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DIEU EST LE SOUTIEN ET LE DEFENSEUR DES FAIBLES

“Zhikle a zhè.” (n’gèlègèdma mafahai)

“Dieu existe.” (proverb Mafa)

« God exists. » (Mafa proverb)

Signification : Dieu est le soutien et le défenseur des faibles. Sa divine présence est agissante.

Parallélisme biblique

Les Mafa croient en l’existence du Dieu Suprême (Zhiklè). Ils croient aussi que Dieu intervient dans tous les détails de la vie humaine. Cette croyance est perceptible dans leur vie quotidienne. Il est extrêmement rare qu’ils passent une journée entière sans faire allusion à Dieu dans leurs conversations. Le proverbe susmentionné est souvent cité quand quelqu’un échappe miraculeusement à un accident mortel, obtient un bon résultat contre toute espérance, ou survit dans des circonstances particulièrement adverses.  Il est aussi mentionné face à une injustice criante où la loi du plus fort écrase les faibles. Il est enfin évoqué pour encourager ceux qui ont perdu de proches parents, des tuteurs, ou des encadreurs et qui sont complètement abattus, déboussolés. Le proverbe vient alors pour affirmer que la présence de Dieu est agissante. Dieu n’est pas insensible à la souffrance de ses créatures. Il sait intervenir en temps opportun pour soutenir, secourir, réconforter, guider, défendre,  garder et bénir selon l’immensité de sa bonté et de sa puissance.  

En d’autres termes, quand les biens matériels nous font défaut et nos semblables ne nous apportent pas le secours tant attendu en temps opportun, il ne faut pas désespérer. Dieu est vivant et il demeure le secours ultime.

Le proverbe Mafa rappelle de nombreux enseignements bibliques.  Entre autres, la Bible enseigne que Dieu est le père des orphelins, le défenseur des veuves, le protecteur des étrangers, (Exode 22 :23 ; Deutéronome  10 :18 ; Psaume 10 :14, 146 :9 ; Jérémie 49 :11). N’est-ce pas merveilleux d’avoir Dieu pour protecteur ? Il est en mesure de faire fleurir un désert et de  dessécher un océan en un clin d’œil. Il a le pouvoir d’éteindre le feu le plus dévastateur et d’attendrir les cœurs les plus endurcis. Il est capable de changer la condition des opprimés et de les délivrer de leurs oppresseurs quelle que soit la condition dans laquelle ils se trouvent présentement. Rien ne lui est impossible, conformément à l’enseignement des Saintes Ecritures (Genèse 18 :14 ; 2 Rois 3 :18 ; Jérémie 32 :17 ; Matthieu 19 :26 ; Luc 1 :37).

Le Dieu Créateur sait être la force des faibles, l’espoir des désespérés, la voix des sans-voix, et la joie des malheureux. Il est celui dont parle le Psaume 145 :14-19 en des termes combien édifiants : « L’Eternel est le soutien de tous ceux qui tombent, il relève tous ceux qui fléchissent. Les regards de tous sont tournés vers toi: tous attendent que tu donnes à chacun sa nourriture au moment voulu. Tu ouvres ta main et tu combles les désirs de tout ce qui vit. L’Eternel est juste dans tous ses desseins, il est plein d’amour dans tout ce qu’il fait. L’Eternel est proche de ceux qui l’appellent, de tous ceux qui sont sincères lorsqu’ils font appel à lui. » (La Bible du Semeur).

Face aux épreuves, aux déceptions, et aux nombreux sujets de découragement dans la vie, ne perdons pas de vue que même si nul ne s’intéresse à nous et ne vole à notre secours, Dieu est vivant. Que sa divine et agissante présence nous réconforte et nous donne le courage de relever la tête et de nous battre pour un lendemain meilleur en nous appuyant sur l’Eternel!

© Copyright, Moussa Bongoyok, 2011.

NON AU MENSONGE

“Ta kǝda ndo ncèkelma di a gèd a midè.” (N’gèlègèdma mafahai)

“On tue le menteur avant le sorcier.” (Proverbe mafa)

« People kill the liar before the sorcerer. » (Mafa proverb)

Signification: Le mensonge peut avoir des conséquences plus désastreuses qu’on ne le pense.

Parallélisme biblique

Dans la culture Mafa, les membres de la société sont classés en deux groupes : les non sorciers et les sorciers. Celui ou celle qui n’est pas sorcier/sorcière (mblèzh) n’a aucun pouvoir surnaturel tandis que le sorcier ou la sorcière  (midè) en a et se sert souvent de forces occultes pour faire du mal aux autres. Quoique cela ne soit pas toujours justifié et que tous ceux qu’on traite de sorciers ne le soient pas nécessairement, on les accuse souvent d’être à l’origine des échecs, des maladies, des épidémies, des catastrophes naturelles, des décès et de bien d’autres maux dans la société. On comprend pourquoi les sorciers sont redoutés et haïs. Ils sont manifestement sous l’influence de Satan et des puissances ténébreuses.

Mais, curieusement, notre proverbe affirme qu’on tue le menteur avant le sorcier. A priori, on pourrait rapidement expliquer cela par le fait qu’il est plus facile de vérifier un mensonge qu’une accusation de sorcellerie. C’est vrai, mais le proverbe a un sens plus profond. Les Mafa veulent dire que, quoique la sorcellerie soit dangereuse, le mensonge l’est davantage. Il convient donc d’éviter de mentir.

