux de Dieu. Ensemble, reflétons la beauté de Son Royaume — riche, diversifié et uni en Christ. Merci d’avance pour vos contributions et pour votre engagement à faire rayonner la joie de Noël aux quatre coins du monde.

Contributions Africaines.

https://www.youtube.com/watch?v=Szbefpz-jfc

Christmas song in Mafa language – Dimesh n’yi Yesu Kristi

Voici un chant de Noël en langue mafa, qui raconte que Jésus est né à Bethléem. Nous étions esclaves du péché. Jésus est venu pour nous sauver. Croyons en lui, et nous connaîtrons la vraie liberté et la joie.

147 Dimèsh Marai a géɗ Noel

Réf. Yèsu Kristi, Bethléhem

Kokwar-Bi ga

1. A ga i wuffè man kla (2)

2. Yèsu Kristi (2)

3. Kra Zhiklè a mbelyè (2)

4. Ta yu te kuɗom (2)

5. A ta manda a torok (2)

6. Te Bethléhem (2)

7. Yèsu Kristi (2)

8. A shkè ara ndo ntawassa’a (2)

9. A ga i wuffè man kla (2)

10. A nda woy ma be mè ? (2)

11. I gaɗa i te ɓelè (2)

12. I gaɗa i te dangai (2)

13. Nsumkayè a deɓa wa ? (2)

14. Yèsu Kristi (2)

15. Nvu nshèffè na (2)

16. Te di man a nga (2)

17. Yèsu Kristi (2)

18. Ndo mbel ndo (2)

19. A shkè ara ndo ntawassa’a (2)

20. I gèɗè ndohi tèlèba ma (2)

21. Kin co a ndav cè ? (2)

22. Man kin co ma ba (2)

23. Ngo-wufokoy man kla (2)

L’Église évangélique de Kezla Tassaï au Cameroun loue le Seigneur avec des flûtes et castagnettes du peuple Mafa le 7/12/2025 à l’occasion du baptême

Ceci est l’image d’une église dans un cadre naturel semblable à celui de Bao. C’est juste une illustration.

L’église locale de Kezla Tassaï, paroise de Bao, de l’Union des Églises Évangéliques au Cameroun, loue le Seigneur avec les flûtes et les castagnettes traditionnelles dans l’esprit du Psaume 150. Un bel exemple à suivre en contexte africain…

The local church of Kezla Tassaï, parish of Bao, of the Union of Evangelical Churches in Cameroon, praises the Lord with the traditional flutes and castanets in the spirit of Psalm 150. A good example to follow in the African context…

Il était une fois REFIJO

Il fut jadis un temps où naquit REFIJO,

Chevalier apparu sous l’auguste mont Soulo;

Sur les cailloux de Soulédé, il prit naissance,

Et marcha dans le monde, entre luttes et silence.

Incompris, tel Socrate affrontant le destin,

Insurgé, comme Césaire au verbe souverain ;

Sa plume, s’abreuvant aux sources du songe libre,

Dévoilait sans faillir l’empire aux forces funestes et fibres.

Ses vers, empreints de courroux, défiaient l’oppression,

Tandis que son grenier, en pieuse précaution,

Conservait les trésors de la culture africaine,

Son souffle, ses esprits, sa mémoire ancienne et pleine.

En lui, nous pressentions le gardien d’une langue,

Un vent destiné à dissiper brumes et tangues ;

Nous attendions l’aurore — ce matin rédempteur

Qui saurait rassembler les fragments de nos cœurs.

Hélas ! Il disparut, porté par les mystères,

Chevalier désormais affranchi des frontières ;

Les yeux levés au Nord, vers l’invisible éternel,

REFIJO s’est éteint… mais son éclat demeure fidèle.

Gageons qu’en livrant à la nuit son dernier souffle,

Il comprit que l’idéal qu’il chercha dans la foule

Ne réside qu’en Dieu, source du vrai sérum,

Lui seul peut rassasier le cœur profond des hommes.

Prof. Moussa Bongoyok

Le samedi 11 novembre 2025, à l’occasion des obsèques de Rekedai Fidaï Joseph (REFIJO), né aux environs de l’année 1966 et décédé le 10 novembre 2025.

