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NOEL: QUAND LA RICHESSE EMBRASSE LA PAUVRETE

« Akoura ka ji m’wé dza dza »  (proverbe comorien)

“Le riche n’aide pas le pauvre.” (proverbe comorien)

« The rich does not help the poor. » (Comoros proverb)

Signification: « Ceux qui ont réussi oublient ceux qui ‘rament’ ».

Source: http://youssouf.saidali.free.fr/anjouan/html/wassuya.htm

Parallélisme biblique

A première vue, le proverbe comorien peut paraître simpliste. Nous aurions voulu un proverbe un peu plus énigmatique, paradoxal ou profond. Pourtant, ce proverbe a le mérite de nous forcer à réfléchir sur une réalité que nous vivons quotidiennement.

Nous constatons avec amertume qu’une bonne partie de l’humanité vit dans des conditions infrahumaines quoique nous disposions d’assez de ressources matérielles et financières pour que chaque être humain vive décemment. Pourquoi le rang des pauvres grossit-il davantage chaque jour ? Les raisons sont multiples et les réalités sont plus complexes. Nous osons cependant citer, entre autres, le mauvais comportement, le poids de l’histoire, la mauvaise éducation, les mauvaises orientations, les mauvaises décisions politiques au niveau international ou national, le manque ou l’insuffisance d’encadrement, les mauvais choix, la mauvaise gestion des ressources, les injustices sociales, les troubles sociopolitiques, les calamités naturelles, les conflits armés, et l’égoïsme humain.  La liste est loin d’être exhaustive.

Parlant de l’égoïsme, nous constatons qu’au plan international, les pays les plus riches ne sont pas forcément ceux qui aident le plus. Même quand ces aides sont accordées, avec toute la fanfare médiatique qui les accompagnent, elles sont souvent loin de correspondre aux besoins réels des pays qui en bénéficient. Par exemple, plusieurs  pays (surtout en Afrique) attendent encore un vrai transfert de technologie qui leur permettra de sortir du rang des éternels consommateurs. Mais, les intérêts économiques et politiques de certains pays mieux nantis sont têtus. En effet, il est plus facile de donner du poisson à un pays et de le contrôler subtilement mais sûrement que de lui apprendre à pêcher et de risquer de sacrifier ses propres intérêts. Les pays en voie de développement et les pays pauvres très endettés attendent d’être mieux représentés au sein du Conseil de Sécurité et dans les organes qui prennent les grandes décisions internationales. De nombreuses nations attendent des programmes de développement international plus justes et plus respectueux de leur vision du monde et de leurs convictions religieuses. Elles ne veulent pas subir une arrogante imposition du hiatus entre la raison et la foi, le séculier et le religieux, ou pire encore, le conditionnement des aides internationales à l’adoption de valeurs qui sont contraires aux mœurs des populations locales.

Au plan national, les détournements de biens publics et la corruption sont souvent le fait de l’égoïsme humain. Nombreux sont ceux qui semblent lutter en vue de tailler une bonne partie du gâteau national,chacun pour soi, pour sa famille, pour ses proches ou pour ses amis. L’intérêt supérieur de la nation et le patriotisme peuvent toujours  attendre. Et pourtant, le jour où le bateau national coulera, tout le monde en subira les conséquences. Le sort tragique des gens qui ont pillé les biens de leurs pays devrait nous servir de leçons. Certains individus ont apparemment réussi à tromper la vigilance de leurs compatriotes mais pourront-ils aussi tromper la vigilance divine au jour du jugement ?

Au plan strictement personnel, chacun peut s’examiner et se demander ce qu’il ou elle a fait pour aider les prochains en détresse. Nous devons apprendre à partager sans encourager la paresse et le parasitisme.  Force est de relever qu’on n’a pas forcément besoin d’argent ou de biens matériels pour aider le pauvre à sortir de sa misère. Le partage de connaissances et d’informations au sujet de ressources disponibles peut faire des merveilles. Même un simple conseil peut produire des résultats extraordinaires s’il tombe dans la bonne oreille. Nous avons connu beaucoup de personnes qui sont sorties de la pauvreté tout simplement parce qu’elles ont répondu favorablement aux conseils des amis, des frères et sœurs en Christ. Elles ont arrêté de fumer, de boire, de se droguer, de vivre au-dessus de leurs moyens, de jouir du fruit trompeur de la paresse ou d’attendre indéfiniment un poste de travail à la hauteur de leurs qualifications académiques. Elles se sont battues pour braver les moqueries de leurs camarades, changer de lieu d’habitation, chercher un emploi, s’auto employer, travailler durement, et économiser régulièrement un pourcentage plus ou moins fixe de tout ce que Dieu leur donne. Aujourd’hui, leur condition de vie s’est nettement améliorée. Sortons résolument des griffes de l’égoïsme car c’est une bête qui dévore nos prochains et finit toujours par nous dévorer nous-mêmes.

