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Vivre la Bonne Nouvelle dans un contexte africain

« Vivre la Bonne Nouvelle dans un contexte africain » by Moussa Bongoyok

English Abstract

The article “Living the Good News in an African Context” demonstrates that being a Gospel Ambassador in a profoundly wounded Africa is challenging. The diversity of this continent and the multiplicity of evils that undermine it can add to the complexity of the task. Yet it is precisely in a dark and sad context that the light of the Gospel is much needed. For this reason, it is advisable to implore divine wisdom to translate the Gospel into daily life’s thoughts, looks, gestures, and actions to the extent that each child of God is an actual agent of holistic transformation. The goal is to equip each follower of Christ in such a way that he or she can bring people out of misery, both literally and figuratively. The ultimate goal is to deepen people’s joy in their respective contexts within spiritual reconciliation with God and to encourage the framework of sincere actions motivated by genuine love to meet their felt needs. To walk in the footsteps of Christ and the apostles is to help fellow humans to understand better and transcend their suffering, which unfortunately penetrates all spheres of social life and touches the human being in his body, mind, and soul. To achieve this, it is vital to rely first and foremost on God but also to do everything possible to identify better the root causes of the problems that the specific context encounters, to devise a consistent strategy to overcome them, to put appropriate and transferable resources at the disposal of all the faithful in a format and language that they can easily understand, to ensure good coordination of activities and to make systematic evaluations, all in a spirit of humility by walking in the footsteps of the Lord Jesus.

Introduction

L’Afrique est l’incarnation même du paradoxe. Incroyablement riche en ressources naturelles, elle n’en demeure pas moins le continent le plus pauvre de la planète. La pauvreté et ses multiples corollaires font des ravages à telle enseigne que, dans de nombreuses familles africaines, les moments de joie ne ressemblent qu’à de minuscules îlots dans un océan de misère.

Pourtant, c’est en Afrique, et surtout dans la région subsaharienne, que le christianisme croît à un rythme particulièrement accéléré. Nous en voulons pour preuve le fait que le taux du christianisme soit passé de 9,1% de la population africaine en 1900 avec 7,5 millions de chrétiens (Mandryk et Johnstone, 2010) à 47.9 % en juillet 2017(Joshua Project) avec 595,1 millions d’âmes qui professent la foi chrétienne soit un taux de croissance de 426,3 %. L’on ne saurait donc nier le fait que la foi chrétienne se porte bien en terre africaine. Or, le christianisme est indissociable de l’Évangile ou Bonne Nouvelle. Du coup, une question s’impose aux chrétiens qui vivent en Afrique : comment vivre la Bonne Nouvelle dans un contexte ployant sous le poids de mauvaises nouvelles qui semblent s’aggraver au fil des années voire des mois, des semaines et des jours ? Comment faire éclater des cris de joie au propre et au figuré quand la raison impose plutôt un lourd et douloureux silence à défaut de pleurs tant la misère du continent africain est grande ? C’est à ces interrogations que tente de répondre ce modeste article.

Mais, avant d’aborder le cœur du sujet, il convient de présenter un peu plus amplement le contexte africain, de définir l’Évangile tel que la Bible le définit tout en soulignant pourquoi il est véritablement une bonne nouvelle en contexte africain. Enfin, nous en dégagerons les implications pratiques qui s’imposent sur ce contient afin que ce concept se traduise dans les réalités quotidiennes de la vie chrétienne. 

En Afrique, la joie et la souffrance semblent être des jumeaux qui vibrent constamment et presque harmonieusement au rythme du tam-tam invisible de l’existence. La grande majorité de groupes ethniques chante et danse quand tout va bien et fait la même chose quand tout va mal. Une simple observation des scènes de réjouissances populaires quand une équipe locale ou nationale remporte une coupe de football et des rites funéraires chez les peuples qui conservent jalousement leurs valeurs traditionnelles suffit pour s’en rendre à l’évidence.

L’Afrique : un continent de joie et de souffrance

En réalité, la joie n’est pas absente du continent africain. 

Sujets de joie

L’Afrique est riche en ressources minières. Quelques pays, sans être parfaits, ont eu la sagesse de poser des bases solides de la justice sociale – véritable socle de la paix. Tout en combattant la corruption, ce véritable cancer socio-économique, ils ont pu créer un cadre favorable au travail, aux investissements et à la nette amélioration des conditions de vie de leurs populations. Ceci n’est pas sans réjouir de nombreuses personnes qui retrouvent un sourire soutenu par l’espoir, même si les pays qui se distinguent sont encore peu nombreux au point où les intellectuels n’hésitent pas à parler de miracle.

Mais, en dehors des ressources dont regorgent son sol et son sous-sol, l’Afrique est aussi riche en ressources humaines tant qualitativement que quantitativement. De nombreux cadres africains, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, se sont imposés dans toutes les sphères de la société. De nombreux Africains ont fait et font encore leurs preuves à l’échelon de l’Organisation des Nations Unies, de grandes organisations internationales ou des multinationales. De plus en plus nombreux sont les érudits africains qui enseignent dans de prestigieuses universités à travers le monde, s’imposent par la qualité de leurs recherches et publications, et se distinguent dans leurs professions. Certains hommes et femmes d’affaires ont réussi à se hisser dans le cercle restreint des plus riches de la planète. Les innovations, les inventions, et les mouvements de transformation se multiplient ces dernières années envers et contre tout. Des dirigeants politiques africains ont apporté des contributions sages et significatives ayant abouti à la paix dans des zones dangereusement menacées par la déchirure, la guerre ou le désordre. Plusieurs d’entre eux ont fourni des efforts pour renforcer les institutions et redresser la gestion des ressources de leurs pays. Les écoles primaires, les écoles secondaires, les universités, les grandes écoles, les routes bitumées, les autoroutes, les barrages, la couverture des zones les plus reculées par internet, les stades de football, les complexes sportifs, les hôpitaux, et des investissements semblables se sont multipliés sur le continent au cours des dix dernières années. Même si l’Afrique a encore du chemin à parcourir, il convient de saluer les efforts déployés par ces leaders visionnaires et pragmatiques.  Se borner à peindre tout en noir serait aller à contre-courant du proverbe africain qui dit : « Même si le lièvre est ton ennemi, il faut admettre qu’il court plus vite que toi. » Par ailleurs, le monde de la musique et du sport serait lamentable sans l’apport des Africains.

L’Afrique est également marquée par la diversité religieuse. Les quatre plus anciens groupes religieux du continent sont respectivement les religions africaines, le judaïsme (même s’il est moins répandu en ce moment) le christianisme, et l’islam. L’hindouisme et le bouddhisme font aussi des percées ces vingt dernières années du fait du dynamisme des Indiens et des Chinois qui sont de plus en plus présents dans la réalisation des grands travaux, dans l’import-export et même le petit commerce. Par le truchement de nouvelles technologies de la communication, force est de relever qu’aujourd’hui l’Afrique est exposée à toutes les religions du monde. Ceci n’est pas sans entraîner des situations fâcheuses ; mais, en dépit des sursauts fondamentalistes qui sèment la terreur et la violence, l’Afrique reste largement un continent de tolérance religieuse. En Afrique subsaharienne principalement, mais aussi de plus en plus au nord du continent, il n’est pas rare de trouver des adeptes de religions différentes au sein d’une même famille sans que cela occasionne des carambolages dévastateurs des liens familiaux et sociaux. C’est aussi là une richesse, car la vie ne saurait être harmonieuse au sein d’une nation sans l’apport des dirigeants religieux ou des valeurs de paix et d’amour que leurs religions prêchent. Malgré toutes les imperfections qui résultent de l’éloignement parfois subtil de la source de la vraie paix qui se trouve en Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, même les religions non chrétiennes sont porteuses de valeurs positives. Par exemple, pendant la période de jeûne du mois de ramadan, le taux de criminalité baisse nettement du fait de la concentration sur une observation fervente des principes religieux tels que peints dans le Coran et la tradition musulmane. Le même fait est observable quand un individu ou un groupe embrasse la foi chrétienne et met en pratique les valeurs bibliques par obéissance au Seigneur Jésus-Christ surtout dans les milieux évangéliques. En effet, Dieu a choisi de se révéler par sa Parole qui est devenue chair, Jésus-Christ le Messie et le Prince de la paix. Le changement spirituel qui découle de l’acceptation du Christ comme Sauveur et Seigneur entraîne alors progressivement – et parfois instantanément – la paix dans le foyer, la transformation, l’abandon de pratiques nuisibles et illégales, et l’engagement à mener une vie respectueuse des valeurs d’amour, de paix, de vérité, et de justice sociale. Low cite des exemples concrets de transformations radicales et positives des communautés entières du fait de l’acceptation de la foi chrétienne et de l’obéissance au Seigneur (2016, 1-9). Dans ces deux cas, une dimension plus bénéfique de la religion en général, et du christianisme en particulier, relève du domaine éthique qui est un véritable ferment de la reconstruction (Kä Mana, 1993). Du côté purement ecclésial, l’Afrique est en droit d’exulter dans la mesure où, nonobstant les effets néfastes de l’intégrisme religieux d’inspiration salafiste caractérisé par la violence et l’intolérance, les églises croissent rapidement tant en quantité qu’en qualité des disciples du Christ sur le continent. Même par-delà les mers, les communautés chrétiennes africaines sont parmi les plus dynamiques en Occident et dans certaines localités du Proche-Orient. Par exemple, la plus grande église du Royaume-Uni est une église constituée essentiellement d’Africains et dirigée par un Africain d’origine nigériane (converti de l’islam) notamment Matthew Ashimolowo, pasteur de Kingsway International Christian Centre, une église de Londres. Cette église n’est d’ailleurs pas la seule, tant la diaspora africaine hisse très haut le drapeau de la foi chrétienne sur tous les continents tout en restant attachée à la philosophie et aux pratiques religieuses des Églises en Afrique (Adogame, 2013). En outre, nombreux sont les prêtres, pasteurs et missionnaires africains qui dirigent des églises locales, des dénominations, des séminaires théologiques, des ministères d’évangélisation ou d’implantation d’églises, et des organisations paraecclésiastiques à travers le monde. L’Afrique a de quoi être fière de ses filles et de ses fils.

