Posts Tagged ‘Mbardam’

UN TEMPS POUR RECOLTER

“Ngwar a gi kəda azbai.” (N’gèlègèdma mafahai)

 

« La saison sèche n’est pas égoïste. » (Proverbe Mafa)

 

« Dry season is not stingy. » (Mafa proverb)

 

Signification: Celui ou celle qui travaille bien pendant la saison pluvieuse peut espérer une bonne récolte en saison sèche.

 

Parallélisme biblique

 

Nous avons voulu profiter de notre séjour au Cameroun pendant cet été pour élargir notre recueil de proverbes du terroir. L’aventure n’était pas très fructueuse mais nous avons appris une excellente leçon : les proverbes se recueillent mieux en écoutant les gens parler dans leur langue. Aussi avons-nous beaucoup appris en écoutant les gens.

Un jour, nous étions en train de dialoguer avec un jeune professeur de lycée au sujet de son désir de poursuivre ses études doctorales à distance au sein de l’Université Francophone de Développement International et de son espoir de financer ses études avec le fruit de la vente de ses produits agricoles.  En parlant, il cita ce proverbe mafa : « La saison sèche n’est pas égoïste. » Il voulait traduire par là la confiance que Dieu bénira ses efforts et lui donnera de jouir des fruits de son dur labeur. 

En l’écoutant, les paroles de 1 Corinthiens 15 :58 me sont venues à l’esprit: « C’est pourquoi, mes chers frères, soyez fermes, ne vous laissez pas ébranler, travaillez sans relâche pour le Seigneur, sachant que la peine que vous vous donnez au service du Seigneur n’est jamais inutile.” (La Bible du Semeur). En effet Dieu n’est pas injuste pour oublier ce que nous faisons pour l’amour du prochain, l’avancement de son règne et la gloire son saint nom. Voilà pourquoi il est écrit dans Apocalypse 14:13: “Puis j’entendis une voix venant du ciel me dire: – Ecris: Heureux, dès à présent, ceux qui meurent unis au Seigneur. Oui, dit l’Esprit, car ils se reposent de toute la peine qu’ils ont prise, et ils seront récompensés pour leurs œuvres.” (La Bible du Semeur).

 

A la lumière de ces deux textes bibliques, le proverbe mafa m’a tout de suite fait penser à deux applications spirituelles :

1)  Nous devons travailler durement pendant notre pèlerinage terrestre. C’est notre saison pluvieuse. Nous n’avons qu’une seule vie sur cette terre et après la mort vient la saison sèche qui correspond à l’heure de la reddition des comptes, de la vraie moisson.

2)  Ceux et celles qui travaillent bien, et bâtissent leurs œuvres sur le solide fondement de la foi en Jésus-Christ, ne maqueront pas leurs récompenses. Cela devrait être suffisant pour nous encourager à persévérer dans l’œuvre du Seigneur même quand nous nous butons aux incompréhensions, à l’adversité,  au découragement, à l’ingratitude et même parfois à l’opposition de nos prochains, voire de nos plus proches collaborateurs.

Daigne le Seigneur nous accorder la sagesse et la force de semer abondamment et de travailler dans son champ avec diligence car une très belle moisson est en vue dans un contexte de joie éternelle!

 

© Copyright by Moussa Bongoyok, 2012

LE PERE COMME UNE OMBRE SOUS UN SOLEIL BRULANT

“Ko man bab ngaya n’hala’a ba , ka nzi a mèzhèba’a genè.” (n’gèlègèdma mafahai)

“Même quand ton père est vieux, tu peux quand même rester sous son ombre.” (Proverbe mafa)

“Even if your father is old, you can stay under his shadow.” (Mafa proverb)

Signification: Même à un âge avancé, un père joue un grand rôle dans la vie de ses enfants.

Parallélisme biblique

Ce proverbe mafa est riche en images fort significatives. Retenons-en trois. D’abord, le vocable « père » symbolise l’amour, l’autorité, la protection, l’ordre, la réconciliation, l’unité au sein de la famille pour ne citer que cela.  C’est avec cette image en vue qu’une femme Mafa appelle son mari « bab gi ga » (le père de ma maison). De même, le propriétaire d’un champ est appelé « bab gi dau » (le père du champ). L’autorité du père est célébrée mais elle n’a pas pour fonction d’écraser les autres membres de la famille. Elle se met plutôt au service des autres. C’est ainsi que dans la tradition mafa, par exemple, quand les filles mariées ont des problèmes conjugaux, elles se tournent volontiers vers leur père qui a alors la responsabilité de faire de son mieux pour que l’harmonie conjugale soit restaurée.

Ensuite, ce proverbe fait allusion au concept de la vieillesse. Comme dans toutes les cultures, la vieillesse vient avec ses faiblesses physiques et ses limitations. Mais, contrairement aux pratiques occidentales, en contexte mafa, les personnes âgées ne sont pas isolées dans des maisons de retraite ou des maisons de repos. Elles restent au sein de la famille et participent activement, autant que faire se peut, à la vie familiale et sociale. Elles sont respectées pour leur âge, synonyme d’honneur, d’expérience et de sagesse  supposée ou réelle. On comprend alors pourquoi, même vieux, les pères et grands pères ont du poids aux yeux du Mafa.

Enfin, la sagesse Mafa utilise l’image de l’ombre pour décrire le père. Ici, il convient de s’attarder un peu sur la rigueur du climat sahélien qui constitue leur cadre naturel de vie  pour mieux en cerner la profondeur. En effet, le climat sahélien est généralement sec du fait que la saison pluvieuse se limite à trois ou quatre mois. La végétation étant dans la désolation la plus totale pendant la longue saison sèche, surtout dans la période allant de Mars à Mai qui coïncide au « begdza » (période de grande chaleur), la chaleur est si brûlante dans la journée que la moindre ombre est accueillie avec une joie immense. Le vieux père est alors comparé à cette  ombre providentielle du fait qu’il procure un  grand soulagement psychologique, moral et social sous le soleil non moins brûlant des épreuves de la vie. Même à un âge avancé, il peut consoler, donner des directives, prodiguer des conseils, et être un agent efficace de réconciliation dans une tradition qui accorde une place de choix au respect des aînés.