Le mensonge se glisse facilement dans nos conversations. Parfois il parait aussi négligeable et inoffensif qu’un bébé panthère. Seulement, il peut rapidement grandir et devenir un monstre indomptable causant des ravages indescriptibles. Jouer avec le mensonge, c’est donc jouer avec le feu. On comprend alors pourquoi la Bible condamne le mensonge en de nombreux endroits. L’un des dix commandements stipule : « Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. » (Exode 20 :16, La Bible du Semeur). Le Seigneur a en abomination le mensonge (Psaume 5 :7). Le texte de Proverbes 12 :22 abonde dans le même sens en précisant que «Les lèvres menteuses sont en horreur à l’Eternel, mais ceux qui sont véridiques lui font plaisir. » (La Bible du Semeur). Dieu est lumière et vérité. Le mensonge est donc contraire à sa nature. C’est plutôt Satan qui est le Père du mensonge (Jean 8 :44). Il est alors facile de comprendre pourquoi ceux qui aiment et pratiquent le mensonge ne seront pas dans son royaume : « Mais dehors les hommes ignobles, ceux qui pratiquent la magie, les débauchés, les meurtriers, ceux qui adorent des idoles et tous ceux qui aiment et pratiquent le mensonge. » (Apocalypse 22 :15, La Bible du Semeur). Ne soyons donc pas du nombre de ceux qui qui prennent plaisir à mentir. Au contraire, écoutons la voix du Seigneur qui déclare : « C’est pourquoi, débarrassés du mensonge, que chacun de vous dise la vérité à son prochain. Ne sommes-nous pas membres les uns des autres? » (Ephésiens 4 :25, La Bible du Semeur). Nous retrouvons un message semblable dans la première épitre de Paul aux Colossiens où nous lisons : « Ne vous mentez pas les uns aux autres, car vous vous êtes dépouillés de l’homme que vous étiez autrefois avec tous ses agissements et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau. Celui-ci se renouvelle pour être l’image de son Créateur afin de parvenir à la pleine connaissance. » (Colossiens 3 :9-10, La Bible du Semeur). Nous avons tous failli d’une manière ou d’une autre. Que faire ? La Bible nous propose deux voies : repentance et renonciation.

La repentance s’impose d’abord. Il ne sert à rien de justifier un mensonge, car cela équivaudrait à s’enfoncer davantage dans la boue du péché. Il vaut mieux reconnaître humblement son péché et implorer le pardon des personnes offensées aussi bien que celui du Seigneur. En effet, « Si nous reconnaissons nos péchés, il est fidèle et juste et, par conséquent, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de tout le mal que nous avons commis. » (1 Jean 1 :8, La Bible du Semeur). Toutefois, ne perdons pas de vue qu’une confession sincère est suivie de réparation. Le cas de Zachée est éloquent (Luc 19 :1-10) et peut nous servir de source d’inspiration. Une confession. Dans certain cas, une simple confession peut être satisfaisante. Dans d’autres, une réparation en  bonne et due  forme s’impose pour restituer l’honneur des personnes faussement accusées et redresser ce qui peut l’être. Cela nécessite beaucoup d’humilité, de courage et de sagesse mais le résultat est souvent très honorable. Pour certains cas délicats, le conseil d’un serviteur de Dieu – qui craint Dieu et sait agir dans la discrétion – est vivement recommandé.

Ensuite vient la renonciation. Quand Jésus a pardonné à la femme surprise en flagrant délit d’adultère, il lui a dit : « Va, mais désormais, ne pèche plus» (Jean 8 :11). Le même conseil est valable après la confession du mensonge et l’obtention du pardon de Dieu et des personnes offensées. Concrètement, cela peut aller jusqu’à de profond changements dans le choix de ses amis intimes, des lieux qu’on fréquente, des causeries auxquelles l’on participe, etc. Il convient de fuir les personnes ou les situations qui poussent souvent à mentir et de passer plutôt  le gros de  temps avec des amis qui aiment Dieu et qui se livrent à des causeries saines.

Choisir de vivre dans la crainte de Dieu et de pratiquer la vérité (en public comme en privé) n’est pas forcément la décision la plus populaire dans un monde qui aime de moins en moins la vérité, mais c’est la voie de la sagesse.  Le mensonge détruit tout sur son passage. Des individus, des familles, des églises locales, des communautés, voire des pays entiers ont été ruinés par le mensonge. Ne continuons pas à alimenter son feu destructeur en y jetant plus de bois de paroles mensongères. Renonçons à la vie de mensonge et marchons dans la vérité. Cela nous guérira, et fera du bien à nos familles, à nos églises, et à nos pays. Par-dessus-tout, la vérité honore notre Dieu. Daigne le Seigneur nous accorder la grâce et le courage de  renoncer au mensonge sous toutes ses formes et le pourvoir de nous engager résolument sur la voie de la vérité selon la sagesse qu’il lui plaira de nous accorder tant au plan religieux, politique, économique, et  social! Amen.

© Copyright, Mousa Bongyok, 2011.

LE TEMPS PASSE, ON PASSE AVEC LUI

“Nga a gaba.” (N’gèlègèdma mafahai)

 « Nous sommes sous l’arbre à palabres » (proverbe mafa 

“We are under the palaver tree.” (Mafa proverb)

Signification: Nous ne sommes que de passage sur la terre.

 Parallélisme biblique

L’arbre à palabres est célèbre dans de nombreuses cultures sahéliennes. C’est un arbre sous lequel les notables de village se réunissent pour échanger des idées, discuter, juger, ou se pencher sur divers problèmes de la vie en société. C’est aussi un lieu de rassemblement. Chaque village mafa a son arbre à palabres sous lequel se trouve souvent grand un roc sur lequel les gens peuvent s’asseoir sans se salir.

 L’arbre à palabres est plein de symboles dans la société mafa. Tout y passe : les nouvelles, les plaintes, les joies, les peines, les conflits, la réconciliation, les médisances, le rétablissement de la vérité, la politique,  l’éducation, les stratégies, les contes, les proverbes, la religion, la philosophie, l’économie, le mysticisme, les rêves, l’organisation des travaux champêtres,  les projets, bref tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la vie du village. Mais, au-delà de tous ces symboles,  l’arbre à palabres représente la précarité de la vie sur la terre. En effet, l’arbre à palabres ne rassemble les gens que pour un temps bien limité. Après les réunions, chacun rentre chez soi pour un sommeil bien mérité en vue de mieux affronter les durs labeurs du lendemain si Dieu permet qu’on y arrive. Nombreux sont ceux qui sont partis d’un petit sommeil à un sommeil et chacun attend son tour. Face à cette réalité existentielle, les Mafa affirment, sur une note philosophique assez profonde que nous (les êtres humains) sommes sous l’arbre à palabres. Nous ne sommes que des étrangers sur cette terre. La mort nous attend à tout moment. Il est alors aisé de comprendre pourquoi c’est l’un des premiers proverbes que les Mafa citent pour évoquer un décès dans la communauté.