 L’Afrique a aussi la particularité d’avoir une population essentiellement jeune, ce qui lui permet de se positionner comme un continent incontournable sur la scène internationale d’ici à l’an 2100. En effet, si Dieu permet que l’Afrique croisse à un rythme normal, les projections de Pew Research Center (2019) prévoient qu’en 2100, l’Afrique, forte de 3,57 milliards d’habitants, sera le continent le plus peuplé du monde. Des pays comme le Nigéria, l’Éthiopie, l’Égypte et la République Démocratique du Congo, seront parmi les dix pays les plus peuplés du monde en ce temps-là.

La subsistance de l’esprit de solidarité africaine en dépit des multiples assauts de l’individualisme (porté par des vents étrangers) mérite d’être saluée. Au lieu que chacun se replie sur soi-même dans un contexte où les ressources se raréfient à un rythme inquiétant au moment où, paradoxalement, la vie devient de plus en plus chère, les Africaines et les Africains trouvent toujours le moyen de venir en aide aux parents, aux frères et sœurs et même aux parents éloignés, aux amis et aux autres membres de la communauté qui n’auraient pas ému les Occidentaux. Même quand ils sont très loin du terroir, la solidarité est si confortablement ancrée dans les mœurs des Africains que rien ne brise leur élan de générosité.   Sur ce point, un rapport du Fonds international de développement agricole qui porte sur les transferts d’argent des expatriés vers leurs pays d’origine de 2007 à 2016 est particulièrement révélateur. Il indique que la diaspora africaine envoie 36% d’argent en plus vers leur continent d’origine qu’il y a dix ans avec une enveloppe qui pèse 60,5 milliards de dollars en 2016 contre 44,3 milliards de dollars en 2007 (Rodier, 2017). Au-delà du flux financier, il faudrait voir un élément plus riche et profond : le sens de la communauté. Or, pour emprunter les termes de Zikpi, « Nous voulons signifier que le sens de la communauté qui est assez fort en Afrique noire peut constituer une pierre d’attente pour promouvoir dans l’Église une pastorale de soutien et d’accompagnement des souffrants et de tous ceux qui sont affligés par le mal. » (2014, 69).

Il convient de préserver de ce qui reste des mœurs et de la morale malgré les vagues violentes de la mondialisation et des nouvelles technologies de l’information qui s’infiltrent jusque dans les endroits les plus reculés. De nos jours, il n’est pas rare de voir de grandes mères aller au champ avec une houe identique à celle qu’utilisaient des ancêtres depuis la nuit des temps tout en attachant solidement des téléphones intelligents au bout des pagnes afin de pouvoir non seulement écouter, mais aussi et surtout voir leurs filles, fils et petits-fils que les vents de l’exode rural ou de la lutte pour la survie poussèrent volontairement ou involontairement sous d’autres cieux à cause de la mauvaise gouvernance et de décisions politiques peu réfléchies.

Parlant justement de la politique, même si les évangéliques traînent encore les pas, les églises participent de plus en plus aux débats qui touchent de près la gestion des collectivités locales, régionales et même de la nation (Djéréké, 2014, 145-153). Les chrétiens qui occupent de hautes responsabilités administratives et politiques sont de plus en plus nombreux et plusieurs parmi eux marquent la différence sur la scène nationale et internationale, en menant une vie intègre, en refusant la corruption et la fausseté, en servant efficacement leurs populations, et en gérant fidèlement les ressources qui leur sont confiées. Ces dirigeants vertueux prouvent qu’il est bien possible d’être administrateur civil ou politicien et fidèle au Seigneur à l’instar de Joseph qui était l’équivalent d’un Premier Ministre en Égypte, de Déborah qui était juge en Israël, ou de Daniel qui a battu le record de longévité dans la plus haute administration.

L’esprit de créativité, le dynamisme, la flexibilité, la facilité d’adaptation à des situations sociopolitiques qui auraient pu déclencher une révolution dans d’autres régions du monde, le respect des aînés et des personnes âgées, les progrès enregistrés dans le domaine de la santé ou de l’enseignement viennent s’ajouter à ces sujets de réjouissance. La liste est loin d’être exhaustive. Toutefois, elle reste à parfaire, car ces aspects encourageants ne sauraient occulter la montagne de douleur qui domine le paysage socio-économique africain et poignarde les populations africaines jusque dans la profondeur de leurs âmes.

Sujets de graves préoccupations

Le premier trait caractéristique du continent africain semble être la pauvreté. La paupérisation croissante et handicapante du continent semble transformer des pays entiers en une confrérie d’éternels assistés. Le pire c’est que les efforts de développement semblent être engloutis par des personnes ou des groupes véreux qui se dessinent telle une version contemporaine et cauchemardesque des vaches maigres du rêve de pharaon (cf. Genèse 41) tandis que les “Joseph” semblent avoir fui en catimini. Même les projets de développement les plus prometteurs semblent rapidement rejoindre ce qu’Owono appelle « un vieux cimetière d’anciens plans de développement » qui est en fait synonyme du continent dans la pensée de cet auteur (2011,14).

Comme le malheur ne vient jamais seul, l’un des rouleaux compresseurs qui écrasent les moins nantis à une vitesse vertigineuse avec des ravages de proportions incommensurables est la corruption. Dans certains pays, elle a atteint un niveau si gravissime que même celles et ceux qui sont censés prêcher la bonne moralité ou dire le droit sacrifient leurs âmes sur l’autel du conformisme tellement elles/ils sont convaincus que rien ne peut plus arrêter la progression de l’un des plus grands monstres du 21e siècle. C’est alors que l’on est en droit de demander : où sont les Joseph, les Daniel, les Hananiah, les Azariah, les Michael, les Mardochée, les Esther, les Déborah, les Marie, les Pierre ou les Paul de notre temps, pour nous limiter à ceux-là ?  L’histoire dira ce que le silence complice de celles et ceux qui sont censés être la voix des sans-voix et les défenseurs des faibles aura causé à un continent déjà affaibli par de nombreuses injustices subies au fil de son histoire. Quand pour un concours lancé en vue du recrutement de 9.000 personnes à la fonction publique les organisateurs sont pris d’assaut par un million de candidats comme ce fut le cas tout dernièrement dans un pays d’Afrique de l’Ouest, l’on comprend pourquoi, en désespoir de cause, de vaillants fils et filles décident de faire un saut dans le vide en traversant le désert du Sahara et la Méditerranée vers un hypothétique El Dorado européen. Malheureusement, Dieu seul connaît le nombre de ceux d’entre eux qui sont morts de soif dans le désert du Ténéré ou qui ont été engloutis par le cimetière liquide de la Méditerranée à l’insu de leurs amis ou des membres de leurs familles qui se sont parfois cotisés pour qu’au moins l’un des leurs s’échappe du bateau qui coule lentement et dangereusement. D’autres se sont jetés avec armes et bagages dans la gueule d’un autre monstre que représentent les groupes terroristes et ont perdu ce qu’ils ont de plus cher, leur propre vie. Les plus chanceux s’en sont tirés avec quelques blessures, des humiliations, et des traumatismes. D’autres croupissent encore dans des prisons s’ils ne sont tout simplement pas pris en otage ou réduits à une nouvelle forme d’esclavage que très peu de journalistes ont le courage de décrire, tellement on se croirait à une époque révolue.

Le banditisme gagne du terrain sous diverses formes. Les sectes pernicieuses n’hésitent pas à agir en véritables coupeurs de route en costumes évangéliques. Elles se servent de la religion sans vergogne pour s’enrichir au prix d’une fausse spiritualité, de la trahison, de la division, et même de la criminalité et des assassinats directs ou indirects. Certains faux serviteurs et servantes du Seigneur pêchent en eaux troubles en jouant la carte du tribalisme ou du régionalisme, donnant ainsi la fausse impression qu’ils luttent pour la justice au sein des communautés ecclésiales alors qu’en réalité ils constituent une bande de loups ravisseurs. En fait, ils sont animés par le même esprit que des fonctionnaires ou des employés qui pillent les caisses de l’État ou des entreprises privées sans vergogne en se disant que de toute façon « la chèvre broute là où elle est attachée ». Nous encourageons la revalorisation des langues africaines tout en condamnant avec la dernière énergie le racisme, le tribalisme et le népotisme. Par ailleurs, il convient d’éviter de propulser dans le leadership de l’église une femme ou un homme qui n’a pas les qualifications spirituelles et morales nécessaires juste pour qu’il y ait un changement. Pire, il serait très déplorable de faire usage de fraude ou de monnayer l’élection à un poste de responsabilité au sein d’une église ou d’une œuvre chrétienne en battant la campagne comme les politiciens ou en achetant les consciences avec des billets de banque, de dons matériels ou de promesses fallacieuses en échange du vote. Les assemblées générales et les conseils d’administration des diverses dénominations et œuvres chrétiennes ont l’impérieux devoir de redoubler de vigilance dans les domaines susmentionnés et de sanctionner les coupables sous peine de tomber sous le coup de la mondanité à l’heure où l’Église semble être l’un des derniers espoirs d’une société en perte de vitesse.