Il est intéressant de constater que la Bible recommande d’honorer la personne du vieillard (Lev. 19 :32). Elle déclare également que ceux d’entre eux qui sont justes portent du fruit même dans leur vieillesse (Psaume 92 :14). Même quand ils sont vieux, ils peuvent encore manifester les qualités du père du fils prodigue de la parabole (Luc 15) qui était travailleur, attentif, humble, généreux, prêt à pardonner un fils cadet rebelle, prompt à apaiser un fils aîné jaloux dans un esprit de réconciliation, le tout dans un esprit d’amour sincère. Quelle joie de savoir que, même si nos pères biologiques n’ont pas toujours ces qualités, notre Père céleste est infiniment plus grand, plus bon et soucieux de notre bien être physique, moral, social, matériel, et spirituel.  Par-dessus tout, il nous aime d’un amour parfait. Reposons-nous donc joyeusement et paisiblement sous son ombre tous les jours de notre vie.

 

© Copyright by Moussa Bongoyok, 2012.

DIEU EST LE SOUTIEN ET LE DEFENSEUR DES FAIBLES

“Zhikle a zhè.” (n’gèlègèdma mafahai)

“Dieu existe.” (proverb Mafa)

« God exists. » (Mafa proverb)

Signification : Dieu est le soutien et le défenseur des faibles. Sa divine présence est agissante.

Parallélisme biblique

Les Mafa croient en l’existence du Dieu Suprême (Zhiklè). Ils croient aussi que Dieu intervient dans tous les détails de la vie humaine. Cette croyance est perceptible dans leur vie quotidienne. Il est extrêmement rare qu’ils passent une journée entière sans faire allusion à Dieu dans leurs conversations. Le proverbe susmentionné est souvent cité quand quelqu’un échappe miraculeusement à un accident mortel, obtient un bon résultat contre toute espérance, ou survit dans des circonstances particulièrement adverses.  Il est aussi mentionné face à une injustice criante où la loi du plus fort écrase les faibles. Il est enfin évoqué pour encourager ceux qui ont perdu de proches parents, des tuteurs, ou des encadreurs et qui sont complètement abattus, déboussolés. Le proverbe vient alors pour affirmer que la présence de Dieu est agissante. Dieu n’est pas insensible à la souffrance de ses créatures. Il sait intervenir en temps opportun pour soutenir, secourir, réconforter, guider, défendre,  garder et bénir selon l’immensité de sa bonté et de sa puissance.  

En d’autres termes, quand les biens matériels nous font défaut et nos semblables ne nous apportent pas le secours tant attendu en temps opportun, il ne faut pas désespérer. Dieu est vivant et il demeure le secours ultime.

Le proverbe Mafa rappelle de nombreux enseignements bibliques.  Entre autres, la Bible enseigne que Dieu est le père des orphelins, le défenseur des veuves, le protecteur des étrangers, (Exode 22 :23 ; Deutéronome  10 :18 ; Psaume 10 :14, 146 :9 ; Jérémie 49 :11). N’est-ce pas merveilleux d’avoir Dieu pour protecteur ? Il est en mesure de faire fleurir un désert et de  dessécher un océan en un clin d’œil. Il a le pouvoir d’éteindre le feu le plus dévastateur et d’attendrir les cœurs les plus endurcis. Il est capable de changer la condition des opprimés et de les délivrer de leurs oppresseurs quelle que soit la condition dans laquelle ils se trouvent présentement. Rien ne lui est impossible, conformément à l’enseignement des Saintes Ecritures (Genèse 18 :14 ; 2 Rois 3 :18 ; Jérémie 32 :17 ; Matthieu 19 :26 ; Luc 1 :37).

Le Dieu Créateur sait être la force des faibles, l’espoir des désespérés, la voix des sans-voix, et la joie des malheureux. Il est celui dont parle le Psaume 145 :14-19 en des termes combien édifiants : « L’Eternel est le soutien de tous ceux qui tombent, il relève tous ceux qui fléchissent. Les regards de tous sont tournés vers toi: tous attendent que tu donnes à chacun sa nourriture au moment voulu. Tu ouvres ta main et tu combles les désirs de tout ce qui vit. L’Eternel est juste dans tous ses desseins, il est plein d’amour dans tout ce qu’il fait. L’Eternel est proche de ceux qui l’appellent, de tous ceux qui sont sincères lorsqu’ils font appel à lui. » (La Bible du Semeur).

Face aux épreuves, aux déceptions, et aux nombreux sujets de découragement dans la vie, ne perdons pas de vue que même si nul ne s’intéresse à nous et ne vole à notre secours, Dieu est vivant. Que sa divine et agissante présence nous réconforte et nous donne le courage de relever la tête et de nous battre pour un lendemain meilleur en nous appuyant sur l’Eternel!

© Copyright, Moussa Bongoyok, 2011.

NON AU MENSONGE

“Ta kǝda ndo ncèkelma di a gèd a midè.” (N’gèlègèdma mafahai)

“On tue le menteur avant le sorcier.” (Proverbe mafa)

« People kill the liar before the sorcerer. » (Mafa proverb)

Signification: Le mensonge peut avoir des conséquences plus désastreuses qu’on ne le pense.

Parallélisme biblique

Dans la culture Mafa, les membres de la société sont classés en deux groupes : les non sorciers et les sorciers. Celui ou celle qui n’est pas sorcier/sorcière (mblèzh) n’a aucun pouvoir surnaturel tandis que le sorcier ou la sorcière  (midè) en a et se sert souvent de forces occultes pour faire du mal aux autres. Quoique cela ne soit pas toujours justifié et que tous ceux qu’on traite de sorciers ne le soient pas nécessairement, on les accuse souvent d’être à l’origine des échecs, des maladies, des épidémies, des catastrophes naturelles, des décès et de bien d’autres maux dans la société. On comprend pourquoi les sorciers sont redoutés et haïs. Ils sont manifestement sous l’influence de Satan et des puissances ténébreuses.