Ndo n jengə ma a maya n giy mizlinə nənga’a (Evangelism book in Mafa)

Presses Universitaires de Mokolo – Bureau International

P.O. Box 60968 Pasadena, CA 91106-9998 (USA)

Site internet : http://contributionsafricaines.com/presses-universitaires-de-mokolo-p-u-m-mokolo-university-press

Les Presses Universitaires de Mokolo sont une maison d’édition de l’Institut Universitaire de Développement International (IUDI) www.iudi.org

Courriel : comm[at]iudi.org

Auteur : Robert COLEMAN

Ndo n jengə ma a maya n giy mizlinə nənga’a

Traducteur : Martin TEKOLTEK

Editeur : Moussa BONGOYOK

Dépôt légal – 2e édition : septembre 2025.

Printed in the United States of America

Copyright © 2025 by Martin TEKOLTEK

Copyright © 1963, 1964, 1993 by Robert E. COLEMAN

Originally Published in Engish under the title The Master Plan of Evangelism by Revell, a division of Baker Publishing Group.

Tous droits réservés. Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, stockée dans un système de récupération ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit – par exemple, électronique, photocopie ou enregistrement – sans l’autorisation écrite préalable de l’éditeur. La seule exception concerne les brèves citations dans les revues imprimées.

ISBN: 9798990865259

Forthcoming books – À Paraître

Le peuple Mafa : histoire, tendances actuelles et perspectives d’avenir

Le peuple Mafa vit principalement dans deux nations : le Cameroun et le Nigeria. Cependant, ses racines historiques sont riches en rebondissements, balayant les régions de l’ouest, du centre, du nord et de l’est du continent africain selon les frontières administratives actuelles.  Cela peut expliquer pourquoi sa diaspora s’intègre facilement dans divers pays et continents. 

Ce peuple a victorieusement affronté des obstacles de taille grâce à sa résilience, à sa capacité d’adaptation, à son ingéniosité et à une solide éthique de travail. Fort de ce noble héritage, il a tous les atouts nécessaires pour résoudre l’équation de la tension entre son sens inné de liberté individuelle et sa profonde aspiration à l’unité dans la diversité d’une part, et, d’autre part, celle qui existe entre l’attachement aux valeurs traditionnelles et la soif de nager dans des eaux existentielles marquées par les nouvelles réalités de l’hypermodernité et de la pluralité religieuse. Toutefois, le peuple Mafa ne saurait s’endormir sur ses lauriers. Il devra mettre le cap sur un développement holistique de toutes ses filles et de tous ses fils, quels que soient leurs niveaux d’éducation.  Pour y arriver, une planification stratégique rigoureuse, des actions concrètes et des évaluations régulières s’imposent.

Nouvelle date de publication [enrichissement données sur les Mafa du Nigeria]: 31 octobre 2025 (Le livre sera disponible, en français et en anglais, sur amazon.fr et amazon.com)

ISBN : 979-8-9908652-1-1

African Village Christmas Song – Audio

Mon épouse Priscille Mbalidam et moi exécutons ce chant au rythme de ganzavar en ce jour de Noël 2023. Même loin du terroir, notre cœur n’oublie pas les montagnes du pays Mafa. Ceci est un vieux chant de Noël dans le cantique en langue mafa (voir texte original ci-dessous). Il invite à aller saluer le Roi des rois, né à Bethléhem. Ce chant a été adapté au rythme de Houdok à l’église évangélique de Soulédé (Mayo-Tsanaga, Extrême-Nord Cameroun) dans les années 1980 par Korié la femme de Neguem Chéné. Elle fut sage-femme au dispensaire protestant de Soulédé.

My wife and I are performing this song to the rhythm of ganzavar this Christmas Day 2023. Even far from the land, our hearts do not forget the mountains of the Mafa country. This is an old Christmas carol in the Mafa language hymnbook (see original text below). It invites us to go and greet the King of kings, born in Bethlehem. This song was adapted to the rhythm of Houdok at the evangelical church of Soulédé (Mayo Tsanaga, Far North of Cameroon) in the 1980 s by Korié, the wife of Neguem Chéné. She was a midwife at the Protestant dispensary in Soulédé.

