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L’ART DE SE HATER LENTEMENT

“Hoore nyiwa to a yaawi a sooda leppol, to a neebi, a hoosa meere.” (balndol fulbe)

 

“Si tu te hâtes, tu achèteras la tête de l’éléphant pour un rouleau d’étoffe, tu vas lentement, tu l’auras pour rien.” (proverbe peul)

 

« If you hurry, you’ll buy the elephant’s head for a roll of cloth ; if you go slowly, you’ll get it for nothing. » (Fulbe proverb)

 

Source :  J.P. Lebeuf et P. -F Lacroix Devinettes Peuples (Paris : Mouton & Co, and Ecole Pratique des Hautes Etudes, 1972) p. 65

 

Moralité : Quand on est trop pressé, on risque de perdre de bonnes opportunités. La patience vaut de l’or.

 

Commentaire à la lumière de la Bible

 

Ce proverbe peul nous plonge dans l’Afrique profonde, à l’heure où les éléphants abondaient dans la savane. C’était aussi une époque où seuls les mieux nantis pouvaient s’offrir le luxe d’avoir des vêtements à base d’étoffe. Les habits en peaux d’animaux, ou à base de matière végétale façonnée selon les normes artistiques de la culture ambiante, étaient alors beaucoup plus abordables. Par ailleurs, le système économique était dominé par le troc. Dans un tel contexte, il est alors aisé de comprendre la valeur d’un rouleau d’étoffe.

 

Cet adage est en parfaite adéquation avec le pulaaku, l’art de vivre ou le code moral des peuls. En effet, la patience (munyal) est l’une des vertus cardinales du pulaaku. Les Fulbe, en fins observateurs de la nature, ont vite compris que l’impatience a souvent des conséquences désastreuses. Par exemple, il suffit d’imaginer l’effet dévastateur des mangues vertes sur les dents comparativement à la douceur des mêmes fruits lorsqu’ils arrivent à leur pleine maturité, ou de penser à l’incongruité des ceux et celles qui arrachent les plants de manioc avant la formation des tubercules tellement ils/elles sont pressé(e)s de jouir du fruit de leur dur labeur.

 

Pour revenir à l’image qui est au cœur du proverbe peul cité ci-dessus, attendre est tout à l’avantage de l’acheteur, car une fois les défenses retirées, qui va s’encombrer d’une tête d’éléphant quand il y a de la bonne chair à profusion ? La patience c’est justement l’art de discerner le temps et les occasions favorables pour agir avec raison et succès. C’est aussi l’habileté à freiner ses impulsions, même les plus naturelles ou légitimes pour atteindre un objectif plus élevé ou stratégique. Malheureusement, beaucoup ont sacrifié de belles opportunités, de belles carrières et des trésors inestimables sur l’autel de la tyrannie de la satisfaction immédiate. La sagesse peule est justement là pour parer contre ces dérives et prévenir les conséquences désastreuses des agissements gouvernés par l’impatience. En cela, elle reflète la sagesse scripturaire.

 

Dans la Bible, la sagesse a souvent deux facettes comme pour dire qu’un principe, si bon soit-il, ne s’applique pas nécessairement à toutes les circonstances de la vie. Ceci dit, certaines situations imposent une action rapide (Cf. Matthieu 28 :7-8 ; Jacques 1 :9 ; Hébreux 3 :15) tandis que d’autres nécessitent un peu plus de retenue.  C’est ainsi qu’il est écrit dans Ecclésiastes 7:8 : « Mieux vaut l’aboutissement d’une affaire que son début. Mieux vaut un esprit patient qu’un esprit orgueilleux (Bible du Semeur) ». Le mot hébreu traduit par « patient » est אֶ֤רֶךְ (’erek), qui peut être aussi rendu par « lent ». Un esprit patient est donc un esprit qui ne se précipite pas, qui prend tout son temps pour analyser la situation avant d’agir.

 

La patience ne s’applique pas seulement à la lenteur dans l’action. Elle désigne aussi la persévérance. C’est ainsi qu’il est écrit dans Hébreux 10 :36 « Car il vous faut de la persévérance, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu vous obteniez ce qu’il a promis (Bible du Semeur). » Le mot grec traduit par « persévérance » dans ce verset est ὑπομονῆς (hupomenēs) qui signifie aussi « endurance » et « patience ».

 

La patience est l’un des fruits de l’esprit (Galates 5 :22). Elle est vivement recommandée dans de nombreux autres textes bibliques. Le livre de Proverbes attire l’attention des lecteurs et lectrices sur le bienfait de la patience à travers ces lignes : « Avec de la patience, on persuade un dirigeant, tout comme une langue douce peut briser un os (25 :15)». Jacques va jusqu’à puiser dans les activités champêtres lorsqu’il écrit dans les versets 7 et 8 du chapitre 5 : « Frères et sœurs, patientez donc jusqu’à ce que le Seigneur vienne. Pensez au cultivateur : il attend les précieuses récoltes de sa terre. Il prend patience à leur égard, jusqu’à ce que tombent les pluies de l’automne et du printemps. Vous aussi, prenez patience, soyez pleins de courage, car la venue du Seigneur est proche ». Nous pouvons multiplier les citations bibliques mais il convient de retenir l’essentiel : la patience est une voie par excellence pour éviter ou du moins limiter le nombre de décisions irréfléchies, peser le pour et le contre des décisions, observer attentivement une voie avant de l’emprunter, rassembler tous les renseignements essentiels avant de se prononcer sur une affaire, faire une étude approfondie du marché avant de se lancer dans les affaires etc.