Mais, curieusement, notre proverbe affirme qu’on tue le menteur avant le sorcier. A priori, on pourrait rapidement expliquer cela par le fait qu’il est plus facile de vérifier un mensonge qu’une accusation de sorcellerie. C’est vrai, mais le proverbe a un sens plus profond. Les Mafa veulent dire que, quoique la sorcellerie soit dangereuse, le mensonge l’est davantage. Il convient donc d’éviter de mentir.

Le mensonge se glisse facilement dans nos conversations. Parfois il parait aussi négligeable et inoffensif qu’un bébé panthère. Seulement, il peut rapidement grandir et devenir un monstre indomptable causant des ravages indescriptibles. Jouer avec le mensonge, c’est donc jouer avec le feu. On comprend alors pourquoi la Bible condamne le mensonge en de nombreux endroits. L’un des dix commandements stipule : « Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. » (Exode 20 :16, La Bible du Semeur). Le Seigneur a en abomination le mensonge (Psaume 5 :7). Le texte de Proverbes 12 :22 abonde dans le même sens en précisant que «Les lèvres menteuses sont en horreur à l’Eternel, mais ceux qui sont véridiques lui font plaisir. » (La Bible du Semeur). Dieu est lumière et vérité. Le mensonge est donc contraire à sa nature. C’est plutôt Satan qui est le Père du mensonge (Jean 8 :44). Il est alors facile de comprendre pourquoi ceux qui aiment et pratiquent le mensonge ne seront pas dans son royaume : « Mais dehors les hommes ignobles, ceux qui pratiquent la magie, les débauchés, les meurtriers, ceux qui adorent des idoles et tous ceux qui aiment et pratiquent le mensonge. » (Apocalypse 22 :15, La Bible du Semeur). Ne soyons donc pas du nombre de ceux qui qui prennent plaisir à mentir. Au contraire, écoutons la voix du Seigneur qui déclare : « C’est pourquoi, débarrassés du mensonge, que chacun de vous dise la vérité à son prochain. Ne sommes-nous pas membres les uns des autres? » (Ephésiens 4 :25, La Bible du Semeur). Nous retrouvons un message semblable dans la première épitre de Paul aux Colossiens où nous lisons : « Ne vous mentez pas les uns aux autres, car vous vous êtes dépouillés de l’homme que vous étiez autrefois avec tous ses agissements et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau. Celui-ci se renouvelle pour être l’image de son Créateur afin de parvenir à la pleine connaissance. » (Colossiens 3 :9-10, La Bible du Semeur). Nous avons tous failli d’une manière ou d’une autre. Que faire ? La Bible nous propose deux voies : repentance et renonciation.

La repentance s’impose d’abord. Il ne sert à rien de justifier un mensonge, car cela équivaudrait à s’enfoncer davantage dans la boue du péché. Il vaut mieux reconnaître humblement son péché et implorer le pardon des personnes offensées aussi bien que celui du Seigneur. En effet, « Si nous reconnaissons nos péchés, il est fidèle et juste et, par conséquent, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de tout le mal que nous avons commis. » (1 Jean 1 :8, La Bible du Semeur). Toutefois, ne perdons pas de vue qu’une confession sincère est suivie de réparation. Le cas de Zachée est éloquent (Luc 19 :1-10) et peut nous servir de source d’inspiration. Une confession. Dans certain cas, une simple confession peut être satisfaisante. Dans d’autres, une réparation en  bonne et due  forme s’impose pour restituer l’honneur des personnes faussement accusées et redresser ce qui peut l’être. Cela nécessite beaucoup d’humilité, de courage et de sagesse mais le résultat est souvent très honorable. Pour certains cas délicats, le conseil d’un serviteur de Dieu – qui craint Dieu et sait agir dans la discrétion – est vivement recommandé.

Ensuite vient la renonciation. Quand Jésus a pardonné à la femme surprise en flagrant délit d’adultère, il lui a dit : « Va, mais désormais, ne pèche plus» (Jean 8 :11). Le même conseil est valable après la confession du mensonge et l’obtention du pardon de Dieu et des personnes offensées. Concrètement, cela peut aller jusqu’à de profond changements dans le choix de ses amis intimes, des lieux qu’on fréquente, des causeries auxquelles l’on participe, etc. Il convient de fuir les personnes ou les situations qui poussent souvent à mentir et de passer plutôt  le gros de  temps avec des amis qui aiment Dieu et qui se livrent à des causeries saines.

Choisir de vivre dans la crainte de Dieu et de pratiquer la vérité (en public comme en privé) n’est pas forcément la décision la plus populaire dans un monde qui aime de moins en moins la vérité, mais c’est la voie de la sagesse.  Le mensonge détruit tout sur son passage. Des individus, des familles, des églises locales, des communautés, voire des pays entiers ont été ruinés par le mensonge. Ne continuons pas à alimenter son feu destructeur en y jetant plus de bois de paroles mensongères. Renonçons à la vie de mensonge et marchons dans la vérité. Cela nous guérira, et fera du bien à nos familles, à nos églises, et à nos pays. Par-dessus-tout, la vérité honore notre Dieu. Daigne le Seigneur nous accorder la grâce et le courage de  renoncer au mensonge sous toutes ses formes et le pourvoir de nous engager résolument sur la voie de la vérité selon la sagesse qu’il lui plaira de nous accorder tant au plan religieux, politique, économique, et  social! Amen.

© Copyright, Mousa Bongyok, 2011.

LE TEMPS PASSE, ON PASSE AVEC LUI

“Nga a gaba.” (N’gèlègèdma mafahai)

 « Nous sommes sous l’arbre à palabres » (proverbe mafa 

“We are under the palaver tree.” (Mafa proverb)

Signification: Nous ne sommes que de passage sur la terre.