Pour sa part, Dieu nous donne une belle leçon de partage en ce temps de Noel où nous commémorons la venue de Jésus dans ce monde. Noel nous rappelle qu’il y a de cela deux millénaires, la Parole est devenue chair, Dieu s’est incarné (Jean 1 : 1-18). Dieu est venu partager notre misère humaine. Il en a donné un signal fort en plaçant son ministère terrestre sous ce signe dans Luc 4 :18-19 où il est écrit : « L’Esprit du Seigneur repose sur moi parce qu’il m’a désigné par l’onction pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la libération, aux aveugles le recouvrement de la vue, pour apporter la délivrance aux opprimés et proclamer l’année de grâce accordée par le Seigneur ».

Le Créateur de toute richesse visible et invisible est devenu pauvre afin de nous enrichir. C’est justement ce que nous trouvons en 2 Corinthiens 8 :7-9, dans un contexte où les fideles sont encouragés à donner généreusement : « Vous êtes riches dans tous les domaines, qu’il s’agisse de la foi, de la parole ou de la connaissance, du zèle en toutes choses ou de l’amour qui, de nos cœurs, a gagné les vôtres; cherchez donc aussi à exceller dans cette œuvre de générosité. Ce n’est pas un ordre que je vous donne, mais en mentionnant le zèle que d’autres ont déployé, je cherche à éprouver l’authenticité de votre amour. Car vous savez comment notre Seigneur Jésus-Christ a manifesté sa grâce envers nous: lui qui était riche, il s’est fait pauvre pour vous afin que par sa pauvreté vous soyez enrichis.”

Ce texte est très profond. Christ s’est fait pauvre pour nous enrichir.  En lui nous sommes plus riches que les multimilliardaires de ce monde. Que faisons-nous de cette merveilleuse position spirituelle ? Suivons l’exemple de notre Seigneur et partageons.  Partageons les richesses spirituelles et invisibles avec un monde dont la pauvreté spirituelle est encore plus préoccupante que la pauvreté matérielle. Et si Dieu nous donne l’occasion d’aider les autres à sortir du gouffre de la pauvreté matérielle, faisons-le également avec joie. Car, pendant son ministère terrestre, notre Seigneur n’a pas seulement prêché la Bonne Nouvelle, il a aussi guéri les malades, nourri les affamés,  et pleuré avec ceux qui pleuraient.  Un proverbe biblique ne dit-il pas: « Celui qui fait la sourde oreille quand le malheureux [pauvre] appelle à l’aide, appellera lui-même à l’aide sans obtenir de réponse. » (Proverbes 21:13, La Bible du Semeur). Ne faisons pas la sourde oreile quand le pauvre crie. Allons et partageons humblement, en respectant la dignité du prochain qui est moins nantie et en évitant de profiter de l’occasion pour imposer notre volonté. Allons et partageons sagement, avec le discernement que donne le Seigneur et qui nous permettra de déterminer qui aider en priorité, quand et comment. Allons et partageons résolument et joyeusement. Allons et donnons à Noel son vrai visage.

© Copyright by Moussa Bongoyok, 2010.

DELICATESSE DE LA RICHESSE

“Kafamen ebaj, karooñen yo.” (Proverbe jóola)

« Augmenter la richesse c’est l’amoindrir. » (Proverbe jóola)

« Increasing wealth is diminishing it. » (Jóola Proverb)

Signification: « On risque de perdre à vouloir trop gagner. »

Source : Nazaire Diatta Proverbes jóola de Casamance. (Paris : Karthala, 1998) p. 75.

Parallélisme biblique

Ce beau proverbe jóola (diola) nous plonge dans l’univers des richesses matérielles. Il attire notre attention sur le fait qu’augmenter sa richesse est un exercice très délicat. Donnons d’abord la parole aux Diola eux-mêmes. « Lorsque le Diola dit cela, il recommande, en fait, la discipline pour éviter les conflits. Car on augmente injustement sa richesse dans le visible, au détriment d’une autre personne, ou d’un autre groupe de parenté qui a été structuré de génération en génération. On ne peut donc le faire impunément.” (http://intura.meomec.net/?action=article&idarticle=37 accédé le 14 mars 2010).

Ici, la gestion de la richesse matérielle est un paramètre non négligeable de  la coexistence pacifique. L’intérêt général du groupe ethnique ou de la parenté passe avant les intérêts personnels. Il n’est pas interdit d’être riche, mais il faut savoir rester dans les limites du raisonnable.

Le débat autour de la richesse n’est pas étranger à la Bible. Curieusement, la richesse est l’un des principaux thèmes bibliques tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Les deux Testaments présentent un enseignement équilibré sur le sujet. La richesse n’est pas mauvaise en soi. Job, l’homme intègre, était riche. Abraham, l’ami du Seigneur et le Père de la foi était riche. Isaac, dans sa prière de bénédiction a demandé à Dieu de combler son fils de richesses (Genèse 27 :28). Avant son entrée dans la terre promise, Dieu dit clairement à Israël que la richesse qu’il  va avoir sera une bénédiction de sa part et non le fruit de ses propres efforts (Deutéronome 8 :17-18). L’histoire d’Israël comporte une longue liste de personnes qui étaient manifestement riches et qui sont restées fidèles au Seigneur.

