L’ETRE HUMAIN A BESOIN DE SES SEMBLABLES

« Ndo a jèn. » (N’gelègèdma Mafahai)

“L’être humain est succulent.” (Proverbe Mafa)

“Human being is delicious.” (Mafa Proverb).

Signification: Contrairement à ce qui peut être interprété comme un encouragement à l’anthropophagie, ce proverbe Mafa est plutôt hautement philosophique. Il signifie justement que l’être humain a besoin de ses semblables. A ce titre, le proverbe susmentionné est un peu plus proche de la pensée du philosophe allemand Johann Gottlieb FICHTE selon laquelle « l’homme ne devient homme que parmi les hommes.» Mais le proverbe Mafa va un peu plus loin et signifie aussi que le service rendu à un prochain est un acte particulièrement noble et aussi nécessaire que la bonne nourriture. Derrière le cri d’admiration et de gratitude de ce proverbe se cache donc une éthique remarquable.

Parallélisme biblique

Avant d’établir un parallélisme entre ce proverbe et les textes bibliques, il est judicieux de se pencher tout d’abord sur le contexte dans lequel il est utilisé. Les Mafa (Mafahai) sont un peuple intéressant. Ils savent balancer parfaitement leur sens inné de liberté et d’indépendance avec la solidarité. C’est ainsi que dans la société Mafa, à l’heure du repas, tout passant (même inconnu) est systématiquement invité à manger. D’ailleurs, dans la société traditionnelle Mafa, le repas se mange dehors et non à l’intérieur (sauf en cas d’intempéries). De même, l’homme ou la femme Mafa vient naturellement en aide au prochain qui lui demande de l’aide tant qu’il ou elle peut le faire. C’est ainsi qu’il est tout à fait naturel pour un ou une Mafa d’aider son prochain à retrouver son chemin, à recharger une cruche d’eau ou un fagot de bois, voire à nourrir sa famille affamée, pour ne citer que ces exemples courants.

Avec un même élan de solidarité, les Mafa vident spontanément leur réservoir d’eau – même au cœur de la saison sèche où l’eau est une denrée particulièrement rare – pour éteindre le feu qui brûle la maison du voisin quitte à ce qu’ils parcourent par la suite de nombreux kilomètres à pied pour se ravitailler de nouveau en eau plus ou moins potable. On comprend alors que face à un tel sacrifice, le prochain qui bénéficie de cet acte d’amour et de solidarité dans un contexte où il n’y a pas de sapeurs pompiers, puisse s’écrier : « Ndo a jèn » (« l’être humain est succulent. »). Il n’est pas rare de l’entendre ajouter « N’te man a gèd a n’slamagihi kabi ba ara matsa i mba a pa bai.» (N’eût été le secours des voisins, je serais dans une situation terrible. ». Cette dernière phrase jette une lumière intéressante sur le proverbe et fait transparaître au moins trois aspects importants : la gratitude, l’affirmation de l’interdépendance humaine, et l’encouragement indirect à faire preuve de la même bonté quand les circonstances l’exigent.

Sans nous en rendre compte, nous nous retrouvons au cœur de la révélation biblique et de l’éthique chrétienne. En effet, après avoir créé Adam, Dieu lui-même a estimé qu’ « il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Genèse 2 :18). C’est ce qui justifie la création d’Eve, et la multiplication de la race humaine. Mais Dieu ne s’est pas limité à cela. Il a ordonné à l’être humain d’aimer son semblable, de lui venir en aide en cas de besoin et faire preuve de bonté. Citons trois textes de l’Ancien Testament  à titre d’exemples : Exode 23 :1-8, Esaïe 58 : 1-12 et Michée 6 :8. Le Nouveau Testament est aussi riche en enseignements similaires : Jacques 1 :19-2 :20, 1 Pierre 1 :5-11, 1 Jean 4 :7-21 etc. L’exhortation du Seigneur à aimer même nos ennemis est particulièrement éloquente : «Vous avez appris qu’il a été dit: ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.’ Eh bien, moi je vous dis: Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. Ainsi vous vous comporterez vraiment comme des enfants de votre Père céleste, car lui, il fait luire son soleil sur les méchants aussi bien que sur les bons, et il accorde sa pluie à ceux qui sont justes comme aux injustes. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, allez-vous prétendre à une récompense pour cela? Les collecteurs d’impôts eux-mêmes n’en font-ils pas autant? Si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens n’agissent-ils pas de même? Votre Père céleste est parfait. Soyez donc parfaits comme lui. » (Matthieu 5 :43-48, La Bible du Semeur).

Si chaque être humain – ou du moins chaque chrétien ou chrétienne – pouvait vivre selon ce principe, le proverbe Mafa sur lequel nous méditons en ce moment serait toujours au bout de nos lèvres. En réalité, même dans l’océan de la méchanceté humaine, il est possible de marquer la différence et de voler aux secours des prochains qui souffrent, de ceux et celles qui sont en danger ou dans le besoin. La Bible nous donne de nombreux exemples : Abraham, sans tenir compte de l’ingratitude de son neveu, a immédiatement secouru Lot, sa famille, et les habitants de sa ville, quand des rois ennemis ont pillé Sodome et Gomorrhe et les ont fait prisonniers (Genèse 14 :1-24). Si Lot et ses compagnons d’infortune étaient des Mafa, face à cet acte libérateur, ils se seraient écriés «Ndo a jen !».

Dans le même ordre d’idées, le bon samaritain de la parabole a bravé tous les éléments culturels et religieux qui auraient pu l’empêcher de voler au secours du voyageur mortellement agressé par les brigands (les « coupeurs de route » ou Zaraguinas de l’époque), à « demi-mort », abandonné à son triste sort même par des dignitaires religieux. Le samaritain aurait pu agir comme ces derniers, mais il a accepté de prendre le risque de secourir la personne agressée, de retarder son propre voyage et d’investir ses propres moyens financiers pour sauver une vie en danger (Cf Luc 10 :30-37). Si cet homme secouru était un Mafa il aurait pu aussi dire avec conviction « Ndo a jèn ». Mais, cela suffit-il ?

En considérant attentivement la manière dont le Seigneur Jésus-Christ conclut la parabole du bon Samaritain, je suis persuadé qu’il ne suffit pas d’affirmer que « l’être humain est succulent », qu’il a besoin de ses semblables, ou que le service rendu à un prochain est un acte particulièrement noble et vital. Il faut surtout passer à l’action. « Va et fais de même » nous recommande le Seigneur en Luc 10 :37. Allons et donnons à nos prochains l’occasion de se réjouir de nos actes d’amour, de bonté et de gentillesse. Que le Seigneur nous vienne en aide !

(c) Copyright 2009 by Moussa Bongoyok.

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