 Parallélisme biblique

L’arbre à palabres est célèbre dans de nombreuses cultures sahéliennes. C’est un arbre sous lequel les notables de village se réunissent pour échanger des idées, discuter, juger, ou se pencher sur divers problèmes de la vie en société. C’est aussi un lieu de rassemblement. Chaque village mafa a son arbre à palabres sous lequel se trouve souvent grand un roc sur lequel les gens peuvent s’asseoir sans se salir.

 L’arbre à palabres est plein de symboles dans la société mafa. Tout y passe : les nouvelles, les plaintes, les joies, les peines, les conflits, la réconciliation, les médisances, le rétablissement de la vérité, la politique,  l’éducation, les stratégies, les contes, les proverbes, la religion, la philosophie, l’économie, le mysticisme, les rêves, l’organisation des travaux champêtres,  les projets, bref tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la vie du village. Mais, au-delà de tous ces symboles,  l’arbre à palabres représente la précarité de la vie sur la terre. En effet, l’arbre à palabres ne rassemble les gens que pour un temps bien limité. Après les réunions, chacun rentre chez soi pour un sommeil bien mérité en vue de mieux affronter les durs labeurs du lendemain si Dieu permet qu’on y arrive. Nombreux sont ceux qui sont partis d’un petit sommeil à un sommeil et chacun attend son tour. Face à cette réalité existentielle, les Mafa affirment, sur une note philosophique assez profonde que nous (les êtres humains) sommes sous l’arbre à palabres. Nous ne sommes que des étrangers sur cette terre. La mort nous attend à tout moment. Il est alors aisé de comprendre pourquoi c’est l’un des premiers proverbes que les Mafa citent pour évoquer un décès dans la communauté.

 En cette fin d’année où nous sommes souvent surpris par la rapidité avec laquelle les mois se sont écoulés il nous arrive parfois de dire tout haut : « comme le temps passe si vite ! » Mais, n’oublions pas  que ce n’est pas seulement le temps qui passe. Nous passons aussi avec lui. L’écrivain français Paul-Jean Toulet (1867-1920) exprime cela en des termes qui n’ont pas perdu leur éloquence après près d’un siècle : « Le temps passe. Ah, si on pouvait le regarder passer. Mais hélas, on passe avec lui. ». Au-delà du temps qui passe, c’est donc nous qui passons.

 C’est justement ce que nous rappelle de nombreux textes bibliques. Retenons-en un, l’un des plus vieux psaumes de la Bible, attribué à Moise l’homme de Dieu :

  1 Prière de Moïse, l’homme de Dieu.
      O Seigneur, d’âge en âge
      tu as été notre refuge.

    2 Avant que soient nées les montagnes,
      et que tu aies créé la terre et l’univers,
      de toute éternité et pour l’éternité, toi, tu es Dieu.

   
    3 Tu fais retourner l’homme à la poussière,
      et tu dis aux humains: «Retournez-y!»

     4 Car mille ans, à tes yeux,
      sont comme le jour d’hier qui est déjà passé,
      comme une seule veille au milieu de la nuit.

        5 Tu balaies les humains comme un peu de sommeil qui s’efface à l’aurore.
      Ils sont pareils à l’herbe

    6 qui fleurit le matin, qui passe
      et qui, le soir, se fane et se flétrit.

    7 Nous sommes consumés par ta colère,
      ta fureur nous effraie:

    8 tu as mis devant toi tous nos péchés,
      et tu mets en lumière tout ce qui est caché.

    9 Tous nos jours disparaissent par ta colère,
      et nos années s’effacent comme un murmure…

      10 Le temps de notre vie? C’est soixante-dix ans,
      au mieux: quatre-vingts ans pour les plus vigoureux;
      et leur agitation n’est que peine et misère.
      Car le temps passe vite et nous nous envolons.

     11 Qui peut connaître l’intensité de ta colère,
      qui te respecte assez pour tenir compte de ton courroux?

        12 Apprends-nous donc à bien compter nos jours,
      afin que notre cœur acquière la sagesse!

(Psaume 90 :1-12, La Bible du Semeur)

Daigne le Seigneur nous accorder la sagesse de bien compter nos jours de nous rappeler chaque jour que nous ne sommes que sous l’arbre à palabres de la condition humaine. Daigne le Dieu unique, saint, et juste nous aider à comprendre que nous pouvons quitter cette terre à tout moment et que nous avons intérêt à la quitter quand nous sommes en bons termes avec lui. En cette fin d’année, examinons-nous. Faisons la paix avec Dieu et avec nos prochains. Et surtout, engageons-nous à vivre chaque jour de telle sorte que, même si c’était la fin de notre pèlerinage terrestre, nous partions avec la ferme assurance que notre vie et dans les tendres bras du Bon Berger avec qui nous passerons l’éternité dans un bonheur parfait. C’est aujourd’hui qu’il faut se repentir et confier la direction totale de sa vie au Seigneur Jésus-Christ. C’est aujourd’hui qu’il faut demander pardon à ceux qui ont été offensés.  C’est aujourd’hui qu’il faut honorer Dieu. C’est aujourd’hui qu’il faut aimer le prochain comme soi-même. C’est aujourd’hui qu’il faut pratiquer des œuvres dignes de la repentance. Demain peut être trop tard car nous ne savons pas si nous le verrons et il serait irresponsable de prendre un si grand risque avec son avenir éternel. Or, la Bible déclare que «le sort de tout homme est de mourir une seule fois – après quoi il est jugé par Dieu. » (Hébreux 9 :27, La Bible du semeur). Soyons donc sages et sachons nous rendre à l’évidence que ce n’est pas seulement le temps qui passe mais que c’est aussi nous qui passons car la vie sur terre n’est qu’une éphémère réunion sous un arbre à palabres. « Nga a gaba ! »   

© Copyright by Moussa Bongoyok, 2010.

ECOUTER LES AUTRES

“Maya a n’za a gèd ndo staɗ genè kabai.” ( N’gèlèdma mafahai)

« La sagesse ne demeure pas dans la tête d’une seule personne. » (proverbe mafa)

“Wisdom does not dwell in the head of one person. » (Mafa Proverb)

Signification: Il faut savoir écouter les autres et demander conseil.