D’autres groupes soi-disant chrétiens font miroiter un faux évangile de prospérité qui promet monts et merveilles sur tous plans et qui n’est en réalité qu’une duperie masquée, aggravant au passage la misère des populations déjà réduites à leur plus simple expression. Et, pour combattre les excès de la théologie de la prospérité, certains leaders n’ont pas trouvé mieux à faire que de ressusciter les vieux démons de la théologie de la pauvreté oubliant que c’est même l’une des racines des maux qui ont freiné le développement de nos communautés. L’Afrique n’a besoin ni de la théologie de la prospérité ni de celle de la pauvreté, mais de la Bonne Nouvelle équilibrée. Christ a parlé des bénédictions sans nier les persécutions, les tribulations et la souffrance même sur la voie de la fidélité. C’est aussi cette Bonne Nouvelle raisonnable qui a fait dire à Paul : « Je sais vivre dans l’humiliation et dans l’abondance. En tout et pour tout j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans la disette… » (Philippiens 4 :12).

Il serait irresponsable de passer sous silence cet autre grand frein au développement du continent : l’occultisme sous de diverses facettes. Beaucoup d’investisseurs ont préféré cacher leurs ressources et vivre comme de faux pauvres pour la simple raison qu’ils craignent de mettre rapidement un terme à leur vie ou d’exposer les membres de leurs familles en faisant de grandes réalisations, en créant de grandes entreprises ou en construisant de beaux bâtiments. Certains leaders du secteur privé et public se sont retrouvés dans des sectes pernicieuses et des sociétés secrètes par calcul politique, par cupidité ou par peur des répercussions cosmiques et de malheurs qui pourraient se déferler contre eux par le truchement de sorcellerie ou de la magie, aggravant ainsi leur situation. Pourtant, Dieu seul peut véritablement bénir et protéger, car Il est l’unique source de la vie et c’est Lui seul qui est véritablement bon et Tout Puissant. Heureux sont les personnes qui se confient en Dieu, et malheur à ceux et celles qui s’appuient sur le diable, sur les puissances ténébreuses ou même sur leurs semblables (Psaume 23 :1-6, 33 :12, 40 :4, 84 :5, Esaïe 40 :31 ; Jérémie 17 :7 ; 1 Timothée 4 :10, 6 :17 ; 2 Corinthiens 1 :10-11).

La participation des femmes à l’épanouissement des communautés chrétiennes et au développement de la nation est en nette progression, mais il faut avouer qu’elle est encore très timide dans de nombreuses communautés. Pourtant femmes et hommes ont la même valeur aux yeux de Dieu.  En Christ, il n’y a plus ni homme ni femme (Galates 3 :30). Par ailleurs, le prophète Joël a écrit, sous l’inspiration divine : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, dans ces jours-là, je répandrai mon esprit. » (Joel 2:28-29). Dans le même ordre d’idées, les dons spirituels sont accordés aux hommes comme aux femmes. Tant dans l’Ancien que le Nouveau Testament, les femmes ont fait des merveilles sous la direction divine et pour sa divine gloire, contribuant ainsi de manière très significative à l’édification spirituelle du peuple de Dieu et à l’amélioration des conditions de vie de la société tout entière. Sans sombrer dans certaines dérives du féminisme, les sœurs en Christ méritent d’être formées, encadrées et encouragées à exceller dans le ministère que leur confie le Maître de la Moisson. La transformation des églises locales, la redynamisation des œuvres chrétiennes et le développement du continent africain ne feront pas sans les femmes.

Le phénomène de castes est une autre montagne sur la voie du progrès spirituel et socio-économique. Dieu ne fait point acception de personnes (Actes 10:34-35). En outre, personne n’a choisi de naître dans telle ou telle caste, dans tel ou tel clan ou groupe social.  Se considérer comme étant supérieur ou inférieur à une autre personne à cause de sa caste, de son teint, ou de son groupe ethnique serait tout simplement illogique et insensé. Christ est venu faire tomber les barrières de ce genre dans l’esprit de Galates 3:28. Aussi est-il impératif de faire disparaître les murs qui nous emprisonnent dans un passé révolu pour celles et ceux qui appartiennent au corps du Christ. Ainsi le clivage forgerons/non forgerons, par exemple, n’a aucun fondement biblique. Tous les chrétiens appartiennent à une seule caste, celle du lion de la tribu de Juda, du Messie, du Rédempteur (Romains 12 :4-5, 1 Corinthiens 12 :25 ; Éphésiens 2 :19-22).

L’espace imparti est insuffisant pour parler amplement du néocolonialisme qui se porte à merveille sur le continent, du surpeuplement en milieux urbains (alors que les campagnes se vident), de la pollution, des engrais chimiques et des pesticides qui tuent l’Afrique à petit feu, de l’exploitation de l’homme par l’homme, du pillage systématique des ressources du terroir avec la participation active de la communauté internationale et la complicité de plusieurs dirigeants locaux. L’injustice sévit sous diverses formes. L’enrôlement des enfants dans des guerres fratricides, la prostitution, la feymania, le banditisme, la tricherie, la haine, la violence physique ou verbale, la persécution religieuse ou politique, le mauvais traitement des enfants ou des femmes, l’humiliation, l’irresponsabilité, de la paresse, l’alcoolisme, la drogue, les décisions et pratiques qui nuisent gravement à la santé,  les violations des droits de l’homme, les atteintes à la sécurité des biens et des personnes, la dépravation des mœurs envahissant agressivement même les localités qui ont su préserver une certaine pudeur jusqu’ici, les conditions inhumaines dans lesquelles vivent les détenus, le syncrétisme religieux, et une pléiade d’autres maux semblables ont rendu l’Afrique malade, voire gravement souffreteuse. Et le pire c’est qu’elle a tellement pleuré qu’elle n’a plus de larmes…

Cette section, loin d’être exhaustive, donne un aperçu général des joies et des peines de l’Afrique. Cela permet de mieux mesurer le chemin parcouru par les ambassadrices et ambassadeurs du Christ dans le passé, d’appréhender de façon équilibrée ce qui se fait dans le présent, et de mesurer le chemin à parcourir sans passion maladive. Cependant, avant de songer même à s’engager sur la voie qui semble se dessiner, une question s’impose : à la lumière de ce qui précède, en quoi l’Évangile est-il une bonne nouvelle pour l’Afrique ?

En quoi l’Évangile est-il une Bonne Nouvelle en contexte africain ?

Le vocable « évangile » découle du terme grec euangelion qui signifie bonne nouvelle. Ce terme était utilisé dans la société grecque antique pour saluer la naissance d’un bébé, une victoire militaire et toute autre nouvelle joyeuse. Les auteurs du Nouveau Testament, sous l’inspiration du Saint-Esprit, ont emprunté ce terme tout en lui donnant un contenu et une orientation spirituelle. Ainsi, l’Évangile (avec une majuscule) désigne la Bonne Nouvelle de la venue, de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus-Christ en vue de sauver gratuitement quiconque regrette sincèrement ses péchés et place en lui toute sa confiance pour son salut. Les livres qui relatent la vie et les œuvres du Seigneur Jésus-Christ de sa venue dans ce monde jusqu’à son retour au ciel après avoir brillamment accompli sa mission sur terre s’appellent les évangiles (avec une minuscule). L’Évangile est donc par définition même une bonne nouvelle pour toute l’humanité comme le souligne si bien Blandenier : « L’Évangile n’est pas un produit occidental, il est le don de Dieu à l’humanité par son Fils né d’une femme au sein d’un petit peuple d’Orient que Dieu a mis à part, au carrefour des continents, en vue du salut du monde (2003,584). » Seulement, ce salut est-il essentiellement une réalité bienfaisante qui se conjugue au futur et se limite au fait que l’âme humaine va échapper au châtiment éternel afin de jouir du bonheur éternel dans un paradis lointain et céleste où il n’y aura ni deuil, ni cri, ni douleur selon ce qui est écrit en Apocalypse 21 :4 ?