#130 Nga da ga na mbali a Bi nga 

  1. Nga da ga na mbali a Bi nga 

Bethléhem kokwar nyi na 

Nga da slia te dimèsh nga 

go-slubordokoya ! 

 Ndohi tèlè, va gurɓahai    

Yèsu Bai a gèɗ bihai         

Ndul ndul ma njèl nenga’a            

A kwèr ndo tèlè t’herkeda. 

2. Nga da ga na mbali a Bi nga 

Ndo m’mbel ndo, Zhiklè a nzlündo 

A mco kita mali nga 

A m’mbel nga a wuɗi na. 

3. Nga da ga na mbali a Bi nga 

Ndo mɓer ndohi nlèɓèslè’a 

A mshkè, a mpre ta auda 

Te skwi ndzaw ta tèlèba. 

Musique traditionnelle Mafa (4e partie) : le zovaɗ 

Credit: Video de Moussa Moudoua – Source: https://www.youtube.com/watch?v=qlc1pX1YXtU

Tout au long de son histoire, le peuple Mafa a navigué maintes eaux troubles du fleuve existentiel. Mais, de toutes les adversités rencontrées, la famine se dessine nettement comme la plus redoutable. Les causes de ce fléau sont diverses (Cf. Seignobos « Aliments de famine » in Seignobos et Iyébi-Mandjeck (2000 :111). La famine est parfois d’origine humaine. À plusieurs reprises, les Mafa ont fait face à des envahisseurs qui se sont directement attaqués à leurs récoltes ou les ont forcé à abandonner les travaux champêtres à des moments critiques. En se réfugiant stratégiquement dans les zones montagneuses et en modifiant conséquemment ses techniques agricoles, le peuple Mafa a réussi à minimiser de tels risques. Laborieux et résilient, il s’est forgé une économie de résistance. La pathologie végétale fit des ravages, mais son impact fut largement réduit grâce à l’alternance biennale entre le daw-daw-á-geɗ (sorgho) et le ntəmas (mil à chandelle connu aussi sous divers noms, dont « petit mil », « mil perle » ou « mil pénicillaire »). 

Toutefois, l’ingéniosité et la résilience des Mafa ne suffisaient pas pour affronter les géants que représentaient les invasions des criquets, les dévastations des chenilles ou les aléas climatiques du fait de l’irrégularité des pluies.  En outre, les premiers mois de la saison pluvieuse sont souvent les plus durs, car ils correspondent à l’épuisement des réserves de mil, toute l’alimentation reposant sur une récolte annuelle. Dans un tel contexte, il est fort compréhensible qu’une explosion de joie accompagne le zovaɗ, la saison des prémices, plus précisément la maturité du mil.  

Certaines sources écrivent le terme « zovaɗ » autrement. Elles le transcrivent « závaɗ ». Le Lexique Mafa a opté pour cette dernière forme (Barreteau et LeBléis, 1990 :394). Cependant, la première formulation, qui est aussi celle retenue par Müller-Kosak (2003 :369), est plus proche de la prononciation originelle. Il reste maintenant à préciser le mois exact pendant lequel il est célébré.  Martin (1970 :19) le place au mois de novembre. Mais, en réalité, il est difficile d’être dogmatique là-dessus, car ce n’est pas tant le mois qui guide le zovaɗ mais la maturité du mil. C’est ainsi que certaines années, la célébration peut se faire un mois plus tôt.  C’est peut-être ce qui a conduit Lavergne à procéder prudemment en plaçant les mois de məsəla (octobre), heɗek ɗiya (novembre) et heɗek mənda (décembre) sous la coupole de zovaɗ  (1990 :70).

Le zovaɗ est une véritable fête car il annonce une bonne récolte, gage de victoire sur la faim. C’est précisément ce qui en fait l’une des musiques les plus sonores, athlétiques et joyeuses du peuple Mafa. Le vocable zovaɗ est en fait un mot composé de zo ou zá (montagne)et vaɗ (nuit). Cela révèle indirectement la genèse de cette musique. À l’origine, elle se jouait fort probablement dans la nuit, au clair de lune, et dans les montagnes pour célébrer la joie des prémices.  Ainsi, la joie était manifeste, mais de manière quelque peu réservée. En effet, il faudrait attendre les récoltes proprement dites pour que la joie atteigne son point culminant avec, à la clé, le n’gwolala (la fête). Bien entendu, la musique du zovaɗ était aussi la bienvenue de jour, car la période de répit située entre le dernier sarclage et la récolte s’y prête bien. 