Parallélisme biblique

La société traditionnelle mafa est organisée d’une manière très intéressante. La structure est assez dynamique pour favoriser des  décisions communes et favoriser la solidarité. C’est ainsi que l’alternance entre la saison du dau-dau a gèɗ (littéralement « vrai mil », sorgho jaunâtre) du n’temas (mil à chandelle, millet pénicillaire, ou petit mil) est pratiquement respectée de tous. La fête des taureaux (maray) est célébrée selon des règles préétablies depuis de nombreuses  générations. Le calendrier des festivités et des grands travaux agricoles est observé même si avec l’avènement de l’islam et du christianisme il y a eu quelques petites modifications.  Quand un mafa est frappé par un malheur, toute la communauté sympathise avec la personne éprouvée. Les grands succès font aussi  l’objet d’une réjouissance populaire. Quand une maison brûle, tous apportent leur assistance pour éteindre le feu. Ceux qui ont de la peine à terminer la culture de leurs champs peuvent inviter les autres membres de la communauté à leur porter secours (wuza) sans leur proposer un salaire. Ils offrent tout simplement à manger aux personnes qui répondent à l’invitation et se rendent disponibles pour apporter aussi un coup de main aux autres en temps opportun.

La particularité de la société traditionnelle mafa est que, dans ce contexte où la solidarité est indéniable, chacun conserve une large marge de liberté, d’indépendance. En cela, Jean-Yves Martin a vu juste quand il a écrit : « Le système social combine à la fois rigidité et souplesse. » Les Matakam du Cameroun (Paris : ORSTOM, 1970) p. 196. Cette souplesse permet au Mafa d’organiser sa vie sans grande pression au niveau familial ou communautaire et avec une aisance qui n’a rien à envier aux sociétés occidentales. Seulement, le danger de basculer dans un individualisme débilitant   est omniprésent, d’où l’interpellation de notre proverbe : « La sagesse ne demeure pas dans la tête d’une seule personne. » L’être humain, si intelligent et cultivé soit-il, a besoin des autres. Personne ne peut se vanter de tout connaitre ou d’être suffisamment sage.

Dans la Bible, Dieu lui-même nous montre l’importance des conseillers. Il est écrit dans Proverbes 15 :22 : « Quand on ne consulte personne, les projets échouent, mais lorsqu’il y a beaucoup de conseillers, ils se réalisent. » (La Bible du Semeur). Il est donc sage de consulter d’autres personnes avant de prendre une décision importante ou de lancer un projet.

Même quand on est célèbre et respecté de tous, il faut se garder de fermer les oreilles aux remarques ou aux propositions des autres, si modestes soient-elles. Moïse était un grand prophète. Il avait l’approbation de Dieu et le respect de ses compatriotes. Toutefois, quand Jéthro, son beau-père, lui a fait des reproches sur son style de leadership et lui a proposé un autre style, il n’a pas balayé du revers de la main ses propositions. Il les a mis en pratique et cela a été une grande bénédiction tant pour Moïse que pour la communauté (Exode 18.21-23).  Ceci est un exemple à suivre pour les leaders chrétiens d’aujourd’hui.

Face à la délicate relation entre les pagano-chrétiens et les judéo-chrétiens, la première communauté chrétienne a eu la brillante idée de convoquer un concile à Jérusalem (voir Actes 15). Ce concile a permis de trancher le débat avec une sagesse évidente.   Quand plusieurs personnes invoquent la sagesse divine et se penchent sur un problème, la solution est plus facile à trouver.

Dieu nous a donné des dons différents. Il a aussi mis une mesure de sagesse en chacun. Sachons écouter les autres. Bien entendu, faisons preuve de discernement et  examinons tout conseil à la lumière des Saintes Écritures. Car, faut-il le souligner, Dieu demeure le meilleur conseiller. C’est lui  qui a dit : «Je vais t’instruire et t’indiquer le chemin que tu devras emprunter. Je serai ton conseiller, mes yeux veilleront sur toi.» (Psaume 32 :8).

En somme, ne nous replions jamais sur nous-mêmes car, comme l’ont si bien dit les Mafa, « La sagesse ne demeure pas dans la tête d’une seule personne. ». Sachons demander conseil aux autres. Sachons examiner les critiques, les remarques, et les propositions des gens que Dieu place sur notre chemin à la lumière de la Bible. Que Dieu nous vienne en aide !

(c) Copyright, Moussa Bongoyok, 2010

CONSEILS ET CONSEILLERS

« Ndo a da nzi auda genè a n’da ngredakinè maya ɗè ? » (N’gèlègèdma mafahai)

« Est-ce que les gens vont toujours rester dehors pour vous apprendre à être sages ? » (Proverbe mafa)

« Will people always remain outside in order to teach you to be wise? » (Mafa proverb)

Signification: Il faut apprendre à être sage pour être une personne prompte à réagir face aux situations délicates. Les bons conseillers ne seront pas toujours disponibles.


Source
: Proverbe envoyé par  Hodekwem Keufkeuf Richard, missionnaire (Cameroun).


Parallélisme biblique

Les parents Mafa ne se contentent pas de donner des conseils à leurs enfants.  Ils veulent les amener à intérioriser les conseils et à s’en servir en temps opportun sans qu’on ait besoin de les répéter. Mieux encore, ils veulent les amener à développer une philosophie de la vie qui les guidera vers de bonnes décisions même si personne n’est autour d’eux pour les orienter. C’est ainsi qu’ils ne cachent pas leur mécontentement quand un enfant oublie les conseils, commet toujours les mêmes erreurs, ou retombe souvent dans les mêmes pièges. Devant une telle situation, il n’est pas rare de les entendre  dire avec indignation: « Est-ce que les gens vont toujours rester dehors pour vous apprendre à être sages ? » Sous-entendu, est-ce que les parents seront toujours vivants pour vous donner des conseils ou pour vous guider sur la voie de la sagesse ?