 En cette fin d’année où nous sommes souvent surpris par la rapidité avec laquelle les mois se sont écoulés il nous arrive parfois de dire tout haut : « comme le temps passe si vite ! » Mais, n’oublions pas  que ce n’est pas seulement le temps qui passe. Nous passons aussi avec lui. L’écrivain français Paul-Jean Toulet (1867-1920) exprime cela en des termes qui n’ont pas perdu leur éloquence après près d’un siècle : « Le temps passe. Ah, si on pouvait le regarder passer. Mais hélas, on passe avec lui. ». Au-delà du temps qui passe, c’est donc nous qui passons.

 C’est justement ce que nous rappelle de nombreux textes bibliques. Retenons-en un, l’un des plus vieux psaumes de la Bible, attribué à Moise l’homme de Dieu :

  1 Prière de Moïse, l’homme de Dieu.
      O Seigneur, d’âge en âge
      tu as été notre refuge.

    2 Avant que soient nées les montagnes,
      et que tu aies créé la terre et l’univers,
      de toute éternité et pour l’éternité, toi, tu es Dieu.

   
    3 Tu fais retourner l’homme à la poussière,
      et tu dis aux humains: «Retournez-y!»

     4 Car mille ans, à tes yeux,
      sont comme le jour d’hier qui est déjà passé,
      comme une seule veille au milieu de la nuit.

        5 Tu balaies les humains comme un peu de sommeil qui s’efface à l’aurore.
      Ils sont pareils à l’herbe

    6 qui fleurit le matin, qui passe
      et qui, le soir, se fane et se flétrit.

    7 Nous sommes consumés par ta colère,
      ta fureur nous effraie:

    8 tu as mis devant toi tous nos péchés,
      et tu mets en lumière tout ce qui est caché.

    9 Tous nos jours disparaissent par ta colère,
      et nos années s’effacent comme un murmure…

      10 Le temps de notre vie? C’est soixante-dix ans,
      au mieux: quatre-vingts ans pour les plus vigoureux;
      et leur agitation n’est que peine et misère.
      Car le temps passe vite et nous nous envolons.

     11 Qui peut connaître l’intensité de ta colère,
      qui te respecte assez pour tenir compte de ton courroux?

        12 Apprends-nous donc à bien compter nos jours,
      afin que notre cœur acquière la sagesse!

(Psaume 90 :1-12, La Bible du Semeur)

Daigne le Seigneur nous accorder la sagesse de bien compter nos jours de nous rappeler chaque jour que nous ne sommes que sous l’arbre à palabres de la condition humaine. Daigne le Dieu unique, saint, et juste nous aider à comprendre que nous pouvons quitter cette terre à tout moment et que nous avons intérêt à la quitter quand nous sommes en bons termes avec lui. En cette fin d’année, examinons-nous. Faisons la paix avec Dieu et avec nos prochains. Et surtout, engageons-nous à vivre chaque jour de telle sorte que, même si c’était la fin de notre pèlerinage terrestre, nous partions avec la ferme assurance que notre vie et dans les tendres bras du Bon Berger avec qui nous passerons l’éternité dans un bonheur parfait. C’est aujourd’hui qu’il faut se repentir et confier la direction totale de sa vie au Seigneur Jésus-Christ. C’est aujourd’hui qu’il faut demander pardon à ceux qui ont été offensés.  C’est aujourd’hui qu’il faut honorer Dieu. C’est aujourd’hui qu’il faut aimer le prochain comme soi-même. C’est aujourd’hui qu’il faut pratiquer des œuvres dignes de la repentance. Demain peut être trop tard car nous ne savons pas si nous le verrons et il serait irresponsable de prendre un si grand risque avec son avenir éternel. Or, la Bible déclare que «le sort de tout homme est de mourir une seule fois – après quoi il est jugé par Dieu. » (Hébreux 9 :27, La Bible du semeur). Soyons donc sages et sachons nous rendre à l’évidence que ce n’est pas seulement le temps qui passe mais que c’est aussi nous qui passons car la vie sur terre n’est qu’une éphémère réunion sous un arbre à palabres. « Nga a gaba ! »   

© Copyright by Moussa Bongoyok, 2010.

CONSEILS ET CONSEILLERS

« Ndo a da nzi auda genè a n’da ngredakinè maya ɗè ? » (N’gèlègèdma mafahai)

« Est-ce que les gens vont toujours rester dehors pour vous apprendre à être sages ? » (Proverbe mafa)

« Will people always remain outside in order to teach you to be wise? » (Mafa proverb)

Signification: Il faut apprendre à être sage pour être une personne prompte à réagir face aux situations délicates. Les bons conseillers ne seront pas toujours disponibles.


Source
: Proverbe envoyé par  Hodekwem Keufkeuf Richard, missionnaire (Cameroun).


Parallélisme biblique

Les parents Mafa ne se contentent pas de donner des conseils à leurs enfants.  Ils veulent les amener à intérioriser les conseils et à s’en servir en temps opportun sans qu’on ait besoin de les répéter. Mieux encore, ils veulent les amener à développer une philosophie de la vie qui les guidera vers de bonnes décisions même si personne n’est autour d’eux pour les orienter. C’est ainsi qu’ils ne cachent pas leur mécontentement quand un enfant oublie les conseils, commet toujours les mêmes erreurs, ou retombe souvent dans les mêmes pièges. Devant une telle situation, il n’est pas rare de les entendre  dire avec indignation: « Est-ce que les gens vont toujours rester dehors pour vous apprendre à être sages ? » Sous-entendu, est-ce que les parents seront toujours vivants pour vous donner des conseils ou pour vous guider sur la voie de la sagesse ?

En réalité, ce proverbe couvre des dimensions plus profondes. Il renferme des concepts eschatologiques intéressants et frôle un peu le lien entre la vie sur terre et l’au-delà dans la religion traditionnelle mafa. Le cadre actuel de notre réflexion ne nous permet pas d’approfondir l’étude de ces aspects. Nous allons donc nous limiter à la leçon principale que nous pouvons tirer de notre proverbe. Notamment, les parents Mafa attirent l’attention leur progéniture sur le fait que les conseillers ne seront pas présents dans toutes les circonstances de la vie. En outre, certaines circonstances exigent une décision rapide. Il faudrait donc que les enfants retiennent les conseils des parents, des amis, ou des encadreurs, et apprennent à s’en servir en temps opportun. Ainsi, même quand les conseillers ne seront plus disponibles, ils sauront naviguer avec succès dans l’océan de la vie.