Contrairement à la fête des prémices dans la tradition juive (Cf. Ex. 23 :14-16, Nom. 28 :26, Ex. 34 :22), le zovaɗ n’a pas une dimension religieuse et n’est rattaché à aucun rite sacrificiel. C’est plutôt la manifestation publique et musicale d’une allégresse communautaire.

L’un des traits distinctifs du zovaɗ est la prédominance du shingelek (flûtes à cornes). Les flûtes traditionnelles du peuple Mafa sont parmi les plus merveilleuses du monde. Elles se jouent en multiple de sept. Chacune d’entre elles a un nom et correspond à une note musicale unique. Ainsi, pour qu’un jeu de flûtes soit valable, il doit comporter les sept flûtes suivantes, dans l’ordre de succession musicale : ndèsh, gwala, zara, vokom, cegem, mbekem et tolom.

Ces noms peuvent varier d’une localité à une autre. C’est ainsi que Fritz (2009 :171), dont la recherche doctorale a porté sur les flûtes mafa, les nomme différemment, de la plus petite à la plus grande : chechega, paleyga, mbegue, maill, gsa, tcegem, et mdegem.

Source: Fritz, 2009 :171.

Nous remarquons que seul le cegem conserve sa place sur ces deux listes. Cependant, le nombre de flûtes est identique.

Gaimatakwan Kr Dujok (2007) présente une classification qui, sans respecter nécessairement l’ordre musical, a le mérite de faire ressortir le contraste entre deux villages précis:

Nous observons que même pour des localités aussi proches que Midré et Mandaka, il n’y a que deux appellations similaires: zara et cegem (tchéguem). L’académie Mafa devrait procéder à un travail d’harmonisation dans l’avenir.

Néanmoins, il est intéressant de retrouver invariablement sept flûtes sur chaque liste. A la base, il y a donc sept flûtistes. En fonction de la disponibilité des joueurs, il y aura 7, 14, 21 ou 28 flûtistes respectant scrupuleusement le rythme ambiant. Quand le nombre de flûtistes atteint un minimum de 14, les notes sont plus enrichies, car les musiciens incorporent automatiquement une note qui joue le rôle de transition entre une flûte et la suivante. Le résultat est une merveille encore sous-exploitée en ethnomusicologie. 

Source: Fritz, 2009 :171.

 Le moins qu’on puisse dire est qu’il débouche sur une harmonie qui laisse rêveuse la gamme pentatonique du ganzavar (la harpe Mafa) dans laquelle plusieurs spécialistes ont, à tort, tendance à enfermer la riche et dynamique musique mafa. 

Notons, en passant, que les Mafa ont une autre flûte solitaire, appelée zlewete, que les jeunes en âge de mariage jouent à l’approche de la saison pluvieuse pour courtiser les filles au moment de la cueillette des légumes. Il s’agit, entre autres, d’une « herbe à sauce » appelée mendjewel qui pousse généreusement en cette saison-là (bəgədza). Rekedai (2023) donne une liste plus exhaustive de ces légumes: « En plus de mendjewel, il y a le metehéɗ, le ngrew, le mokoyom wacak, le malama… » 

L’autre trait caractéristique du zovaɗ est sa polyvalence. Il peut se jouer dans un lieu fixe (place du marché ou lieu de rassemblement du village), mais aussi en se déplaçant d’un point à un autre, voire d’une localité à une autre. Voilà pourquoi il est souvent accompagné par le tambour d’aisselle (dezlézléo) quoique le tamtam (ganga) ne soit pas interdit à cette occasion. Les autres instruments de musique moins encombrants comme les castagnettes et les cymbales sont acceptés. Il convient de préciser que le n’gwolala, qui est un prolongement naturel du zovad, suit la même logique, à quelques variantes près.