En réalité, ce proverbe couvre des dimensions plus profondes. Il renferme des concepts eschatologiques intéressants et frôle un peu le lien entre la vie sur terre et l’au-delà dans la religion traditionnelle mafa. Le cadre actuel de notre réflexion ne nous permet pas d’approfondir l’étude de ces aspects. Nous allons donc nous limiter à la leçon principale que nous pouvons tirer de notre proverbe. Notamment, les parents Mafa attirent l’attention leur progéniture sur le fait que les conseillers ne seront pas présents dans toutes les circonstances de la vie. En outre, certaines circonstances exigent une décision rapide. Il faudrait donc que les enfants retiennent les conseils des parents, des amis, ou des encadreurs, et apprennent à s’en servir en temps opportun. Ainsi, même quand les conseillers ne seront plus disponibles, ils sauront naviguer avec succès dans l’océan de la vie.

N’importe quel parent responsable souhaite que sa progéniture se conduise avec sagesse et mette en pratique les bons conseils reçus. L’un des chapitres de la Bible qui peint un beau tableau d’une descendance idéale est Jérémie 35 :1-19. Ce chapitre décrit comment le clan des Rékabites a pris au sérieux le conseil donné par leur ancêtre Yonadab, fils de Rékab.  En effet, ce dernier avait donné le conseil suivant à ses enfants : «Vous ne boirez jamais de vin, ni vous, ni vos descendants, à perpétuité. Vous ne construirez pas de maisons, vous ne cultiverez pas la terre, vous ne planterez pas de vignes et vous ne posséderez rien de cela; pendant toute votre vie, vous habiterez sous des tentes, afin que vous viviez longtemps sur la terre où vous n’êtes que des étrangers.» (Jérémie 34 :6b-7, La Bible du Semeur). Ses descendants ont appliqué ce conseil à la lettre au point où, même quand le prophète Jérémie testa leur fidélité en leur offrant du vin, ils déclinèrent fermement l’offre. Ils ne voulaient en aucun cas se détourner de la voie tracée par leur ancêtre. On comprend alors pourquoi Dieu les cita en exemple (vv. 12-17) et les bénit (vv.18-19).

Bien entendu, en tant que chrétiens, nous devons toujours examiner les conseils que nous recevons à la lumière des Saintes Ecritures. Tous les conseils de parents ou des aînés ne sont pas nécessairement bons. Mais, les bons conseils doivent être mis en pratique et communiqués aux générations suivantes. Les recommandations du Seigneur méritent encore davantage d’attention. Le Seigneur veut que nous mettions en pratique tout ce qu’il nous a prescrit (Matthieu 28 :20). Et, pour que nous n’oubliions pas ses commandements, il a mis en nous le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit nous aide, nous rappelle les saintes instructions, et nous donne la force de les mettre en pratique (Jean 14 :15-30 ; 16 :5-15 ; et Ephésiens 3 :16). Daigne le Seigneur nous accorder la force et la sagesse de prendre très au sérieux ses conseils et d’en tenir compte dans toutes les circonstances de notre pèlerinage terrestre !


© Copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

ETHIQUE DU TRAVAIL

“N’kurèce hwad na ausa ara wuda wa ?” (N’gèlègedma mafahai)

« Qui déchire son ventre comme le grillon? » (Proverbe mafa)

“Who torns his or her belly like the cricket?” (Mafa proverb)

Signification: Il ne faut jamais négliger la source de sa subsistance.


Parallélisme biblique

L’un de nos meilleurs souvenirs d’enfance est la « chasse aux grillons » dans les champs. Cette chasse intervenait généralement au mois d’août. C’était l’occasion pour nous de démontrer aux adultes que les enfants sont aussi capables de braver la nuit noire, les scorpions, les serpents et bien d’autres dangers. Armés de lampes torches et de houe, il ne nous restait plus qu’a être attentifs aux chants des grillons qui nous orientaient vers la bonne direction.  Nous nous servions alors des lampes torches pour aveugler ces insectes et de houes pour creuser les trous où ils se réfugiaient. Nous revenions rarement bredouilles.

Ici, notre proverbe parle aussi du grillon mais sous un autre angle. Le but est d’attirer l’attention des gens qui sont négligents sur le danger qu’ils courent quand ils prennent à la légère la source de leur subsistance. Ce proverbe est plus profond que ce que d’aucuns appelleraient « la politique du ventre ».  Il touche à l’attitude envers les bienfaiteurs et les patrons. Il se rapporte également à l’éthique du travail et au danger de la négligence.  Nous ne sommes donc pas loin de Proverbes 27 :18 où il est écrit : « Qui soigne son figuier jouira de ses fruits, et qui prend soin de son maître sera honoré. » (La Bible du Semeur).

Dans l’esprit de ce proverbe, un travailleur sage ne saurait donc s’amuser à faire son travail à la légère ou à  manquer de respect envers son patron ou sa patronne. La Bible semble même élever particulièrement la barre de l’éthique du travail pour les chrétiens. C’est ainsi que nous lisons : « Vous, esclaves obéissez à vos maîtres terrestres avec crainte et respect, avec droiture de cœur, et cela par égard pour le Christ. N’accomplissez pas votre tâche seulement quand on vous surveille, comme s’il s’agissait de plaire à des hommes, mais agissez comme des esclaves du Christ, qui accomplissent la volonté de Dieu de tout leur cœur. Faites votre travail de bon gré, et cela par égard pour le Seigneur, et non par égard pour les hommes. Car vous savez que chacun, qu’il soit esclave ou libre, recevra ce qui lui revient selon le bien qu’il aura fait.» (Ephésiens 6 :5-8 (La Bible du Semeur).  Le texte de Colossiens 3 :22-24 abonde dans le même sens: « Esclaves obéissez en tous points à vos maîtres terrestres, et pas seulement quand on vous surveille, comme s’il s’agissait de plaire à des hommes, mais de bon gré, parce que vous révérez le Seigneur. Quel que soit votre travail, faites-le de tout votre cœur, et cela par égard pour le Seigneur et non par égard pour des hommes. Car vous savez que vous recevrez du Seigneur, comme récompense, l’héritage qu’il réserve au peuple de Dieu. Le Maître que vous servez, c’est le Christ.» (La Bible du Semeur).