N’importe quel parent responsable souhaite que sa progéniture se conduise avec sagesse et mette en pratique les bons conseils reçus. L’un des chapitres de la Bible qui peint un beau tableau d’une descendance idéale est Jérémie 35 :1-19. Ce chapitre décrit comment le clan des Rékabites a pris au sérieux le conseil donné par leur ancêtre Yonadab, fils de Rékab.  En effet, ce dernier avait donné le conseil suivant à ses enfants : «Vous ne boirez jamais de vin, ni vous, ni vos descendants, à perpétuité. Vous ne construirez pas de maisons, vous ne cultiverez pas la terre, vous ne planterez pas de vignes et vous ne posséderez rien de cela; pendant toute votre vie, vous habiterez sous des tentes, afin que vous viviez longtemps sur la terre où vous n’êtes que des étrangers.» (Jérémie 34 :6b-7, La Bible du Semeur). Ses descendants ont appliqué ce conseil à la lettre au point où, même quand le prophète Jérémie testa leur fidélité en leur offrant du vin, ils déclinèrent fermement l’offre. Ils ne voulaient en aucun cas se détourner de la voie tracée par leur ancêtre. On comprend alors pourquoi Dieu les cita en exemple (vv. 12-17) et les bénit (vv.18-19).

Bien entendu, en tant que chrétiens, nous devons toujours examiner les conseils que nous recevons à la lumière des Saintes Ecritures. Tous les conseils de parents ou des aînés ne sont pas nécessairement bons. Mais, les bons conseils doivent être mis en pratique et communiqués aux générations suivantes. Les recommandations du Seigneur méritent encore davantage d’attention. Le Seigneur veut que nous mettions en pratique tout ce qu’il nous a prescrit (Matthieu 28 :20). Et, pour que nous n’oubliions pas ses commandements, il a mis en nous le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit nous aide, nous rappelle les saintes instructions, et nous donne la force de les mettre en pratique (Jean 14 :15-30 ; 16 :5-15 ; et Ephésiens 3 :16). Daigne le Seigneur nous accorder la force et la sagesse de prendre très au sérieux ses conseils et d’en tenir compte dans toutes les circonstances de notre pèlerinage terrestre !


© Copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

ETHIQUE DU TRAVAIL

“N’kurèce hwad na ausa ara wuda wa ?” (N’gèlègedma mafahai)

« Qui déchire son ventre comme le grillon? » (Proverbe mafa)

“Who torns his or her belly like the cricket?” (Mafa proverb)

Signification: Il ne faut jamais négliger la source de sa subsistance.


Parallélisme biblique

L’un de nos meilleurs souvenirs d’enfance est la « chasse aux grillons » dans les champs. Cette chasse intervenait généralement au mois d’août. C’était l’occasion pour nous de démontrer aux adultes que les enfants sont aussi capables de braver la nuit noire, les scorpions, les serpents et bien d’autres dangers. Armés de lampes torches et de houe, il ne nous restait plus qu’a être attentifs aux chants des grillons qui nous orientaient vers la bonne direction.  Nous nous servions alors des lampes torches pour aveugler ces insectes et de houes pour creuser les trous où ils se réfugiaient. Nous revenions rarement bredouilles.

Ici, notre proverbe parle aussi du grillon mais sous un autre angle. Le but est d’attirer l’attention des gens qui sont négligents sur le danger qu’ils courent quand ils prennent à la légère la source de leur subsistance. Ce proverbe est plus profond que ce que d’aucuns appelleraient « la politique du ventre ».  Il touche à l’attitude envers les bienfaiteurs et les patrons. Il se rapporte également à l’éthique du travail et au danger de la négligence.  Nous ne sommes donc pas loin de Proverbes 27 :18 où il est écrit : « Qui soigne son figuier jouira de ses fruits, et qui prend soin de son maître sera honoré. » (La Bible du Semeur).

Dans l’esprit de ce proverbe, un travailleur sage ne saurait donc s’amuser à faire son travail à la légère ou à  manquer de respect envers son patron ou sa patronne. La Bible semble même élever particulièrement la barre de l’éthique du travail pour les chrétiens. C’est ainsi que nous lisons : « Vous, esclaves obéissez à vos maîtres terrestres avec crainte et respect, avec droiture de cœur, et cela par égard pour le Christ. N’accomplissez pas votre tâche seulement quand on vous surveille, comme s’il s’agissait de plaire à des hommes, mais agissez comme des esclaves du Christ, qui accomplissent la volonté de Dieu de tout leur cœur. Faites votre travail de bon gré, et cela par égard pour le Seigneur, et non par égard pour les hommes. Car vous savez que chacun, qu’il soit esclave ou libre, recevra ce qui lui revient selon le bien qu’il aura fait.» (Ephésiens 6 :5-8 (La Bible du Semeur).  Le texte de Colossiens 3 :22-24 abonde dans le même sens: « Esclaves obéissez en tous points à vos maîtres terrestres, et pas seulement quand on vous surveille, comme s’il s’agissait de plaire à des hommes, mais de bon gré, parce que vous révérez le Seigneur. Quel que soit votre travail, faites-le de tout votre cœur, et cela par égard pour le Seigneur et non par égard pour des hommes. Car vous savez que vous recevrez du Seigneur, comme récompense, l’héritage qu’il réserve au peuple de Dieu. Le Maître que vous servez, c’est le Christ.» (La Bible du Semeur).

Bien que l’époque d’esclavage soit révolue, les principes qui se dégagent de ces textes restent valables.  Si tous les employés les appliquaient, et si les employeurs agissaient conformément aux recommandations bibliques relatives à la bonté envers les ouvriers et à la rétribution équitable (pour ne citer que ces deux aspects, Cf. Ephésiens 6 :9 ; Colossiens 4 :1), le monde de travail serait beaucoup plus agréable.

Dans le domaine spirituel, quelle que soit notre position au sein de l’église, nous sommes tous des ouvriers du Seigneur.  Le texte de 1 Pierre 2 :9-10 l’exprime clairement: « Mais vous, vous êtes une race élue, une communauté de rois-prêtres, une nation sainte, un peuple que Dieu a libéré pour que vous célébriez bien haut les œuvres merveilleuses de celui qui vous a appelés à passer des ténèbres à son admirable lumière. Car vous qui autrefois n’étiez pas son peuple, vous êtes maintenant le peuple de Dieu. Vous qui n’étiez pas au bénéfice de la grâce de Dieu, vous êtes à présent l’objet de sa grâce. » (La Bible du Semeur). En tant qu’ouvriers du Seigneur gardons-nous de faire négligemment notre travail avec tout ce que cela comporte comme conséquences. Soyons plutôt du nombre de ceux qui sont fidèles et seront félicités au retour du Christ (cf. Matthieu 24 :45-51).