Il semble qu’une relecture attentive de Luc 4 :16-2 place l’Évangile sous un angle plus vaste. En fait, dès le début de son ministère, le Seigneur a bien voulu attirer l’attention de l’humanité sur le fait que la Bonne Nouvelle ne saurait être réduite à la dimension spirituelle. Elle est holistique en ce sens qu’elle touche l’être humain dans toutes ses dimensions physiques, morales, intellectuelles et spirituelles. En clair, Dieu ne se préoccupe pas seulement du salut de l’âme. Il se préoccupe aussi de la santé physique et du bien-être du corps qu’il a créé. Il tient également à l’épanouissement intellectuel de celles et ceux que Dieu a bien voulu créer à son image. Ainsi, l’Évangile est véritablement une bonne nouvelle pour l’Afrique et pour le monde entier. Loin d’être un « opium du peuple », pour faire allusion à la manière dont Karl Max et ses disciples ont perçu la religion, l’Évangile -quoique s’inscrivant par sa nature même dans une sphère religieuse – est plutôt une chance, voire une bénédiction pluridimensionnelle pour l’humanité. En effet, il est susceptible d’impacter positivement toutes les sphères de la société notamment la famille, l’éducation, le business, le gouvernement, les médias, la religion, la santé, la sécurité, et même les loisirs. Dans cette optique, force est de relever que l’histoire de l’Église et celle des Missions regorgent d’exemples d’hommes et de femmes qui, inspirés par l’Évangile, ont servi les personnes marginalisées, construit des écoles, édifié des hôpitaux ou des centres de santé, traduit la Bible dans les langues africaines pour les rendre plus accessibles tout en favorisant la préservation des langues autochtones par la même occasion, sensibilisé les fidèles à prendre activement part au développement économique et sociopolitique de leurs pays et de leurs régions, mis sur pied des structures favorisant la justice sociale, dénoncé les déviations des dirigeants (tout en faisant des propositions concrètes en vue de les aider à mieux réussir leurs lourdes et nobles responsabilités), introduit des idées ou des outils qui ont favorisé l’autosuffisance de certaines populations, milité en faveur de l’épanouissement de la femme, contribué efficacement à la protection des enfants ainsi que de l’environnement dans lequel ils vivent… Les exemples sont légion.

Comment pourrait-il en être autrement quand, au cœur même de la Bible se trouve l’amour pour Dieu et pour le prochain. C’est là d’ailleurs la formule la plus idéale pour poser les bases d’une société saine et productive (Light, 2012 :257-258). Pour abonder dans le même sens, mais en soulignant un aspect important, cet amour – tel que décliné dans Matthieu 22 :37 et 1 Corinthiens 13 – n’est pas seulement un amour qui tient de beaux discours; il pose aussi des actes concrets. Or, l’Afrique a plus que jamais besoin de paroles d’encouragement, mais aussi des œuvres qui répondent à ses besoins les plus profonds.

Pourtant, de nos jours le tableau combien aguichant et débordant d’amour, de justice sociale et de miséricorde que peint la Bible semble s’être subitement assombri. La situation est si préoccupante que plusieurs intellectuels africains, à l’instar d’Achile Mbembe dans Afriques indociles : christianisme, pouvoir et État en Afrique postcoloniale (1988), jettent un regard peu flatteur sur l’apport de la foi chrétienne dans une Afrique postcoloniale en quête de panacée, tant ses maux sont pluriels et gravissimes.  Pourquoi un Évangile si flatteur et édifiant au plan purement théorique ou théologique semble-t-il peiner à apporter à l’Afrique le soulagement qu’il appelle de toute l’énergie qui reste encore dans ses veines ? Pourtant, de nombreuses personnes qui sont aux affaires et font souffrir leurs contemporains sont parfois des chrétiens ou même des responsables des services paroissiaux comme l’observe Bira (2015, 40-48). Un malheureux hiatus s’est donc installé entre les convictions chrétiennes et la vie quotidienne. Qu’est-ce qu’il faut faire concrètement pour que la Bonne Nouvelle façonne la vie quotidienne des chrétiens au niveau personnel, ecclésial, politique, et socio-économique en contexte africain ?

Comment vivre la Bonne Nouvelle en dépit des circonstances aussi fâcheuses que dévastatrices ? ­

Comme nous l’avons relevé plus haut, l’Afrique est immense, plurielle et complexe. Un pays comme le Cameroun comporte à lui seul 260 groupes ethniques. Comment trouver une recette qui s’applique à l’ensemble du pays dans le respect des principes bibliques tout en prenant en compte les réalités propres à chaque contexte linguistique et culturel ? Or l’Afrique, forte de presque une soixantaine d’États et de territoires, est encore plus alambiquée. Ici, la raison impose de se limiter à des orientations stratégiques qui poseront les jalons d’un programme concret et pratique que chaque groupe de chrétiens doit développer pour son contexte immédiat afin que l’Évangile soit véritablement une bonne nouvelle pour les Fulbe nomades comme pour ceux qui se sont sédentarisés, pour les Zulu de l’Afrique Australe comme pour les Arabes d’Afrique du Nord,  pour les habitants des villages les plus reculés et dépourvus d’eau courante ou d’électricité comme pour ceux qui habitent dans des villes qui tutoient les cités occidentales, pour les prisonniers ou les démunis comme pour les leaders de nos nations, pour les femmes comme pour les enfants, pour faibles dans la foi comme pour les forts, pour les jeunes comme pour les personnes de troisième âge, pour les analphabètes comme pour les érudits, pour les personnes physiquement ou mentalement défiées comme pour celles qui jouissent de toutes leurs facultés physiques et mentales, pour les pauvres comme pour riches, pour ceux qui pleurent comme pour ceux qui rient, pour ceux qui ont échoué comme pour ceux qui ont réussi, pour ceux qui sont en zone de conflit ou de terrorisme comme pour ceux qui jouissent de la paix, pour ceux qui sont opprimés comme pour les dirigeants, pour les non-chrétiens comme pour les chrétiens, pour les fidèles comme pour leurs bergers spirituels, pour les petites comme pour les grandes communautés, pour les désœuvrés comme pour les hauts fonctionnaires ou les chefs d’entreprise, bref pour tous les êtres humains sans distinction aucune. Cela constitue un programme, voire un style de vie qui concerne le vécu quotidien de l’ensemble des communautés et des groupes chrétiens comme l’a si bien perçu le pape Jean-Paul II dans sa lettre apostolique (2001, 294).

Pour y arriver, nous proposons une stratégie qui se décline en six articulations sous l’acronyme PRECHE :

Prière

Recherche

Équipement

Coordination

Humilité

Évaluation

Prière 

Il est écrit dans Jacques 3:17:  « La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d’hypocrisie. » C’est donc en Dieu que les croyants trouvent la sagesse et la force nécessaires pour vivre la Bonne Nouvelle d’une manière motivée par l’amour sincère pour Dieu et pour les prochains. Ainsi, les chrétiens seront capables de mener une vie fidèle à la saine doctrine et véritablement engagée sur la voie de l’amélioration de la condition de vie de leurs concitoyens, quelles que soient leurs convictions religieuses. Il convient donc d’implorer sans cesse la faveur de Dieu, sa direction, et sa stratégie, pour le contexte spécifique où chaque communauté chrétienne vit. La prière vient avant et par-dessus tout. Mais faut-il pour autant se limiter à cela ?

Recherche­­­ 

Dieu est fidèle. Il agit. Cependant, il tient aussi à ce que celles et ceux qui croient en Lui fassent leur part de responsabilité. Dans plusieurs récits bibliques, nous voyons qu’Il a demandé aux femmes et aux hommes de prendre des initiatives, de mener des actions, et de faire tout ce qui est en leur pouvoir. Par exemple, David a placé sa foi en Dieu, mais il a aussi courageusement affronté le géant Goliath en mettant un caillou soigneusement choisi dans sa fronde et en se plaçant dans une posture favorable pour viser la partie la plus vulnérable du corps de Goliath qui était bien revêtu pour la circonstance. Dieu a honoré sa foi en faisant réussir ce qui semblait un acte suicidaire aux yeux de plusieurs tant en Israël que dans le camp des Philistins.  De même, dans l’histoire de la multiplication de l’huile de la veuve, il a fallu que la veuve prenne l’initiative d’aller vers l’homme de Dieu pour exposer sa détresse, et obéisse aux instructions de l’homme de Dieu en rassemblant des cruches vides en très grande quantité, en fermant la porte, et en versant patiemment de l’huile dans chaque cruche, et ce jusqu’à épuisement non pas de l’huile, mais de cruches. Un dernier exemple est celui de la résurrection de Lazare où le Seigneur Jésus a demandé aux êtres humains de faire leur part en roulant la pierre et le déliant une fois miraculeusement sorti du tombeau, mais entre les deux activités, il est intervenu par sa divine puissance en ramenant Lazare à la vie. Ceci démontre à suffisance que les disciples du Christ ne sauraient se contenter de prier comme si tout dépendait de Dieu. Chaque croyant(e) doit faire tout ce que Dieu leur donne la capacité de faire là où Dieu l’a placé(e).