Bien que l’époque d’esclavage soit révolue, les principes qui se dégagent de ces textes restent valables.  Si tous les employés les appliquaient, et si les employeurs agissaient conformément aux recommandations bibliques relatives à la bonté envers les ouvriers et à la rétribution équitable (pour ne citer que ces deux aspects, Cf. Ephésiens 6 :9 ; Colossiens 4 :1), le monde de travail serait beaucoup plus agréable.

Dans le domaine spirituel, quelle que soit notre position au sein de l’église, nous sommes tous des ouvriers du Seigneur.  Le texte de 1 Pierre 2 :9-10 l’exprime clairement: « Mais vous, vous êtes une race élue, une communauté de rois-prêtres, une nation sainte, un peuple que Dieu a libéré pour que vous célébriez bien haut les œuvres merveilleuses de celui qui vous a appelés à passer des ténèbres à son admirable lumière. Car vous qui autrefois n’étiez pas son peuple, vous êtes maintenant le peuple de Dieu. Vous qui n’étiez pas au bénéfice de la grâce de Dieu, vous êtes à présent l’objet de sa grâce. » (La Bible du Semeur). En tant qu’ouvriers du Seigneur gardons-nous de faire négligemment notre travail avec tout ce que cela comporte comme conséquences. Soyons plutôt du nombre de ceux qui sont fidèles et seront félicités au retour du Christ (cf. Matthieu 24 :45-51).

Dans la vie courante comme dans le monde spirituel, la négligence est désastreuse.  Un homme ou une femme sage doit savoir éviter le chemin de la négligence et emprunter celui de la vigilance, surtout quand sa subsistance et sa récompense céleste sont en jeu.

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RESPONSABILITES CONJUGALES

“Ngwoz a m’pèslè zlè’èn marigola.” (N’gèlègèdma mafahai)

« C’est la femme qui casse la dent du jeune homme. » (Proverbe mafa)

“It is the wife that breaks the tooth of the young man.” (Mafa proverb)


Signification: En se mariant, le jeune homme devient responsable.


Parallélisme biblique

La période de l’adolescence est redoutée dans presque  toutes les cultures. La transition entre l’enfance et l’âge adulte avec sa grande  «tempête développementale» est souvent une pilule dure à avaler pour les parents. Un jour, nous étions en train de parler de cette saison de la vie humaine avec des parents Mafa quand l’un d’entre eux cita le proverbe  susmentionné. Ici, la sagesse Mafa fait recours à l’image de la dent qui déchire pour traduire la violence des relations tumultueuse entre les adolescents, les parents et d’autres membres de la communauté. La femme est présentée comme seule personne capable de  briser l’élan fougueux de l’adolescent.

En effet, dans la société traditionnelle Mafa, les jeunes se marient généralement très tôt. Les jeunes garçons se marient souvent vers la fin de l’adolescence et le début de la période de post-adolescence. Les filles se marient même un peu plus tôt. On comprend alors pourquoi certains couples peuvent avoir jusqu’à douze enfants (issus d’un même père et d’une même mère).

En se mariant tôt, le jeune homme cesse souvent de mener une vie de désordre, devient plus calme, plus posé et responsable que ses amis restés célibataires. L’amour pour son épouse et le devoir de prendre soin d’elle ainsi que des enfants qui pourraient éventuellement commencer à élargir la famille dès les premières années de la vie commune amènent le jeune homme à changer radicalement de style de vie.  C’est donc dans un sens positif que le proverbe Mafa parle de la femme qui casse la dent du jeune homme. L’idée qui est véhiculée par ce proverbe est qu’en se mariant, le jeune homme devient responsable.

Bien entendu, le mariage précoce a aussi ses inconvénients et il convient de calculer le prix avant de se lancer dans la vie conjugale. D’ailleurs, le proverbe que nous analysons n’a pas pour objectif d’encourager le mariage précoce.  Il enseigne plutôt que le mariage n’est pas un jeu. Celui ou celle qui se marie doit savoir que le mariage vient avec son paquet de responsabilités.  La Bible en parle. A la lumière d’Ephésiens 5 :22-33, Colossiens 3 :18-19 et 1Pierre 3 :1-7,  l’homme a la responsabilité de diriger le foyer, d’aimer sa femme comme Christ a aimé l’Eglise, et de prendre soin d’elle. La femme a aussi la responsabilité d’aimer son mari et de se soumettre à lui. Les deux ont le devoir de se respecter mutuellement  (Ephésiens 5 :33), de se satisfaire mutuellement au plan intime (1 Corinthiens 7 :1-5), d’éduquer leurs enfants dans la crainte du Seigneur (Ephésiens 6 :4), d’honorer le mariage et d’exempter le lit conjugal de toute souillure (Hébreux 13 :4).

Sans perdre de vue le fait que les mariés peuvent aussi servir efficacement le Seigneur (l’apôtre Pierre et de nombreux serviteurs et servantes du Seigneur  étaient mariés),  la Bible attire notre attention sur le fait qu’en dehors des intérêts du royaume ceux qui sont mariés ont d’autres obligations tout à fait légitimes: « C’est pourquoi je voudrais vous savoir libres de toute préoccupation. Celui qui n’est pas marié se préoccupe des intérêts du Seigneur. Son seul souci est de lui plaire. Celui qui est marié s’occupe des affaires de ce monde, pour plaire à sa femme; et le voilà tiraillé de part et d’autre. De même la veuve et la jeune fille n’ont pas d’autre souci que les intérêts du Seigneur, pas d’autre désir que de se dévouer à lui corps et esprit. La femme mariée, elle, se préoccupe des affaires de ce monde, pour plaire à son mari. » (1 Corinthiens 7 :32-34, La Bible du Semeur). Ceux qui sont mariés et engagés dans le ministère doivent donc éviter de vivre comme s’ils étaient célibataires. Tout en cherchant premièrement le royaume de Dieu et sa justice (Matthieu 6 :33), ils ne doivent en aucun cas négliger leurs foyers. Assumer ses responsabilités familiales est un acte si important aux yeux de Dieu que l’Ecriture va jusqu’à dire : « Si quelqu’un ne prend pas soin des siens, en particulier des membres de sa famille, il a renié la foi et il est pire qu’un incroyant. » (1 Timothée 5 :8, La Bible du Semeur). Il est vrai que le contexte immédiat de ce verset parle des responsabilités matérielles vis-à-vis des parents, mais le principe biblique qu’on en dégage a une portée beaucoup plus grande et peut englober les soins physiques et spirituels pour tous les membres de la famille.