Dans la vie courante comme dans le monde spirituel, la négligence est désastreuse.  Un homme ou une femme sage doit savoir éviter le chemin de la négligence et emprunter celui de la vigilance, surtout quand sa subsistance et sa récompense céleste sont en jeu.

© Copyright by Moussa Bongoyok, 2010.

RESPONSABILITES CONJUGALES

“Ngwoz a m’pèslè zlè’èn marigola.” (N’gèlègèdma mafahai)

« C’est la femme qui casse la dent du jeune homme. » (Proverbe mafa)

“It is the wife that breaks the tooth of the young man.” (Mafa proverb)


Signification: En se mariant, le jeune homme devient responsable.


Parallélisme biblique

La période de l’adolescence est redoutée dans presque  toutes les cultures. La transition entre l’enfance et l’âge adulte avec sa grande  «tempête développementale» est souvent une pilule dure à avaler pour les parents. Un jour, nous étions en train de parler de cette saison de la vie humaine avec des parents Mafa quand l’un d’entre eux cita le proverbe  susmentionné. Ici, la sagesse Mafa fait recours à l’image de la dent qui déchire pour traduire la violence des relations tumultueuse entre les adolescents, les parents et d’autres membres de la communauté. La femme est présentée comme seule personne capable de  briser l’élan fougueux de l’adolescent.

En effet, dans la société traditionnelle Mafa, les jeunes se marient généralement très tôt. Les jeunes garçons se marient souvent vers la fin de l’adolescence et le début de la période de post-adolescence. Les filles se marient même un peu plus tôt. On comprend alors pourquoi certains couples peuvent avoir jusqu’à douze enfants (issus d’un même père et d’une même mère).

En se mariant tôt, le jeune homme cesse souvent de mener une vie de désordre, devient plus calme, plus posé et responsable que ses amis restés célibataires. L’amour pour son épouse et le devoir de prendre soin d’elle ainsi que des enfants qui pourraient éventuellement commencer à élargir la famille dès les premières années de la vie commune amènent le jeune homme à changer radicalement de style de vie.  C’est donc dans un sens positif que le proverbe Mafa parle de la femme qui casse la dent du jeune homme. L’idée qui est véhiculée par ce proverbe est qu’en se mariant, le jeune homme devient responsable.

Bien entendu, le mariage précoce a aussi ses inconvénients et il convient de calculer le prix avant de se lancer dans la vie conjugale. D’ailleurs, le proverbe que nous analysons n’a pas pour objectif d’encourager le mariage précoce.  Il enseigne plutôt que le mariage n’est pas un jeu. Celui ou celle qui se marie doit savoir que le mariage vient avec son paquet de responsabilités.  La Bible en parle. A la lumière d’Ephésiens 5 :22-33, Colossiens 3 :18-19 et 1Pierre 3 :1-7,  l’homme a la responsabilité de diriger le foyer, d’aimer sa femme comme Christ a aimé l’Eglise, et de prendre soin d’elle. La femme a aussi la responsabilité d’aimer son mari et de se soumettre à lui. Les deux ont le devoir de se respecter mutuellement  (Ephésiens 5 :33), de se satisfaire mutuellement au plan intime (1 Corinthiens 7 :1-5), d’éduquer leurs enfants dans la crainte du Seigneur (Ephésiens 6 :4), d’honorer le mariage et d’exempter le lit conjugal de toute souillure (Hébreux 13 :4).

Sans perdre de vue le fait que les mariés peuvent aussi servir efficacement le Seigneur (l’apôtre Pierre et de nombreux serviteurs et servantes du Seigneur  étaient mariés),  la Bible attire notre attention sur le fait qu’en dehors des intérêts du royaume ceux qui sont mariés ont d’autres obligations tout à fait légitimes: « C’est pourquoi je voudrais vous savoir libres de toute préoccupation. Celui qui n’est pas marié se préoccupe des intérêts du Seigneur. Son seul souci est de lui plaire. Celui qui est marié s’occupe des affaires de ce monde, pour plaire à sa femme; et le voilà tiraillé de part et d’autre. De même la veuve et la jeune fille n’ont pas d’autre souci que les intérêts du Seigneur, pas d’autre désir que de se dévouer à lui corps et esprit. La femme mariée, elle, se préoccupe des affaires de ce monde, pour plaire à son mari. » (1 Corinthiens 7 :32-34, La Bible du Semeur). Ceux qui sont mariés et engagés dans le ministère doivent donc éviter de vivre comme s’ils étaient célibataires. Tout en cherchant premièrement le royaume de Dieu et sa justice (Matthieu 6 :33), ils ne doivent en aucun cas négliger leurs foyers. Assumer ses responsabilités familiales est un acte si important aux yeux de Dieu que l’Ecriture va jusqu’à dire : « Si quelqu’un ne prend pas soin des siens, en particulier des membres de sa famille, il a renié la foi et il est pire qu’un incroyant. » (1 Timothée 5 :8, La Bible du Semeur). Il est vrai que le contexte immédiat de ce verset parle des responsabilités matérielles vis-à-vis des parents, mais le principe biblique qu’on en dégage a une portée beaucoup plus grande et peut englober les soins physiques et spirituels pour tous les membres de la famille.

En somme, Dieu veut que le marié ou la mariée assume toutes ses responsabilités vis-à-vis de l’âme sœur et des autres membres de la famille. Nous ne devons donc en aucun cas prendre le mariage à la légère. Les mariés ont plutôt intérêt à implorer la grâce de Dieu afin d’assumer les responsabilités conjugales de la manière la plus honorable possible.

© copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

NON A L’OISIVETE

“Nzi ambali a gi mè?” (N’gèlègèdma mafahai)

“A quoi sert-il d’être inactif?” (Proverbe mafa)

“What is the point of being inactive?” (Mafa proverb)

Signification: Au lieu de rester inactif, il vaut mieux exercer une activité. Une activité, même peu attrayante ou non lucrative, permet de maintenir sa dignité. Par contre, l’oisiveté avilit l’être humain.