Pour y arriver, la recherche semble être un préalable incontournable pour toute activité contextuelle efficace. Ceci est particulièrement important dans un contexte où la vision traditionnelle du monde façonnée par les religions africaines et les coutumes ancestrales continuent à avoir une forte influence sur la vie des chrétiens en Afrique (Chalk, 2013 :171-180). Ce n’est pas pour rien que Moïse a envoyé douze espions en terre promise pour explorer le pays de long en large et ramener des informations précises (Nombres 13) avant le lancement de la conquête de la Terre Promise. Ce n’est pas non plus par simple routine que Josué a aussi envoyé deux espions à Jéricho avant de conquérir cette ville combien stratégique (Josué 2). Il convient donc de mener des recherches approfondies, avant de concevoir un plan stratégique pour aider les chrétiens d’une église locale, d’une localité, ou d’une zone géographique précise à être des ambassadrices et des ambassadeurs de la Bonne Nouvelle en théorie et en pratique. Ces recherches doivent permettre de mieux comprendre les forces, les faiblesses et les opportunités de l’église dans tous les secteurs de la vie publique et privée d’un contexte spécifique. Elles chercheront à mieux comprendre les groupes ethniques représentés dans cette localité, leur histoire, leur organisation politico-religieuse, leurs valeurs culturelles, leur vision du monde, les mutations en cours en leur sein, leurs aspirations profondes, leurs besoins réels, ce qui a déjà été fait dans ce contexte, l’impact des ministères ou des projets passés, les perspectives, et toute autre information utile pour que l’Évangile soit réellement une bonne nouvelle dans ce milieu. Cela aidera la communauté chrétienne à vivre de manière à pratiquer l’Évangile en paroles et en actes, en privé et en public, à l’église et dans toutes les sphères de la société. La recherche est aussi indispensable pour mieux cerner la logique derrière les conflits ethniques et religieux et les moyens de désamorcer les bombes philosophiques et morales enfouies dans la conscience individuelle et collective (Cf. McCauley, 2017). Mais, pour y arriver, il est aussi indispensable de concevoir un plan stratégique conséquent (SMART) et de produire et de rendre disponibles des outils appropriés. 

 Équipement 

 Les recherches et le plan stratégique vont permettre d’élaborer des manuels, des canevas, des ressources audiovisuelles ou des documents profonds, mais présentés dans un style simple et accessible même aux personnes qui n’ont pas un grand niveau intellectuel. À ce titre, la Bible d’Étude Africaine et le Commentaire Biblique Contemporain (Africa Bible Commentary), disponible également dans quelques langues africaines, sont de précieux outils pour l’enracinement de la foi des chrétiens sur le continent. Ces livres contiennent des introductions contextualisées et de nombreux articles qui touchent pratiquement tous les aspects de la vie sur le continent.

Par ailleurs, l’usage des langues africaines est vivement recommandé, même dans les milieux où la population semble s’attacher aux langues étrangères. Chaque fidèle est une actrice ou un acteur important dans la proclamation et l’application de l’Évangile dans la vie quotidienne. Ainsi, chacun a droit aux ressources nécessaires pour lui permettre de vivre la Bonne Nouvelle, quel que soit son niveau intellectuel, sa langue, ou son style d’apprentissage. Ces ressources, pour contribuer efficacement à l’épanouissement intégral de l’être humain tout entier, ne sauraient se limiter aux seules dimensions spirituelles. C’est ici le lieu d’affirmer avec Bayili que les universités chrétiennes ont un grand rôle à jouer dans l’équipement des fidèles en devant « des lieux où l’on apprend à apprendre, à constater, mais surtout des cadres où l’on peut apprendre à comprendre, comprendre ce que l’on apprend, comprendre les autres et soi-même, comprendre son milieu et son destin, de même que le destin de tous les humains. (2014 :168)». Il convient même d’aller plus loin en amenant le savoir universitaire jusque dans les villages tout en respectant celles et ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de frotter les savoirs endogènes aux connaissances occidentales, mais qui ne manquent ni de sagesse ni de savoir-faire. Ils peuvent parfaitement promouvoir un enrichissement mutuel entre intellectuels et personnes sous-scolarisées. Cet exercice permet également de tirer des leçons des ancêtres en vue de mieux préparer l’avenir (Brink, 2016, 251). Tous ces paramètres sont vraiment utiles, mais nécessitent une bonne coordination des actions sur le terrain.

 Coordination 

Toute entreprise humaine a besoin d’un minimum d’organisation pour réussir. La pratique de la Bonne Nouvelle n’en est pas exemptée. Aussi faudrait-il mettre sur pied une petite équipe de (trois à cinq personnes par exemple) pour veiller à la mise en œuvre effective du plan stratégique, répartir les tâches, coordonner les activités, superviser les équipes déployées sur le terrain et être disponible pour clarifier, orienter, encourager, redresser et servir les sœurs et les frères résolument engagés à vivre la Bonne Nouvelle en dépit des obstacles et des circonstances adverses. Même dans la gestion des aides, la conception des projets de développement et leur réalisation, il est important de prendre en compte les facteurs culturels et religieux en impliquant activement les populations locales (Ilo, 2014 :143-151). Ces populations vont alors s’approprier la vision, participer au succès des projets de développement et investir elles-mêmes leurs ressources, si maigres soient-elles. Cela nécessite, une fois de plus, un leadership dynamique et réellement au service des prochains sans calcul égocentrique ou politique. Mais, même une bonne équipe de leaders peut échouer lamentablement si l’orgueil installe son trône dans les cœurs.

 Humilité

Le Seigneur Jésus-Christ lui-même a mené une vie d’humilité (Jean 13 :1-16 ; Matthieu 20 :25-28 ; Philippiens 2). Aucun disciple sérieux ne saurait cultiver une attitude contraire. La Bible déclare: « Car qui est-ce qui te distingue? Qu’as-tu que tu n’aies reçu? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu?» ? (1 Corinthiens 4 :7). Si personne n’a choisi sa race ou son groupe ethnique,  si personne n’a choisi de naître homme ou femme, si nul n’a choisi sa caste ou sa famille biologique, si c’est par pure grâce que chaque être humain a reçu le souffle de vie sans lequel aucune activité n’est possible, si c’est par sa pure grâce qu’on est sauvé, si c’est par pure faveur que chaque croyante ou croyant en Jésus-Christ a reçu au moins un don spirituel, si c’est Dieu qui élève et qui abaisse conformément à sa parole en, alors sur quelle base logique un individu peut se permettre de se croire supérieur ou inférieur à un autre quel que que soit son grade, sa connaissance ou sa fonction ? Par ailleurs, si tous les chrétiens (femmes et hommes) réalisent qu’ils constituent une seule famille en Jésus-Christ et prennent conscience du fait qu’ils amassent tous dans un grenier commun (celui du Père céleste),  les luttes intestines et les divisions les unes plus scandaleuses que les autres devraient céder la place à l’amour fraternel et à la collaboration pour la gloire de Dieu et l’amour du prochain. L’humilité est la clé la plus efficace pour prévenir et résoudre les conflits. Il faut cependant avouer que la nature humaine est forcément orgueilleuse, mais qu’en maintenant une communion profonde avec Dieu, en implorant son secours dans la prière et en puisant la force de mener constamment une vie d’humilité en Dieu lui-même, la réussite est assurée. Par contre, opter pour la voie de l’orgueil c’est courir le risque d’avoir une fin désastreuse (Proverbes 16 :18, 29 :23 ; Matthieu 23 :12 ; Luc 14 :11 ; 1 Pierre 5 :5-6). Même en cas de succès il est dangereux de s’approprier et de s’attribuer la gloire qui revient à Dieu (Cf. Daniel 4 :28-37 ; Actes 12 :21-23 ; 14 :13-15). Vivre la Bonne Nouvelle nécessite donc beaucoup de précautions d’où l’importance d’une évaluation régulière afin de maximiser les réussites sans sombrer dans le piège de la médiocrité ou de l’orgueil.

 Évaluation

Toute œuvre humaine est perfectible, d’où la nécessité d’évaluer régulièrement toutes les activités entreprises. Chaque chrétienne ou chrétien gagnerait à faire une planification des activités spécifiques à mener dès les premières minutes de la journée (ou de la soirée selon les horaires de travail) et une auto-évaluation en fin de journée afin de mieux mesurer ce qui a bien marché, ce qu’il faudrait améliorer, et la stratégie qu’il faudrait mettre sur pied pour maximiser les réussites et minimiser les échecs. De même, une église locale gagnerait à évaluer progressivement toutes les activités de l’assemblée chrétienne dans chaque secteur. Les actions ciblées à l’instar de celles qui sont directement liées à une campagne d’évangélisation systématique comportant des activités intenses en une semaine seront évaluées chaque jour pendant le déroulement des activités et au terme de la période préalablement retenue pour une telle activité.

L’évaluation prendra en compte les aspects logistiques, les méthodes utilisées, le contenu des messages, les résultats obtenus, le fonctionnement des différentes commissions ou équipes constituées dans ce cadre de cette campagne (brigade de prière 24 heures sur 24, la commission de secourisme, l’équipe de restauration, l’équipe de secourisme, l’équipe de supervision, la commission de sécurité, la commission de gestion matérielle et financière, le secrétariat, etc.). Ainsi, il n’est pas nécessaire d’attendre un an dans ce cas précis. Par contre, une église locale évaluera mensuellement (ou parfois une fois par semaine) le service de nettoyage, les groupes de prière, les cellules de prière dans les quartiers, l’école du dimanche, le groupe de femmes, chaque chorale ou mouvement actif au sein de l’église, le service de communication, la jeunesse, le ministère du diacre, le ministère des anciens, le déroulement des cultes (forme et contenu), le déroulement des enseignements ou des études bibliques, le service de communication, les relations avec d’autres églises locales et avec les structures établies au sein de la dénomination par ordre hiérarchique, la gestion des bâtiments et des biens autres ressources matérielles dont l’église dispose, la gestion des finances, le travail du pasteur ou de l’évangéliste ainsi que celui de tout responsable établi par l’église. Elle fera aussi une évaluation globale une fois par semestre ou par an. L’évaluation annuelle au sein d’une église ou d’une œuvre chrétienne se fera de préférence en fin d’année et avant de commencer la nouvelle afin de poser des bases plus solides de progrès. En ce qui concerne particulièrement l’évaluation du ministère pastoral, N’guessan ouvre un précieux outil dans son livre intitulé L’évaluation du ministère pastoral (2017). O’Donovan offre aussi des repères bibliques et pratiques très importants dans deux livres publiés en 1998 et en 2002.