En somme, Dieu veut que le marié ou la mariée assume toutes ses responsabilités vis-à-vis de l’âme sœur et des autres membres de la famille. Nous ne devons donc en aucun cas prendre le mariage à la légère. Les mariés ont plutôt intérêt à implorer la grâce de Dieu afin d’assumer les responsabilités conjugales de la manière la plus honorable possible.

© copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

NON A L’OISIVETE

“Nzi ambali a gi mè?” (N’gèlègèdma mafahai)

“A quoi sert-il d’être inactif?” (Proverbe mafa)

“What is the point of being inactive?” (Mafa proverb)

Signification: Au lieu de rester inactif, il vaut mieux exercer une activité. Une activité, même peu attrayante ou non lucrative, permet de maintenir sa dignité. Par contre, l’oisiveté avilit l’être humain.

Parallélisme biblique

Les Mafa ont une éthique du travail particulièrement  solide. Ils ont plusieurs proverbes qui encouragent l’ardeur au travail et condamnent la paresse. Par ailleurs, dans la société traditionnelle Mafa, même les vieillards et les personnes handicapées participent aux divers travaux d’une manière ou d’une autre. Dans ce contexte, il est inconcevable qu’une personne valide et en bonne santé soit oisive. Le proverbe sur lequel nous réfléchissons aujourd’hui est souvent cité pour encourager ceux et celles qui se sentent gênés par  le type d’activité qu’ils mènent pour leur survie. Cela nous fait penser à l’érudit français M. Le Roux de Lincy (1806-1869) qui disait  à juste titre : « Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens. »

L’idée que véhicule le proverbe  mafa est que, comparativement à l’oisiveté, l’activité est noble. Avec une pointe d’humour et de paradoxe Potom Ndouva, le célèbre animateur du programme en langue Mafa sur les antennes de Radio Maroua (Extrême-Nord Cameroun), est allé jusqu’à que « celui ou celle qui achète un article à trente francs et le revend à vingt francs fait bien ». Bien entendu, dans l’esprit du proverbe Mafa, ce qui louable ici n’est pas la perte mais  l’esprit d’initiative. En réalité, éviter de se croiser les bras n’est-ce pas déjà se projeter dans le cercle de ceux et celles qui finiront par gagner?

Une chose est sûre, la Bible condamne l’oisiveté avec énergie. Dieu nous a créé à son image (Genèse 1 :26) et l’un des aspects de cette imago dei, c’est le travail. Il n’est donc pas étonnant de voir que, même quand il plaça l’homme et la femme dans le merveilleux jardin d’Eden, il prit le soin de leur donner un cahier de charges bien précis : cultiver et garder le jardin (Genèse 2 :15). Le travail est donc un mandat divin. Il précède la chute et ses conséquences. Il n’est pas une malédiction. C’est plutôt un bien précieux, conformément à ce que nous lisons dans Proverbes 12 :27 : « Le paresseux ne fait pas rôtir son gibier; le bien le plus précieux de l’homme, c’est l’activité. » (La Bible du semeur). Un peu plus loin, dans le même livre, nous lisons ceci : « J’ai passé près du champ d’un paresseux et le long du vignoble d’un homme sans courage, et voici que les orties avaient tout envahi, les ronces recouvraient le sol et le muret de pierres était en ruines. En voyant cela, je me suis mis à réfléchir et j’ai tiré une leçon de ce que j’ai observé : ‘Je vais juste faire un petit somme, dis-tu, juste un peu m’assoupir, rien qu’un peu croiser les mains et rester couché un instant,  mais pendant ce temps, la pauvreté s’introduit chez toi comme un rôdeur, et la misère comme un pillard. » (Proverbe 24 :30-34, La Bible du Semeur). Dans 2 Thessaloniciens 3 :10, la Bible déclare avec une rigueur sans faille: «Que celui qui refuse de travailler renonce aussi à manger»! (La Bible du semeur). L’oisiveté n’a donc pas sa place parmi nous.

Mais, est-on en droit de se demander, que faire quand on cherche en vain du travail ? Que faire quand on a perdu son emploi ? Ce sont des situations bien difficiles et nous n’avons pas de recette à proposer. Cependant, le Seigneur n’abandonne pas ses enfants. Il est donc sage de se tourner premièrement vers Dieu afin d’implorer son secours et sa sagesse. Il peut faire jaillir de l’eau même au milieu du désert du marché de travail. Ensuite, il est aussi recommandé de contacter des services compétents ou des amis qui pourraient indiquer des possibilités d’emploi. Parfois, si les moyens et les circonstances le permettent, on peut repartir à l’école pour mieux s’équiper dans son domaine de spécialisation ou même se former dans un autre domaine où il est plus facile de trouver un emploi.   Nous avons connu des diplômés de grandes écoles qui se sont reconvertis en plombiers, infirmiers ou vendeurs de vêtements d’occasion (et la liste est loin d’être exhaustive) et qui gagnent honnêtement leur vie. Certaines personnes s’engagent comme volontaires dans certaines organisations et finissent par y trouver un débouché ou par y rencontrer des personnes qui leur donnent des indications précieuses qui leur ouvrent des portes d’emplois décents. D’autres trouvent leur compte dans la création de leurs propres entreprises, même modestes.  Dans tous les cas, il est mille fois préférable de se battre dans la vie en s’appuyant sur le Seigneur que de rester les bras croisés.

© Copyright, Moussa Bongoyok, 2010.

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