Parallélisme biblique

Les Mafa ont une éthique du travail particulièrement  solide. Ils ont plusieurs proverbes qui encouragent l’ardeur au travail et condamnent la paresse. Par ailleurs, dans la société traditionnelle Mafa, même les vieillards et les personnes handicapées participent aux divers travaux d’une manière ou d’une autre. Dans ce contexte, il est inconcevable qu’une personne valide et en bonne santé soit oisive. Le proverbe sur lequel nous réfléchissons aujourd’hui est souvent cité pour encourager ceux et celles qui se sentent gênés par  le type d’activité qu’ils mènent pour leur survie. Cela nous fait penser à l’érudit français M. Le Roux de Lincy (1806-1869) qui disait  à juste titre : « Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens. »

L’idée que véhicule le proverbe  mafa est que, comparativement à l’oisiveté, l’activité est noble. Avec une pointe d’humour et de paradoxe Potom Ndouva, le célèbre animateur du programme en langue Mafa sur les antennes de Radio Maroua (Extrême-Nord Cameroun), est allé jusqu’à que « celui ou celle qui achète un article à trente francs et le revend à vingt francs fait bien ». Bien entendu, dans l’esprit du proverbe Mafa, ce qui louable ici n’est pas la perte mais  l’esprit d’initiative. En réalité, éviter de se croiser les bras n’est-ce pas déjà se projeter dans le cercle de ceux et celles qui finiront par gagner?

Une chose est sûre, la Bible condamne l’oisiveté avec énergie. Dieu nous a créé à son image (Genèse 1 :26) et l’un des aspects de cette imago dei, c’est le travail. Il n’est donc pas étonnant de voir que, même quand il plaça l’homme et la femme dans le merveilleux jardin d’Eden, il prit le soin de leur donner un cahier de charges bien précis : cultiver et garder le jardin (Genèse 2 :15). Le travail est donc un mandat divin. Il précède la chute et ses conséquences. Il n’est pas une malédiction. C’est plutôt un bien précieux, conformément à ce que nous lisons dans Proverbes 12 :27 : « Le paresseux ne fait pas rôtir son gibier; le bien le plus précieux de l’homme, c’est l’activité. » (La Bible du semeur). Un peu plus loin, dans le même livre, nous lisons ceci : « J’ai passé près du champ d’un paresseux et le long du vignoble d’un homme sans courage, et voici que les orties avaient tout envahi, les ronces recouvraient le sol et le muret de pierres était en ruines. En voyant cela, je me suis mis à réfléchir et j’ai tiré une leçon de ce que j’ai observé : ‘Je vais juste faire un petit somme, dis-tu, juste un peu m’assoupir, rien qu’un peu croiser les mains et rester couché un instant,  mais pendant ce temps, la pauvreté s’introduit chez toi comme un rôdeur, et la misère comme un pillard. » (Proverbe 24 :30-34, La Bible du Semeur). Dans 2 Thessaloniciens 3 :10, la Bible déclare avec une rigueur sans faille: «Que celui qui refuse de travailler renonce aussi à manger»! (La Bible du semeur). L’oisiveté n’a donc pas sa place parmi nous.

Mais, est-on en droit de se demander, que faire quand on cherche en vain du travail ? Que faire quand on a perdu son emploi ? Ce sont des situations bien difficiles et nous n’avons pas de recette à proposer. Cependant, le Seigneur n’abandonne pas ses enfants. Il est donc sage de se tourner premièrement vers Dieu afin d’implorer son secours et sa sagesse. Il peut faire jaillir de l’eau même au milieu du désert du marché de travail. Ensuite, il est aussi recommandé de contacter des services compétents ou des amis qui pourraient indiquer des possibilités d’emploi. Parfois, si les moyens et les circonstances le permettent, on peut repartir à l’école pour mieux s’équiper dans son domaine de spécialisation ou même se former dans un autre domaine où il est plus facile de trouver un emploi.   Nous avons connu des diplômés de grandes écoles qui se sont reconvertis en plombiers, infirmiers ou vendeurs de vêtements d’occasion (et la liste est loin d’être exhaustive) et qui gagnent honnêtement leur vie. Certaines personnes s’engagent comme volontaires dans certaines organisations et finissent par y trouver un débouché ou par y rencontrer des personnes qui leur donnent des indications précieuses qui leur ouvrent des portes d’emplois décents. D’autres trouvent leur compte dans la création de leurs propres entreprises, même modestes.  Dans tous les cas, il est mille fois préférable de se battre dans la vie en s’appuyant sur le Seigneur que de rester les bras croisés.

© Copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

NON AU FATALISME

« Ndo a m’metsai a hwad mededwe n’stad azbai» n’gélègèdma mafahai.

« Un être humain ne doit pas attendre la mort sur place. » (proverbe mafa)

(Littéralement: un être humain ne meurt pas sur une seule terrasse)

« A human being should not await death being still.” (Mafa proverb)

Signification : Tant qu’on peut prévenir  le pire, il faut agir. La souveraineté divine n’exclut pas la responsabilité humaine.


Parallélisme biblique

Les Mafa vivent principalement en région montagneuse (Monts Mandara) où la population est dense et la terre cultivable aussi rare que délicate. Mais, ils ont réussi à s’adapter à ce contexte peu ambiant en pratiquant la culture en terrasses. Les terrasses facilitent une culture intensive dans les massifs et sont particulièrement efficaces dans la lutte contre l’érosion du sol. Vues de loin, les terrasses ont l’apparence de minuscules murailles de pierres disposées en escaliers à flanc de montagne.  C’est dans cet univers pittoresque que le proverbe susmentionné plonge ses racines. L’idée originale c’est qu’on ne saurait accepter de tomber malade et de mourir sur une même terrasse. Même mourante, tant qu’une personne a un peu d’énergie dans les veines, elle a le devoir de lutter pour sa survie.

La sagesse mafa prend le contre pied de certaines philosophies religieuses qui encouragent le fatalisme. Ici, Dieu est souverain mais l’être humain a aussi sa part de responsabilité. Quand la mort menace, il ne faut pas se croiser les bras, fermer les yeux et attendre que le pire arrive. Dieu veut que nous fassions ce qui est possible dans le cadre de ses divines prescriptions et lui laissions ce qui est au-delà de nos compétences humaines.