Dans cet exercice d’évaluation, grande est la tentation de commencer par les critiques et les observations négatives. C’est un piège, car cela peut ouvrir la porte au découragement, aux frustrations et aux tensions inutiles. Par contre, celle ou celui qui commence par relever ce qui a réussi ou ce qui a bien marché obtient par là même le passeport moral qui lui permet de parler de ce qu’il faudrait améliorer.  Évidemment une évaluation n’est pas bénéfique si l’on ne dégage pas les leçons qui s’imposent, les actions mesurables à mener pour mieux réussir dans l’avenir, le chronogramme des activités précises, les personnes chargées de veiller à l’exécution effective des décisions prises, et la mobilisation des ressources nécessaires pour y parvenir.

Conclusion      

Vivre la Bonne Nouvelle dans une Afrique profondément meurtrie n’est pas une tâche facile. La diversité de ce continent et la multiplicité des maux qui le minent peuvent alourdir cette responsabilité. Pourtant c’est justement dans un contexte ténébreux et triste que la lumière de l’Évangile est beaucoup plus nécessaire et fructueuse. Pour cette raison, il convient d’implorer la sagesse divine pour traduire l’Évangile dans les pensées, les regards, les gestes et les actions de la vie quotidienne pour que chaque enfant de Dieu soit un véritable agent de transformation holistique susceptible de sortir les populations de la misère matérielle et spirituelle et d’approfondir la joie des populations dans leurs contextes respectifs. Marcher sur les traces du Christ et des apôtres c’est les aider à mieux cerner et transcender leur souffrance qui pénètre malheureusement toutes les sphères de la vie sociale et touche l’être humain dans son corps, son esprit et son âme. Pour y parvenir, il est important de s’appuyer d’abord et par-dessus tout sur Dieu, mais aussi de faire tout ce qui est possible pour mieux cerner les causes profondes des problèmes que rencontre le contexte spécifique,  de concevoir une stratégie conséquente pour les surmonter, de mettre des ressources appropriées et transférables à la disposition de tous les fidèles dans un format et une langue qu’ils peuvent facilement comprendre, de veiller à une bonne coordination des activités et de faire des évaluations systématiques. Tout ceci doit se faire dans un esprit d’humilité en marchant sur les traces du Seigneur Jésus.

Une telle entreprise ne saurait réussir si les chrétiens érigent des murs. La sagesse impose plutôt d’effectuer un travail d’équipe et de bâtir des ponts entre les membres d’une église locale, entre l’église locale et d’autres églises ou œuvres chrétiennes sœurs, entre les dénominations, entre les associations nationales d’églises de différents pays et même entre la communauté chrétienne et la société sans discrimination aucune. Procéder ainsi, sanas tomber dans le piège du syncrétisme religieux, permet d’apprendre les uns des autres et de créer ainsi un cadre favorable aux échanges et aux encouragements mutuels pour que le drapeau de la Bonne Nouvelle flotte haut sur le palais du cœur de chaque disciple du Christ et sur chaque église locale. L’Église d’Afrique n’a pas toujours les moyens suffisants pour accomplir sa vision et ses rêves, mais elle peut maximiser son impact si elle gère rigoureusement les ressources humaines et financières disponibles afin d’atteindre des objectifs bien spécifiques. Le défi est de taille, mais si les chrétiens collaborent tout en puisant leur force en Dieu, ils réussiront. Un proverbe africain dit justement à ce sujet : « Les fourmis sont petites, mais si elles s’unissent, elles peuvent transporter un éléphant. »

Le temps est venu de se lever et de mettre résolument en pratique tout ce que le Seigneur a prescrit dans la foi, la crainte respectueuse de Dieu, l’amour, l’obéissance, la simplicité, la persévérance et la fidélité. C’est alors que l’Évangile sera un vecteur de la joie divine dans une Afrique qui risque de se noyer dans un océan de mauvaises nouvelles. C’est à ce prix que les disciples du Seigneur seront des canaux de bénédictions pour leurs prochains, que les églises locales (voire les associations d’églises) et les œuvres chrétiennes seront redynamisées, et que les populations cibles connaîtront une véritable transformation positive sur tous plans pour le bien-être de tous (sans discrimination aucune) et la gloire du Dieu Créateur de l’univers et de tout ce qu’il renferme.

Références bibliographiques

Adogame, Afe 2013 The African Christian Diaspora : New Currents and Emerging Trends in World Christianity. London: Bloomsbury Academics.

Bayili, Blaise 2014 Urgence-Inculturation: D’une Église en Afrique à une Église d’Afrique. Paris : L’Harmattan.

Bible d’Étude Africaine 2015 Abidjan : CPE.

Bira, Louis 2015 Consacrés africains pour quoi faire ? Redécouvrir la fonction sociale des vœux religieux. Paris : L’Harmattan.

Blandenier, Jacques 2015 L’essor des Missions Protestantes. 2e édition révisée. St-Légier : Editions Emmaüs.

Blok, Matthijs J. C. 2007 « Christianisme en quête d’identité en Afrique » accédé sur http://www.larevuereformee.net le 28 Juin 2017. 

Brink, Egbert 2016 Sa parole précède: initiation à la foi réformée. Cotonou : Zola Impression.

Chalk, Jack 2013 Making Disciples in Africa. Cumbria: Langham Global Library.

Ilo, Stan Chu 2014 The Church and Development in Africa. Eugene, OR: Pickwick Publications.

Jean-Paul II 2001 Lettre Apostolique Novo millennio ineunte (06.01.2001), accédé sur https://w2.vatican.va le 6 Juillet 2017.

Light, Vernon E. 2012 Transforming the Church in Africa: A New Contextually-Relevant Discipleship Model.Bloomingtonn, IN : AuthorHouse.

Low, Dexter God’s Mandate for the Transforming your Nation: Touching Heaven, Changing Earth. Lake Mary, FL : A Charisma Media Company.

Mana, Kä 1993 Théologie africaine pour temps de crise : Christianisme et reconstruction de l’Afrique. Paris : Karthala.

McCauley, John F. 2017 The Logic of Ethnic and Religious Conflict in Africa. Cambridge, UK : University Printing House.

N’guessan, Noël K. 2017 L’évaluation du ministère pastoral. Cumbria, Langham Monographs.

O.Donovan,  Wilbur 1998 Pour un christianisme biblique en Afrique. Abidjan : CPE. 2002 Vivre un christianisme biblique en Afrique contemporaine : Abidjan : CPE.

Oyono, Jacques Fulbert 2011 Pauvreté ou paupérisation en Afrique : une étude exegético-éthique de la pauvreté chez les Beti-Fang du Cameroun. Bamberg : University of Bamberg Press, 2011.

Rodier, Justine 2017 « La diaspora africaine envoie 36% d’argent en plus vers le continent qu’il y a dix ans” article publié sur le site www.jeuneafrique.com le 22 Juin 2017 et accédé le 6 Juillet 2017.

Zikpi, Kokouvi Paul 2014 Perspectives Pastorales pour l’Église en Afrique Noire : Réponse de Dieu au mal et à la souffrance. Paris : L’Harmattan.

Forthcoming books – À Paraître

Le peuple Mafa : histoire, tendances actuelles et perspectives d’avenir

Le peuple Mafa vit principalement dans deux nations : le Cameroun et le Nigeria. Cependant, ses racines historiques sont riches en rebondissements, balayant les régions de l’ouest, du centre, du nord et de l’est du continent africain selon les frontières administratives actuelles.  Cela peut expliquer pourquoi sa diaspora s’intègre facilement dans divers pays et continents. 

Ce peuple a victorieusement affronté des obstacles de taille grâce à sa résilience, à sa capacité d’adaptation, à son ingéniosité et à une solide éthique de travail. Fort de ce noble héritage, il a tous les atouts nécessaires pour résoudre l’équation de la tension entre son sens inné de liberté individuelle et sa profonde aspiration à l’unité dans la diversité d’une part, et, d’autre part, celle qui existe entre l’attachement aux valeurs traditionnelles et la soif de nager dans des eaux existentielles marquées par les nouvelles réalités de l’hypermodernité et de la pluralité religieuse. Toutefois, le peuple Mafa ne saurait s’endormir sur ses lauriers. Il devra mettre le cap sur un développement holistique de toutes ses filles et de tous ses fils, quels que soient leurs niveaux d’éducation.  Pour y arriver, une planification stratégique rigoureuse, des actions concrètes et des évaluations régulières s’imposent.