La danse elle-même est spontanée. Toutefois, le mouvement dominant est celui du bas vers le haut. En outre, contrairement au houdok traditionnel, le milieu du cercle est réservé aux hommes. Les femmes dansent en périphérie tandis que pour le Houdok, c’est l’inverse. La raison est pratique. Rekedai (2023) la précise en ces termes: « Les hommes entourent les filles à la conquête desquelles ils partent en brandissant sur leur tête leur bâton de danse et autres gadgets préparés pour la circonstance. » À cela il faudrait aussi associer une raison sécuritaire car le houdok se danse à la fin de la saison sèche et exclusivement la nuit, au clair de lune. Or, à cette période de l’année, le paysage est dénudé et les villages sont plus vulnérables aux attaques.

Par ailleurs, le houdok n’a qu’une mélodie consacrée, mais le zovaɗ en a plusieurs. La plus célèbre d’entre elles brille d’ailleurs par sa nature hautement poétique :

N’wele,

N’wele, 

N’wele a kotaɓal Galdala.

N’wele a Magangaɓ Mazaya.

Ta bazlanə tsagi vazak a dem ga.

Ta ndedayə dema’a a mbelawa.

Cette chanson traduit l’immensité de la richesse et du bonheur (car n’wele renferme le concept de la richesse et du bonheur) en pays Mafa. Cette richesse couplée de bonheur est si répandue qu’elle va de Galdala vers Moskota, à Mazaya du coté de Roua. Dans un tel contexte, il est impensable qu’une fille soit maltraitée au point qu’on porte atteinte à sa pudeur et à sa dignité. En d’autres termes, la joie, le partage, le respect mutuel, et la justice sociale doivent régner à tous les niveaux.

Ci-dessous une autre sonorité du zovaɗ en version audio.

Credit: Yves le Bléis

L’artiste est Matasay Laye (Soulédé), de regretté mémoire. D’autres artistes, moins connus, laissèrent aussi un bel héritage musical à leur peuple. Les enregistrements suivants sont édifiants. Ils proviennent respectivement des villages Gouzda, Shugule, Mandaka et Koza.

C’est Yves le Bléis qui enregistra ces chants dans les années 1970. Il les met gracieusement à la disposition du peuple Mafa et de ses sympathisants.

Les contenus des autres chants du zovaɗ sont variés, mais centrés sur la joie de vivre, les excellentes relations humaines, la fierté, la bénédiction, et l’amour entre filles et garçons. Justement, pour ce qui concerne la dimension affective, un fait important mérite d’être relevé. Si la coutume Mafa donne la primeur de la déclaration d’amour au garçon, elle laisse une porte ouverte à la fille quoique de manière plus discrète. Dans ce domaine, le zovaɗ est une aubaine pour les jeunes filles car, comme le relève Tanagued (2023), elles offrent « du mil frais déjà retiré de l’épi et des arachides décortiquées » aux hommes pour lesquels elles manifestent un sentiment particulier. D’ailleurs, elles le font avec art et sourire. À cette occasion, traditionnellement, elles prennent le soin de placer ces cadeaux dans un petit récipient appelé gwa qu’elles fabriquent elles-mêmesIl est tressé à base de la partie supérieure des tiges de mil avec tout le tact et l’application dont les vaillantes filles Mafa sont capables.

La saison du zovaɗ est donc propice pour les fiançailles et le mariage. C’est aussi une occasion en or pour les musiciens en herbe. C’est pendant cette période – parfois légèrement avant- que les enfants s’exercent au jeu de flûtes en façonnant des instruments à base d’argile ou de branches d’annona senegalensis (gonokwad) ou encore de jatropha (magalay ou gwazlavay). À l’occasion, ils esquissent des pas de danse, à la manière des jeunes et des adultes et arborent parfois fièrement des chapeaux de paille qu’ils ont fabriqués eux-mêmes. Décidément, la joie du zovaɗ est positivement contagieuse.

Prof. Moussa Bongoyok

Copyright (c) 2023 

Références

Barreteau, D. et Le Bleis, (1990). Y. Lexique Mafa. Paris : ORSTOM.