Même dans le Nouveau Testament nous trouvons de nombreux hommes et femmes riches qui sont parmi les plus illustres disciples du Seigneur ou qui ont marqué la communauté de disciples par les œuvres remarquables. Nous pouvons mentionner, entre autres, Zachée (Luc 19 :1-10), Joseph d’Arimathée (Matthieu 27 :57-61 ; Marc 15 :42-46 ; Luc 23 :50-53), Les femmes qui ont soutenu le ministère du Seigneur (Luc 8 :1-3 ; 23 :55-24 :10 ; Marc 15 :40), le centurion romain (Matthieu 8 :5-13 ; Luc 7 :1-5), et Lydie (Actes 16 :14-15). A bien d’égards, la richesse est bonne et utile.

Tout en présentant la richesse sous cet angle, la Bible ne passe pas sous silence le revers de la médaille. La richesse peut présenter des pièges si elle n’est pas gérée dans la crainte de Dieu et pour la gloire de son saint nom. L’un des pièges de la richesse est justement celle qui est relevée par le proverbe diola : elle peut déclencher un désir toujours croissant d’avoir plus de biens matériels avec tous les risques que cela comporte. Pris par cette soif, beaucoup d’hommes et de femmes ont tout perdu. D’autres ont détruit leurs familles et les relations avec  leurs prochains dans la course  pour l’enrichissement. On comprend alors pourquoi la Bible dit : « Ne te tourmente pas pour t’enrichir, refuse même d’y penser! A peine as-tu fixé tes regards sur la fortune que, déjà, elle s’est évanouie, car elle se fait des ailes et s’envole comme l’aigle en plein ciel. » (Proverbes 23 :4-5, La Bible du Semeur). Comprenons ici que ces versets ne condamnent pas la richesse mais conseillent de ne pas « se tourmenter pour s’enrichir ». Ailleurs, le livre de Proverbes met en garde contre la richesse trop vite acquise (Proverbes 13 :11). Le Nouveau Testament donne aussi une sérieuse mise en garde : « Ceux qui veulent à tout prix s’enrichir s’exposent eux-mêmes à la tentation et tombent dans le piège de nombreux désirs insensés et pernicieux qui précipitent les hommes dans la ruine et la perdition. Car ‘l’amour de l’argent est racine de toutes sortes de maux’. Pour s’y être abandonné, certains se sont égarés très loin de la foi, et se sont infligés beaucoup de tourments. » (1 Timothée 6 :9-10, La Bible du Semeur).

La richesse est vraiment mortelle quand elle envahit le cœur et devient une idole qui prend carrément la place du Dieu créateur. Beaucoup de riches ont progressivement ôté Dieu de leur vie. Ils ont perdu de vue que la véritable sécurité se trouve en Dieu et non dans la richesse (cf. Proverbes 11 :28). Ils se sont sentis tellement puissants au point d’oser se passer de Dieu. C’est ce danger que voulait éviter Agour en adressant à Dieu une prière bien précise : Eternel, je te demande deux choses, ne me les refuse pas avant que je meure: garde-moi de dire des paroles fausses ou mensongères, ne me donne ni pauvreté ni richesse; accorde-moi seulement ce qui m’est nécessaire pour vivre, car dans l’abondance, je pourrais te renier et dire: ‘Qui est l’Eternel?’ Ou bien, pressé par la misère, je pourrais me mettre à voler et déshonorer ainsi mon Dieu. » (Proverbes 30 :7-9, La Bible du Semeur). L’exemple du jeune homme riche (Matthieu 19 :16-30 ; Marc 10 :17-27) est assez éloquent pour montrer que la richesse mal gérée peut prendre la place de Dieu dans une vie.

En somme la richesse est comme un couteau qu’il faut manipuler avec beaucoup de prudence. Elle peut faire du bien mais elle peut aussi conduire à des dérives dont les conséquences sont éternelles si elle n’est pas gérée sagement. Face à cette réalité, une question fondamentale se pose naturellement : Comment  se comporter face à la richesse ? L’une des meilleures réponses à cette question se trouve dans  1 Timothée 6 :17-19 où il est écrit: « Recommande à ceux qui possèdent des richesses en ce monde de se garder de toute arrogance et de ne pas fonder leur espoir sur la richesse, car elle est instable. Qu’ils placent leur espérance en Dieu, qui nous dispense généreusement toutes ses richesses pour que nous en jouissions. Recommande-leur de faire le bien, d’être riches en œuvres bonnes, d’être généreux et de partager avec les autres. Ils s’assureront ainsi pour l’avenir un beau capital placé en lieu sûr afin d’obtenir la vraie vie. » (La Bile du Semeur). Daigne le Seigneur nous accorder la sagesse de gérer sagement  les biens matériels que le Seigneur nous confie pour le bien de nos prochains, la propagation de l’Evangile et la gloire du Dieu Créateur !


© Copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

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