Nouvelle date de publication [enrichissement données sur les Mafa du Nigeria]: 31 octobre 2025 (Le livre sera disponible, en français et en anglais, sur amazon.fr et amazon.com)

ISBN : 979-8-9908652-1-1

Report du colloque intercontinental sur IA et Docimologie

Seminaire-international-L’ethique de l’intelligence artificielle et de la docimologie 24-25-octobre-2024

Cliquer pour accéder à Seminaire-international-Lethique-de-lintelligence-artificielle-et-de-la-docimologie-24-25-octobre-2024.pdf

Revue Intégralité Vol 2 No 11, 2024

Bénédictions pour le nouvel an – New Year Blessings

« Qui sème dans les larmes
moissonnera avec des cris de joie !
 Qui s’en va en pleurant alors qu’il porte sa semence
reviendra en poussant des cris de joie, alors qu’il portera ses gerbes. »
Psaume 126:5-6

Excellente année de joie et de bénédictions multidimensionnelles!

Shalom à Tous!

Qu’en cette nouvelle année 2024, il plaise au Seigneur de vous accorder la grâce de jouir des fruits de vos travaux, investissements, et sacrifices. Qu’il transforme vos problèmes en solutions, vos obstacles en opportunités, vos ennemis en amis, vos besoins en abondance et vos larmes en cris de joie. Que Dieu vous bénisse selon l’immensité de sa grandeur, et d’une bénédiction irrévocable! Amen.

Moussa et Priscille Bongoyok

« Those who sow with tears will reap with songs of joy. Those who go out weeping, carrying seed to sow, will return with songs of joy, carrying sheaves with them. » Psalm 126:5-6

Happy New Year of Multidimensional Joy and Blessings!

Shalom!

In this new year 2024, may it please the Lord to grant you the grace to enjoy the fruits of your work, investments and sacrifices! May He transform your problems into solutions, your obstacles into opportunities, your enemies into friends, your needs into abundance, and your tears into cries of joy! May God bless you according to the immensity of His greatness and with irrevocable blessing! 

Moussa & Priscille BONGOYOK

African Village Christmas Song – Audio

Mon épouse Priscille Mbalidam et moi exécutons ce chant au rythme de ganzavar en ce jour de Noël 2023. Même loin du terroir, notre cœur n’oublie pas les montagnes du pays Mafa. Ceci est un vieux chant de Noël dans le cantique en langue mafa (voir texte original ci-dessous). Il invite à aller saluer le Roi des rois, né à Bethléhem. Ce chant a été adapté au rythme de Houdok à l’église évangélique de Soulédé (Mayo-Tsanaga, Extrême-Nord Cameroun) dans les années 1980 par Korié la femme de Neguem Chéné. Elle fut sage-femme au dispensaire protestant de Soulédé.

My wife and I are performing this song to the rhythm of ganzavar this Christmas Day 2023. Even far from the land, our hearts do not forget the mountains of the Mafa country. This is an old Christmas carol in the Mafa language hymnbook (see original text below). It invites us to go and greet the King of kings, born in Bethlehem. This song was adapted to the rhythm of Houdok at the evangelical church of Soulédé (Mayo Tsanaga, Far North of Cameroon) in the 1980 s by Korié, the wife of Neguem Chéné. She was a midwife at the Protestant dispensary in Soulédé.

#130 Nga da ga na mbali a Bi nga 

  1. Nga da ga na mbali a Bi nga 

Bethléhem kokwar nyi na 

Nga da slia te dimèsh nga 

go-slubordokoya ! 

 Ndohi tèlè, va gurɓahai    

Yèsu Bai a gèɗ bihai         

Ndul ndul ma njèl nenga’a            

A kwèr ndo tèlè t’herkeda. 

2. Nga da ga na mbali a Bi nga 

Ndo m’mbel ndo, Zhiklè a nzlündo 

A mco kita mali nga 

A m’mbel nga a wuɗi na. 

3. Nga da ga na mbali a Bi nga 

Ndo mɓer ndohi nlèɓèslè’a 

A mshkè, a mpre ta auda 

Te skwi ndzaw ta tèlèba. 

Christianisme et Sociétés: L’Afrique, pépinière et centre de gravité de la foi chrétienne – nouveau livre

Préface

La conscience africaine n’oubliera pas le discours que le Président Nicolas Sarkozy prononça le 26 juillet 2007 sur le campus de l’Université Cheikh-Anta-Diop à Dakar et pendant lequel il déclara péremptoirement « Le drame de l’Afrique c’est que l’homme Africain n’est pas assez entré dans l’histoire. »  De quelle histoire parlait-il ? Celle qui est écrite par des personnes peu soucieuses de l’objectivité et qui lisent les évènements du passé avec les lunettes de l’arrogance, de la condescendance, voire du mépris ? A-t-il pris le soin de lire les écrits de celui dont l’université où il a prononcé ces paroles porte le nom ? A-t-il lu ceux de Joseph Ki-Zerbo ? A-t-il étudié de nombreux livres d’histoire écrits par d’honnêtes Occidentaux et Africains qui soulignent avec force le rôle non négligeable et parfois prépondérant des Africains dans l’histoire de l’humanité ? Ce n’est donc pas surprenant que ce discours ait été décrié par de nombreux intellectuels à travers le monde. Mais il convient cependant de transcender le niveau des plaintes stériles pour avancer résolument sur la voie de reconstitution de l’histoire de l’Afrique dans toute sa richesse, sa diversité et sa splendeur.  

Justement, de nombreux intellectuelles et intellectuels africains ont pris conscience de l’importance de se lancer davantage dans la recherche et l’écriture afin de corriger de telles vues erronées sur une frange importantissime de l’humanité. En prenant de telles décisions, ils ont peut-être médité sur les paroles du proverbe africain, souvent cité par l’écrivain nigérian Chinua Achebe : « Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur. » Parmi les historiens d’Afrique francophone, Joseph Ki-Zerbo (1922-2006) est incontestablement celui qui a le plus marqué la discipline et dont la mémoire mérite d’être respectueusement saluée. Parti d’un contexte où – comme les écoliers d’Afrique francophone de son époque – il a récité par cœur que ses ancêtres étaient des Gaulois, l’on peut mesurer le chemin parcouru par ce géant intellectuel.  Il n’a pas suivi de cours d’histoire du continent africain à l’école coloniale française, mais il s’est armé de courage pour braver les préjugés et rechercher des données historiques africaines qui étaient volontairement ou involontairement occultées. Admis à la Sorbonne dont le prestige reste encore intact aujourd’hui, il étudie avec application l’histoire et réussit brillamment au diplôme de l’agrégation d’histoire en 1956. Le Burkina Faso (jadis appelé Haute Volta) peut être fier d’avoir donné au continent son premier professeur agrégé d’histoire. Il aurait pu se tailler une position confortable loin des eaux troubles de l’Afrique coloniale, mais il a choisi d’être aux côtés de ses sœurs et frères Africains. Sa production littéraire est abondante. Il a, entre autres, déblayé le terrain de l’histoire générale d’Afrique, forgé une méthodologie interdisciplinaire capable de reconstituer les faits historiques marquants dans un contexte où il y a très peu de documents historiques écrits du fait de l’oralité dominante. Il ne s’est pourtant pas enfermé dans sa discipline. Ses initiatives dans le domaine du développement endogène et de l’éducation sont encore visibles. Par exemple, le Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES) est sorti de son imagination en 1964 et c’est concrétisé le 22 janvier 1968 à Niamey. C’est ici le lieu de souligner que l’histoire, la vraie, n’est pas prisonnière du passé mais s’en inspire pour mieux naviguer le présent et bâtir l’avenir.

Le Professeur Kouassi Célestin l’a compris. Comme Ki-Zerbo, il refuse de consommer et de transmettre avec une passivité déconcertante une histoire rédigée entièrement sous d’autres cieux et qui filtre occasionnellement des aspects qui ternissent directement ou indirectement l’image ou les intérêts des pays qui financent les recherches. Professeur, puis Recteur d’une université chrétienne, il est historien de formation. Il aurait pu explorer n’importe quel domaine historiographique mais il a choisi, dans ce volume, de se pencher sur l’histoire du christianisme en Afrique. Ce choix est heureux quand on sait le rôle clé qu’ont joué les Africains dans l’histoire du Christianisme et le développement de la réflexion théologique. Que serait la théologie occidentale sans le fondement posé par les théologiens Africains tels que Clément d’Alexandrie, Tertullien, Athanase d’Alexandre ou Augustin d’Hippone (connu plus facilement sous le nom de Saint Augustin) ? Thomas C. Ogden le démontre d’ailleurs à travers son livre How Africa Shaped the Christian Mind (2007). 

L’histoire est une branche de la connaissance qui étudie le passé, mais cet exercice ne se fait pas machinalement. Cette discipline exige un examen critique des évènements rapportés oralement ou par écrits, des sources et même des motivations dans le but de reconstituer la vérité, autant que faire se peut. Cela requiert une approche méthodique, un attachement à l’objectivité, une lutte permanente contre ses propres préjugés, un discernement alerte, une accumulation de preuves accessibles, et une dénonciation courageuse des erreurs ou des contre-vérités historiques des recherches précédentes. Le professeur Kouassi s’est attelé ardemment à cette tâche gigantesque. Partant des débuts de l’Église et poussant son survol jusqu’à nos jours, cet historien talentueux a revisité l’histoire du christianisme avec les regards avertis d’un Africain soucieux de relever la place et le rôle clé de son continent au sein de cette religion qui est malheureusement perçue à travers le prisme de l’Occident. Ce livre renferme de nombreux documents inédits. Conscient de l’immensité de la tâche de rédaction de l’histoire de l’Église en Afrique, il donne aux lectrices et lecteurs les outils nécessaires pour conserver les archives l’église locale, effectuer des recherches et publier des biographies de personnages africains importants mais méconnus sur un site consacré et accessible partout dans le monde : https://dacb.org.