Un exemple qui illustre parfaitement cette vérité biblique est le récit de la résurrection de Lazare dans le chapitre 11 de l’évangile selon Jean. Jésus a demandé qu’on roule la grosse pierre qui fermait le tombeau de Lazare (v.39). Un mot de sa part aurait suffi pour que la pierre disparaisse, mais il n’a pas voulu faire ce que les êtres humains pouvaient faire.  Il a préféré  demander à Lazare de sortir du tombeau (v.43) car lui seul pouvait donner un tel ordre à un cadavre en état de décomposition avancée.  Lazare est effectivement sorti vivant du tombeau. Seulement, ses mains et ses pieds étaient entourés de bandes. Là aussi le Seigneur Jésus-Christ n’a pas ordonné aux bandelettes de tomber. Il a plutôt demandé à ceux qui étaient présents de délier Lazare (v.44) et c’est ce qu’ils firent.  Le Seigneur a voulu montrer clairement que les hommes et les femmes doivent faire ce qui est à leur portée et lui laisser la charge de ce qui est impossible aux êtres humains.

Même quand nous savons clairement que seule l’intervention divine peut nous faire sortir d’une impasse ou d’un danger imminent, il faut encore avoir la sagesse d’implorer son secours. C’est ce qu’ont fait les habitants de Ninive suite à la prédication de Jonas qui annonçait un jugement sans appel : la destruction de Ninive dans une quarantaine de jours (Jonas 3 :4). Les Ninivites se sont tous repentis et Dieu a annulé la sentence de mort  (Jonas 3 :6-10).

Face aux maux qui menacent notre survie ou celle de notre planète et de ses habitants, ne laissons pas le fatalisme nous paralyser. Faisons ce qui est en notre pouvoir comme si tout dépendait de nous. C’est notre responsabilité. Seulement, quand les compétences humaines  et les moyens naturels affichent leurs limites, gardons-nous de faire recours à la magie et aux pratiques occultes. Implorons plutôt l’intervention divine.

© Copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

ETABLIR LES PRIORITES

« Ta kudi mam bai, ka kudi mam Haigama. » n’gélègèdma mafahai.

« Quand on pleure la mère du roi, toi tu pleures la mère de Haigama. » (Proverbe mafa)

« When people mourn the king’s mother, you mourn Haigama’s mother.”(Mafa Proverb)

Signification: Quand on parle des choses sérieuses, il ne faut pas mentionner des choses moins importantes.

Parallélisme biblique

Les Mafa ont emprunté quelques mots aux peuples voisins. « Haigama » est l’un de ces mots. De nos jours, il est même devenu un nom propre. En réalité, c’est un titre qui remonte au royaume Kanem-Bornou. Dans le Kanem-Bornou, et plus tard dans les royaumes Fulbe,  le Kaigama (que les Mafa appellent Haigama) était le commandant en Chef de l’armée. Il occupait donc un rang très honorable dans le royaume.  Seulement, il était lui-même soumis au roi. Voilà pourquoi,  son autorité s’effaçait devant celle du roi. On comprend alors pourquoi  le proverbe affirme que quand c’est le temps de pleurer la mère du roi, il n’est pas normal de pleurer plutôt la mère du Kaigama. En d’autres termes il faut d’abord pleurer la mère du roi ; la mère du Kaigama sera pleurée plus tard.

La leçon de sagesse qui se dégage de ce proverbe est qu’il faut faire toute chose en son temps et savoir user de son bon sens pour accorder la priorité aux choses plus importantes. C’est ce que la Bible enseigne en plusieurs endroits.

L’Ecclésiaste a souligné l’importance de faire chaque chose en son temps :

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux: un temps pour naître, et un temps pour mourir; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté; un temps pour tuer, et un temps pour guérir; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir; un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser; un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres; un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner des embrassements ; un temps pour chercher, et un temps pour perdre; un temps pour garder, et un temps pour jeter; un temps pour déchirer, et un temps pour coudre; un temps pour se taire, et un temps pour parler; un temps pour aimer, et un temps pour haïr; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix. » (Ecclésiastes 3:1-8, La Bible du Semeur).

Il n’est pas suffisant de savoir qu’il y a un temps pour tout. Il faut aussi savoir établir les priorités. Dans ce domaine, les paroles du Christ en Matthieu 6 :33 sont pleines de sagesse : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. » (La Bible du Semeur). Avant de nous préoccuper des biens éphémères de ce monde, nous devons d’abord penser aux intérêts à la gloire de notre Créateur. Jeanne d’Arc avait certainement été inspirée par ces paroles du Christ, elle qui avait pour devise « Messire Dieu, premier servi.» Si tous les chrétiens du monde recherchaient premièrement le royaume de Dieu et sa justice, le monde aurait un visage différent, l’Eglise aussi.

Daigne le Seigneur nous accorder la sagesse de faire chaque chose en son temps et de donner à Dieu la priorité dans tous les domaines de notre vie!

© Copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

L’HOSPITALITE

« Ndo a ndehè a gai azbai. »  (N’gèlègèdma mafahai)

« Les êtres humains ne peuvent jamais remplir une maison. » (Proverbe mafa du Cameroun)

“Humans can never fill a house.” (There is always room for one more)  (Mafa Proverb)

Signification: Il y a toujours de la place pour une personne de plus dans la maison. Il faut être hospitalier.

Source : Proverbe envoyé par Gabriel Slanwa, Coordinateur Régional MTN pour l’Ouest et le Nord Ouest, un Mafa du Cameroun.

Parallélisme biblique :

L’univers entier est encore sous le choc de la grande tragédie qui frappe de plein fouet Haïti depuis le violent séisme du 12 janvier 2010. De centaines de milliers de personnes ont péri sous les décombres des maisons et des édifices publiques. Les survivants sont torturés par la douleur, la faim, la soif et diverses autres formes de souffrance. Plus d’un million de personnes sont sans abri. Voilà un grand test de générosité, de solidarité  et d’hospitalité pour l’univers tout entier. Volons au secours de nos frères et sœurs haïtiens.

Juste avant le séisme, Gabriel Slanwa nous a envoyé le proverbe susmentionné où il est justement question d’hospitalité.   Dieu veut certainement attirer notre attention sur cette vertu très importante et qui tend à disparaitre dans notre monde rongé par le matérialisme et l’individualisme.