Fritz, T. (2009) Emotion investigated with music of variable valence – neurophysiology and cultural influence. [Unpublished doctoral dissertation]. University of Potsdam.

Gaimatakwan Kr Dujok, A. (2007. Chant et histoire chez les Mafa du Mayo-Tsanaga. XIXè-XXè siècle. [Unpublished  Master thesis]. Université de Ngaoundéré.

Lavergne, G. (1990. Les Matakam – Nord Cameroun. Paris.

Martin, J.-Y. (1970). Les Matakam du Cameroun. Paris : ORSTOM.

Müller-Kosak, G. (2003). The Way of the Beer. London : Mandaras Publishing.

Rekedai F. J. (2023, 24 juillet) [Commentaire écrit sur cet article]. https://contributionsafricaines.com/2023/07/23/musique-traditionnelle-mafa-4e-partie-le-zovaɗ/

Seignobos, C. et Iyébi-Mandjeck O. (2000). Atlas du Nord Cameroun. IRD Éditions.

Tanagued, B. (2023, 25 juillet) [Commentaire écrit sur cet article]. https://contributionsafricaines.com/2023/07/23/musique-traditionnelle-mafa-4e-partie-le-zovaɗ/

Support audio-visuel

Source vidéo: Moussa Moudoua

Sources audio: Yves le Bléis

Harpe Mafa – Ganzavar

Credit Video: Moussa Bongoyok

Harpe Mafa – Ganzavar – Pasteur Etienne Nzina 17 Septembre 2006 à Bao Tassaï – Mayo Tsanaga, Extrême-Nord Cameroun.

Mafa harp – Ganzavar – Pastor Etienne Nzina September 17, 2006 at Bao Tassaï in the Mayo Tsanaga Division, Far North of Cameroon.

Current Status of Research on the History of Mafa people -État actuel de la recherche sur l’histoire du peuple Mafa





We have been researching the origins of the Mafa tribe for about twenty years using anthropology research methods, library research, and a specialized laboratory. While waiting for the finalization and publication of the work, we are pleased to report that, so far, we could go back to 2000 before our common era. At the present study stage, the Mafa would be members of the Malinke people, initially established in a region corresponding to the current Gambia. Leaving there around 2000 BCE and mixing with several ethnic groups during their travels, they settled in East Africa. It was in a vast region that included Kenya, Sudan, Egypt, Ethiopia, Somalia, Uganda, and Tanzania. DNA analysis also reveals a relationship with the Luhya of western Kenya. The Luhya people began migrations around 1000 BCE. The Mafa passed through Uganda, Sudan, and Chad before settling in Cameroon and Nigeria in the 7th century CE, based on the historian Urvoy’s writing (1949). It should be noted that this research is not yet complete. We welcome any useful scientific information or documentation. Details will follow in a future publication if God permits.

Nous effectuons des études sur les origines de la tribu Mafa depuis une vingtaine d’années en utilisant la revue de la littérature, des méthodes de recherche anthropologique, et des analyses dans un laboratoire spécialisé. En attendant la finalisation et la publication du travail, nous avons le plaisir de signaler que nous pourrions remonter jusqu’en 2000 avant Jésus-Christ. Au stade présent de l’analyse, les Mafa seraient des membres du peuple Malinké, initialement établi dans une région qui correspond à l’actuelle Gambie. Partis de là vers 2000 avant notre ère et se mêlant à plusieurs ethnies au cours de leurs voyages, ils s’installent en Afrique de l’Est. C’était dans une vaste contrée qui comprenait le Kenya, le Soudan, l’Égypte, l’Éthiopie, la Somalie, l’Ouganda et la Tanzanie. L’analyse ADN révèle justement un lien de parenté avec les Luhya de l’ouest du Kenya. Le peuple Luhya a commencé ses migrations vers 1000 av. J.-C. Les Mafa sont passés par l’Ouganda, le Soudan et le Tchad avant de s’installer au Cameroun et au Nigeria au 7e siècle de notre ère, à la lumière du travail de l’historien Urvoy (1949). Il convient de préciser que cette recherche n’est pas encore terminée. Nous accueillons toute information ou documentation scientifique utile. Les détails suivront dans une future publication si Dieu le permet.

Prof. Moussa Bongoyok