La démarche andragogique de l’auteur, sa grande capacité de synthèse, la richesse de son œuvre et la qualité académique de ses analyses historiques sont très remarquables. La lecture de ce livre et son utilisation comme manuel de cours dans les facultés de théologie et les instituts bibliques en Afrique et dans le monde seront une source d’inspiration et contribueront au changement de paradigme pour une transformation positive des sociétés humaines.

Prof. Moussa Bongoyok

Fondateur de l’Institut Universitaire de Développement International

Professeur des Études Interculturelles et de Développement Holistique

Le livre est disponible sur amazon en version électronique et papier: https://www.amazon.com/Christianisme-Sociétés-pépinière-chrétienne-Universitaires-ebook/dp/B0CQHR1VTL/ref=tmm_kin_swatch_0?_encoding=UTF8&qid=&sr=&asin=B0CQHR1VTL&revisionId=bc8ed231&format=2&depth=1

Christianity and Societies: Africa, nursery and center of gravity of the Christian faith

African conscience will not forget the speech that President Nicolas Sarkozy gave on July 26, 2007, on the campus of Cheikh-Anta-Diop University in Dakar, during which he peremptorily declared, “The tragedy of Africa is that the African man has not entered enough into history. » What story was he talking about? The one written by people with little concern for objectivity and who read past events with the lenses of arrogance, condescension, and even contempt? Did he take the care to read the writings of the man whose name the university where he spoke these words bears? Has he read those of Joseph Ki-Zerbo? Has he studied numerous history books written by honest Westerners and Africans who forcefully underline the significant and sometimes dominant role of Africans in the history of humanity? It is, therefore, not surprising that many worldwide intellectuals decried this speech. But it is nevertheless necessary to transcend the level of sterile complaints to move firmly on the path to reconstituting the history of Africa in all its richness, diversity, and splendor.

Many African intellectuals have become aware of the importance of engaging more in research and writing to correct such erroneous views on a significant segment of humanity. In making such decisions, they may have meditated on the words of the African proverb, often quoted by Nigerian writer Chinua Achebe: « Until lions have their historians, the history of hunting will always glorify the hunter. » Among the historians of French-speaking Africa, Joseph Ki-Zerbo (1922-2006) is undoubtedly the one who has had the most significant impact on the discipline and whose memory deserves to be respectfully saluted. Starting from a context where – like the schoolchildren of French-speaking Africa of his time – he recited by heart that his ancestors were Gauls, we can measure the path traveled by this intellectual giant. He did not take a history course on the African continent at the French colonial school. Still, he steeled himself with the courage to defy prejudice and seek out African historical data that was voluntarily or involuntarily hidden. Admitted to the Sorbonne, whose prestige remains intact today, he diligently studied history and succeeded brilliantly in his history aggregation diploma in 1956. Burkina Faso (formerly called Upper Volta) can be proud of having given the continent its first associate professor of history. He could have carved out a comfortable position far from the troubled waters of colonial Africa, but he chose to be alongside his African sisters and brothers. His literary production is abundant. He has, among other things, cleared the ground for Africa’s general history and forged an interdisciplinary methodology capable of reconstructing significant historical facts in a context where there are very few written historical documents due to the dominant orality. However, he did not lock himself into his discipline. Its initiatives in the field of endogenous development and education are still visible. For example, the African and Malagasy Council for Higher Education (CAMES) came out of his imagination in 1964 and came to fruition on January 22, 1968, in Niamey. This is the place to emphasize that true history is not a prisoner of the past but is inspired by it to navigate the present better and build the future.

Professor Célestin Kouassi understood this. Like Ki-Zerbo, he refuses to consume and transmit with disconcerting passivity a history written entirely in other places and which occasionally filters aspects that directly or indirectly tarnish the image or interests of the countries that finance the research. Professor, then Rector of a Christian university, is a trained historian. In this volume, he could have explored any historiographical area, but he chose to focus on the history of Christianity in Africa. This choice is fortunate when we know the critical role that Africans have played in the history of Christianity and the development of theological reflection. What would Western theology be without the foundation of African theologians such as Clement of Alexandria, Tertullian, Athanasius of Alexander, or Augustine of Hippo (known more easily as Saint Augustine)? Thomas C. Ogden demonstrates this through his book How Africa Shaped the Christian Mind (2007).

History is a branch of knowledge that studies the past, but this exercise is not done mechanically. This discipline requires critically examining events reported orally or in writing, sources, and even motivations to reconstruct the truth as much as possible. This requires a systematic approach, a commitment to objectivity, a permanent struggle against one’s prejudices, alert discernment, an accumulation of accessible evidence, and a courageous denunciation of previous research’s errors or historical untruths. Professor Kouassi took on this gigantic task ardently. Starting from the beginnings of the Church and extending his overview to the present day, this talented historian has revisited the history of Christianity with the informed eyes of an African keen to highlight the place and key role of his continent within this religion, which is unfortunately perceived through the prism of the West. This book contains many previously unpublished documents. Recognizing the immensity of writing the history of the Church in Africa gives readers the tools necessary to preserve local church archives, research and publish biographies of critical African figures. Little is known about a dedicated site that is accessible worldwide: https://dacb.org.

The author’s andragogical approach, his extraordinary capacity for synthesis, the richness of his work, and the academic quality of his historical analyses are remarkable. Reading this book and its use as a course manual in theological faculties and biblical institutes in Africa and worldwide will inspire and contribute to the paradigm shift for a positive transformation of human societies.

Prof. Moussa Bongoyok

Founder of the University Institute of International Development

Professor of Intercultural Studies and Holistic Development

The book is available on Amazon in electronic and paper versions: https://www.amazon.com/Christianisme-Sociétés-pépinière-chrétienne-Universitaires-ebook/dp/B0CQHR1VTL/ref=tmm_kin_swatch_0?_encoding=UTF8&qid=&sr=&asin=B0CQHR1VTL&revisionId=bc8ed231&format=2&depth=1

Revue Intégralité Vol. 1 No 8 décembre 2023- IUDI

« L’oralité en Afrique francophone : passé, présent et futur » par Moussa BONGOYOK ………….……………………… p. 6

“Le peuple Kuwong, ces irréductibles à la baguirmisation du 16è au 20ème siècle : leur résistance à la pénétration islamique entre frivolité et malléabilité” by Emile MBAINDIGUIM BEKAOUEL…………………………….. p. 17

Soutenance d’une thèse de doctorat en Sciences de Gestion dans le cadre du partenariat entre l’Institut Universitaire de Développement International (IUDI) et l’Université de Maroua (UMa)

L’Institut Universitaire de Développement International (IUDI) salue la brillante soutenance de la thèse de doctorat (PhD) du candidat PALA Samuel ce jour, 9 décembre 2023, à la Faculté des Sciences Économique et de Gestion de l’Université de Maroua (UMa) dans le cadre de tutelle académique qui lie les deux institutions.

Le désormais Dr Pala Samuel a travaillé sous la direction du Prof. Souleymanou Kadouamaï. Sa thèse porte sur le « Profil des gestionnaires des deniers publics et manipulations comptables au Cameroun. »

L’IUDI saisit cette occasion pour remercier le Prof. Mondjeli Mwa Ndjokou (Doyen de la FASEG) et toutes les autorités de l’Université de Maroua placées sous le leadership fort apprécié du Recteur, le Prof. Idrissou Alioum, pour leur excellent accompagnement académique et administratif. Bien au-delà, nous exprimons notre profonde reconnaissance à S.E. le Prof. Jacques Fame Ndongo, Ministre d’État, Ministre de l’Enseignement Supérieur, Chancelier des Ordres Académiques, qui dirige son département ministériel avec un engagement, une expertise, et un professionnalisme sans faille. Que Dieu soit loué pour toutes ses merveilles et qu’il lui plaise de bénir davantage le Cameroun!

Prof. Moussa Bongoyok, Fondateur de l’IUDI.

The University Institute of International Development (UIID) welcomes the brilliant defense of the doctoral dissertation (Ph.D.) of candidate PALA Samuel today, December 9, 2023, at the Faculty of Economic and Management Sciences of the University of Maroua (UMa ) within the framework of academic supervision which links the two institutions.

Dr. Pala Samuel worked under the direction of Prof. Souleymanou Kadouamaï. His dissertation focuses on the “Profile of Public Funds Managers and Accounting Manipulations in Cameroon.”

Our institution takes this opportunity to thank Prof. Mondjeli Mwa Ndjokou (Dean of the Faculty of Economics and Management) and all the authorities of the University of Maroua, placed under the much-appreciated leadership of the Rector, Prof. Idrissou Alioum, for their excellent academic and administrative support. Beyond that, we sincerely thank H.E. Prof. Jacques Fame Ndongo, Minister of State, Minister of Higher Education, and Chancellor of Academic Orders, who leads his ministerial department with unfailing commitment, expertise, and professionalism. May God be praised for all His wonders and be pleased to bless Cameroon abundantly!

Prof. Moussa Bongoyok, Founder of the University Institute of International Development