Dans la société traditionnelle Mafa, l’hospitalité est de rigueur. Même le plus pauvre membre de la société fait de son mieux pour loger et nourrir un parent, un ami, ou un hôte de passage, même étranger, sans s’attendre à quoi que ce soit en contrepartie. Il convient de noter que, dans ce contexte, les visiteurs n’annoncent pas leur arrivée. Parfois, leur nombre peut dépasser l’entendement des occidentaux. Cinq, Dix, vingt ou même plus de personnes peuvent débarquer à l’improviste et à une heure tardive et la culture Mafa exige qu’on leur offre de l’eau à boire, de la nourriture et un endroit où elles peuvent dormir. Quand nous étions enfant, nous avons surpris plusieurs fois notre mère au moment où elle entrait dans la cuisine au milieu de la nuit pour préparer de la nourriture à des visiteurs, mais jamais nous ne l’avons entendu murmurer. Pour elle, comme pour toute la société Mafa, c’est tout à fait normal d’exercer l’hospitalité même si ces visiteurs doivent rester pendant plusieurs semaines.

Il faudrait quand même reconnaitre tout de suite que certaines personnes ont abusé de cette hospitalité et  sont devenues des « parasites », des gens qui s’accrochent mordicus à l’hospitalité pour vivre aux dépens des autres.  Ceci est surtout perceptible dans les grandes villes. Jean-Jacques Rousseau pensait peut-être à des situations pareilles quand il a écrit « C’est l’affluence des hôtes qui détruit l’hospitalité. »  En réalité des abus existent. Ils doivent être dénoncés et réprimés car on ne saurait encourager indirectement la paresse et l’escroquerie sous le couvert de l’hospitalité.  Seulement, ces déviations ne cadrent pas avec la culture Mafa. En réalité, même si  les familles qui recevaient et hébergeaient les visiteurs n’exigeaient rien en retour, les visiteurs ne venaient pas les mains vides. Même quand une fille mariée rendait visite à ses parents, elle leur apportait toujours de la farine de mil (parfois enrichie) et un coq. En repartant, les parents lui donnaient du mil et parfois de la viande de chèvre. Ceux et celles qui prolongeaient leur séjour dans la famille participaient aux divers travaux qu’effectuaient les membres de la famille  hôte et ne se croisaient jamais les bras. Ainsi, il y avait une sorte de compensation volontaire qu’elle soit directe ou indirecte. Mais, même quand (dans des cas rares) cette compensation faisait défaut, la joie de rendre service dépassait toute récompense matérielle.  On comprend alors pourquoi l’hospitalité est restée d’actualité chez les Mafa et dans la quasi-totalité des groupes ethniques du continent africain, même au vingt-unième siècle.

Ce n’est que normal d’ailleurs, surtout quand on sait que l’hospitalité est conforme à la volonté de Dieu à l’égard de ses créatures.  Il est écrit dans Romains 12 :9-13 :

« L’amour ne sait pas mentir. Ayez donc le mal en horreur, attachez-vous de toutes vos forces au bien, notamment en ce qui concerne:
— l’amour fraternel: soyez pleins d’affection les uns pour les autres;
—l’estime mutuelle: faites passer les autres avant vous;
— l’ardeur: n’hésitez pas;
—l’Esprit: soyez bouillants;
—le Seigneur: soyez de bons serviteurs;
— l’espérance: qu’elle soit votre joie;
—l’épreuve: qu’elle vous trouve pleins d’endurance;
—la prière: qu’elle soutienne votre persévérance;
— les besoins de ceux qui appartiennent à Dieu: soyez-en solidaires, toujours prêts à pratiquer l’hospitalité. » (La Bible du Semeur)

Le texte de 1 Pierre 4 :9 ajoute une précision très importante sur la manière de pratiquer l’hospitalité : « Exercez l’hospitalité les uns envers les autres, sans vous plaindre. » (La Bible du semeur).  L’auteur de l’épitre aux Hébreux indique que celui ou celle qui exerce l’hospitalité peut même héberger des anges sans le savoir : « Ne négligez pas de pratiquer l’hospitalité. Car plusieurs, en l’exerçant, ont accueilli des anges sans le savoir. » (Hébreux 13 :2, La Bible du Semeur). Ce texte fait certainement allusion à Abraham qui a effectivement accueilli des anges (Genèse 18 :1-8). Lot a aussi fait la même expérience (Genèse 19 :1-11). En dehors de ces deux, la Bible cite en exemple de nombreuses personnes qui ont exercé l’hospitalité : le pharaon (Genèse 12 :16),  Abimélek (Genèse 20 :14-15), les Hittites (Genèse 23 :6-11), Laban (Genèse 24 :31 et 29 :13-14), Isaac (Genèse 26 :30), Joseph (Genèse 43 :31-34), Jéthro (Exode 2 :20), Rahab (Josué 2 :1-16), le vieillard de Guibea (Juges 19 :16-21), David (2 Samuel 9 :7-13), la veuve de Sarepta (1 Rois 17 :10-24), la Sunamite (2 Rois 4 :8), Elisée (2 Rois 6 :22), Job (Job 31 :32), Martha (Luc 1038 et Jean 12 :1-2), Zachée (Luc 19 :1-10), Simon le tanneur (Actes 10 :6-23), Lydie (Actes 16 :15), Onésiphore (2 Timothée 1 :16) et Gaius  (3 Jean 1 :5-8).  Cette liste est d’ailleurs loin d’être exhaustive ;  mais elle prouve à suffisance que riches et pauvres, hommes et femmes, étrangers et autochtones,  peuvent exercer l’hospitalité chacun dans la limite de ses possibilités. Par ailleurs, Dieu sait récompenser ceux qui exercent l’hospitalité. A cause de son hospitalité, la veuve de Sarepta a été bénie (1 Rois 17 :10-24). Rahab et tous les membres de sa famille ont eu la vie sauve pour la même raison (Josué 6 :17-25). Même le moindre geste fait avec une bonne disponibilité intérieure est pris en compte et sera tôt ou tard récompensé par le Seigneur (Marc 9 :37,41 ; Matthieu 25 :31-40).

Tout en agissant avec discernement, exerçons l’hospitalité. Faisons-le par amour et sans murmurer car c’est pour la gloire de Dieu et le bonheur de nos prochains.

© Copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

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