 

Malheureusement, l’impatience a poussé bon nombre de personnes à prendre des décisions aussi hâtives que périlleuses, à débiter des paroles négatives (verbalement ou par écrit) sous l’effet de la colère sans prendre le soin d’analyser profondément tous les aspects de la situation qui est à l’origine de leur irritation, à perdre une opportunité d’emploi ou de promotion, à faire des dépenses extravagantes voire des pertes, à brouiller des relations précieuses,  à faire naufrage en matière de foi en vue de tirer profit des biens éphémères de ce monde, pour ne citer que ces exemples. A la lumière de ce qui précède, on comprend alors mieux les paroles de Publilius Syrus (1er siècle avant J.C.) qui écrivit dans Les Sentences et adages : « Hâte-toi lentement, et tu avanceras ».

 

Décidément, la patience rend d’énormes services dans presque tous les domaines essentiels de la vie sur cette terre tout en ayant un impact non négligeable sur la nature de nos récompenses éternelles. Que Dieu nous accorde la sagesse nécessaire pour en faire un bon usage!

Pr Moussa Bongoyok

(Copyright by Moussa Bongoyok, 2019)

DIEU: SEUL SECRET DE LA VRAIE REUSSITE

Ka skwi n’ger Bidegai Faissam de? (N’gelegedma mafahai)

Sais-tu ce qui a fait grossir Bidegai Faissam? (Proverbe Mafa)

Do you know what gave weight to Bidegai Faissam? (Mafa proverb)

 Signification: Ce qu’on minimise peut produire de grands changements. Il ne faut négliger aucun aliment. C’est Dieu qui fait réussir.

Parallélisme biblique:

Ce proverbe Mafa est intéressant à plus d’un titre. Retenons trois raisons pour lesquelles il convient de s’y attarder.

Premièrement, cette parole de sagesse étale à grand jour un phénomène qui mérite l’attention des chercheurs en sciences sociales et humaines: un proverbe est dynamique. Il évolue dans le temps et dans l’espace. Dans ce cas précis, le proverbe original est en fait « Ka sun skwi n’ger fakawi de ? » (Sais-tu ce qui fait grossir l’éléphant ? ».   Ici, l’éléphant est remplacé par Bidegai Faissam. Quand la jeune Bidegai épousait le riche Faissam de Soulédé, elle était svelte. Avec le temps, elle a pris énormément du poids au point de devenir la femme la plus grasse de la région (record qu’elle a détenu pratiquement jusqu’à sa mort), d’où le caractère légendaire de son parcours. On comprend alors pourquoi le proverbe remplace carrément le nom du père de Bidegai par celui de son mari, ce qui est contraire aux us et coutumes Mafa.

Secondement, ce proverbe nous montre que toutes les sociétés du monde ne perçoivent pas la rondeur de la même manière. Si en Occident, la femme svelte est mise sur le piédestal tandis que celle qui est grasse est mal perçue, voire rejetée, il n’est pas de même dans la société Mafa traditionnelle. En effet, dans la culture Mafa, la rondeur n’est pas un défaut, tant la famine et les nombreuses privations imposées par un cadre de vie particulièrement hostile ont réduit une grande partie de la population à un régime forcé. Du coup,  la femme grasse est rare et devient particulièrement belle.

Enfin, le proverbe Mafa souligne que le vrai succès vient de Dieu. Il part d’un simple constat. De nombreux animaux se nourrissent de la même manière que l’éléphant mais nul ne peut le rivaliser en poids. Toutes les plantes plongent leurs racines dans la terre mais toutes n’ont pas la même taille. De même, certaines personnes provenant des milieux particulièrement hostiles réussissent tandis que d’autres, qui ont tous les moyens nécessaires, échouent. Décidemment, certaines dimensions de l’existence échappent aux êtres humains. C’est ce que le proverbe Mafa veut communiquer tout en dirigeant indirectement les regards des auditeurs vers le Dieu Créateur, source de la vraie réussite.

 C’est justement ce que la Bible enseigne. C’est Dieu qui a tout créé (Genèse 1). C’est en Dieu que « nous avons la vie, le mouvement et l’être »  (Act. 17. 28). Tous les êtres humains bénéficient de sa générosité car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons (Matthieu 5 :45). Toutefois, il réserve de bénédictions spéciales pour ceux qui lui obéissent (cf. Deutéronome 28:1-14, Josué 1 :6-9, Psaume 1, Proverbes 10 :25, Ephésiens 1 :1-23 etc.). Les méchants peuvent apparemment réussir pour un temps mais leur fin est déplorable (Psaume 73, Apocalypse 20 :11-20). Par contre, ceux que Dieu bénit le sont éternellement (Romains 8 :28-39 ; Apocalypse 21 :1-8).

En somme, le secret la vraie bénédiction se trouve en Dieu et en lui seul. Détournons-nous des puissances ténébreuses, de faux calculs humains, et des voies injustes qui ne font qu’enfoncer ceux et celles qui s’y livrent dans le malheur même si cela n’est pas évident au début.  Tournons-nous plutôt vers Dieu car « C’est la bénédiction de l’Eternel qui enrichit, et toute la peine qu’on se donne n’y ajoute rien » (Proverbes 10 :22).

© Copyright,  Moussa Bongoyok,  2011

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